‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 213 sur 220 · SCENE DEUXIÈMK · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIÈMK

Le bonheur est d'aimer et de dire qu*on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit, La main mal dérobée au baiser qui la suit, Voilà les jeux charmants , et la fête éternelle Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle.

— Toi, Mécène, chargé du poids de nos destins, Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette Le Cantabre indocile ou Terrant iMassagète.

Mais quoi ! les dieux prudents nous voilent l'avenir.

Quel lendemain suivra le jour qui va finir?

Nul ne sait; y songer est un souci frivole.

dépendant le temps fuit; la jeunesse s'envole,

Emportant avec elle et les joyeux discours ,

Et le sommeil facile , et l'âge des amours.

Donc , puisque la jeunesse est chose si légère ,

(iueillons, quand il est temps, cette fleur passagère.

Le sage, ô ma Lydie, obéissant aux dieux.

Jouit de leurs bienfaits , qu'on regrette étant vieux ;

11 est content, s'il tient des Muses de la Grèce

Un souffle , tout léger, pour chanter sa maîtresse ;

11 ne dédaigne pas les mets exquis, non plus

Qu'un vin mis au cellier sous le consul Tullus;

Mais c'est l'amour surtout, c'est l'amour qui l'enchante,

— L'amour que je maudis , quand Lydie est méchante.

LYDfK.

i\h ! traître ! tes discours seraient mieux accueillis , Si tu n'en disais pas tout autant à Phyllis.

HORACE

Moi! c'est faux.

LYDIE

Pour Lydie , on a quitté Mécène ; 1. 24

Mais à quitter Chloé l'on aurait plus de peine.

HORACE

Chloé ? Fi donc ! — Je prends tous les dieux à témoin Que je n'ai jamais vu la Chloé — que de loin.

Le serment est facile à vous autres parjures.

HORACE

Ah ! j'ai peu mérité ces cruelles injures !

A quoi sert l'innocence! — gardien des serments,

Que je sois foudroyé , Jupiter, si je mens !

LYDIE

Eh bien, oui, je te crois; j'ai besoin de te croire, Horace, mon amant, mon poète, ma gloire!

— Je t*aime.

Horace est à genoax devant elle ; elle lui passe an bras autour du cou.

C'est r effet de quelque enchantement; Ce n'est pas naturel d'aimer si follement.

Reste ainsi prisonnier dans mon bras qui t'enlace ! Nous allons t'enchainer, volage, à cette place.

— Je t'aime. Mes regards, de toute leur longueur. S'enfoncent dans tes yeux et vont chercher ton cœur; Je voudrais me changer en rayon de lumière.

Afin d'y pénétrer, moi-même , tout entière.

— Ne me regarde plus, j'en perdrais la raison.

Horace fait un mouvement pour se lever.

Non, non; ne bougez pas. Vous êtes en prison.

— Tu n'aimes pas Chloé, n'est-ce pas?

HORACE

Dieu m'en garde!

LYDIE

Elle est laide.

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