SCENE DEUXIÈMK
Le bonheur est d'aimer et de dire qu*on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit, La main mal dérobée au baiser qui la suit, Voilà les jeux charmants , et la fête éternelle Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle.
— Toi, Mécène, chargé du poids de nos destins, Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette Le Cantabre indocile ou Terrant iMassagète.
Mais quoi ! les dieux prudents nous voilent l'avenir.
Quel lendemain suivra le jour qui va finir?
Nul ne sait; y songer est un souci frivole.
dépendant le temps fuit; la jeunesse s'envole,
Emportant avec elle et les joyeux discours ,
Et le sommeil facile , et l'âge des amours.
Donc , puisque la jeunesse est chose si légère ,
(iueillons, quand il est temps, cette fleur passagère.
Le sage, ô ma Lydie, obéissant aux dieux.
Jouit de leurs bienfaits , qu'on regrette étant vieux ;
11 est content, s'il tient des Muses de la Grèce
Un souffle , tout léger, pour chanter sa maîtresse ;
11 ne dédaigne pas les mets exquis, non plus
Qu'un vin mis au cellier sous le consul Tullus;
Mais c'est l'amour surtout, c'est l'amour qui l'enchante,
— L'amour que je maudis , quand Lydie est méchante.
LYDfK.
i\h ! traître ! tes discours seraient mieux accueillis , Si tu n'en disais pas tout autant à Phyllis.
HORACE
Moi! c'est faux.
LYDIE
Pour Lydie , on a quitté Mécène ; 1. 24
Mais à quitter Chloé l'on aurait plus de peine.
HORACE
Chloé ? Fi donc ! — Je prends tous les dieux à témoin Que je n'ai jamais vu la Chloé — que de loin.
Le serment est facile à vous autres parjures.
HORACE
Ah ! j'ai peu mérité ces cruelles injures !
A quoi sert l'innocence! — gardien des serments,
Que je sois foudroyé , Jupiter, si je mens !
LYDIE
Eh bien, oui, je te crois; j'ai besoin de te croire, Horace, mon amant, mon poète, ma gloire!
— Je t*aime.
Horace est à genoax devant elle ; elle lui passe an bras autour du cou.
C'est r effet de quelque enchantement; Ce n'est pas naturel d'aimer si follement.
Reste ainsi prisonnier dans mon bras qui t'enlace ! Nous allons t'enchainer, volage, à cette place.
— Je t'aime. Mes regards, de toute leur longueur. S'enfoncent dans tes yeux et vont chercher ton cœur; Je voudrais me changer en rayon de lumière.
Afin d'y pénétrer, moi-même , tout entière.
— Ne me regarde plus, j'en perdrais la raison.
Horace fait un mouvement pour se lever.
Non, non; ne bougez pas. Vous êtes en prison.
— Tu n'aimes pas Chloé, n'est-ce pas?
HORACE
Dieu m'en garde!
LYDIE
Elle est laide.