‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 166 sur 223 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

De ces événements, en trois ans accomplis, Dont seraient illustrés trois siècles bien remplis; Répétez-moi comment tout un pays s'enflamme; Comment un peuple entier semble n'avoir qu'une âme ; Comment on s'affranchit ; dites par quels moyens De manants méprisés on fait des citoyens, Et de ces citoyens , troupe mal aguerrie , D'intrépides soldats, sauveurs de la patrie; Dites, dites comment les droits humains perdus, Après plus de mille ans, nous ont été rendus; Rappelez nos dangers, nos combats, nos victoires; Enorgueillissez-moi du récit de nos gloires ! — Non, tu n'es pas flétrie, ô sainte liberté, Par les crimes commis sous ton nom emprunté ! S'il est une belle œuvre , elle est toute la tienne ; Mais les iniquités n'ont rien qui t'appartienne; Elles sont à ceux-là dont les esprits pervers A tes pures clartés ne se stont pas ouverts ; Eux punis, nous pourrons faire admirer au monde La mère des vertus, la liberté féconde.

BARBAROUX

jeune enthousiaste !

CHARLOTTE

Et qui donc pourrait voir Ce spectacle émouvant et ne pas s'émouvoir!

BARBAROUX

Moi, je n'ai que trop vu ces effroyables scènes; J'ai vécu trop longtemps au milieu de ces haines. Héritiers des progrès et non pas des douleurs, Nos fils applaudiront au fruit de nos malheurs; Mais nous avons besoin pour pardonner aux hommes, Nous, témoins des forfaits, d'oublier où nous sommes.

Ah! le tranquille aspect d'un vallon où descend, Après un jour d'été, l'ombre du soir croissant, Et là, parmi les prés et les herbes fauchées Qu'entassé le râteau des faneuses penchées, Une jeune inconnue, un livre dans la main , A qui des voyageurs demandent leur chemin, Charlotte , voilà le souvenir que j'aime , Et j'en veux savourer la douceur en moi-même, Inattentif au bruit d'une foule sans mœurs, Folle dans ses amours, folle dans ses clameurs.

CHARLOTTE

Eh quoi! c'est quand il faut redoubler d'énergie, Que Barbaroux soupire une molle élégie !

BARBAROUX

Mais votre cœur, tout plein de sa fière vertu ,

D'un plus doux sentiment n'a-t-il jamais battu?

Ah! s'il en est ainsi, soyez deux fois infâmes,

(Juerres qui ravagez le cœur des jeunes femmes!

— Quoi ! n'écoutez-vous donc que leur écho maudit ?

Le silence des soirs ne vous a-t-il rien dit,

Et la sérénité des nuits mélancoliques

Vous fait-elle songer aux querelles publiques?

Dans l'infini des cieux ne poursuivez-vous pas

Quelque rêve étranger au destin des États ,

Un rêve qui sied bien à toute jeune fille :

La joie intérieure au sein de la famille ,

L'appui d'un protecteur qu'il est doux de nommer,

Et le bonheur en!in d'être aimée et d'aimer?

Oh! si; j'ai fait souvent les rêves que vous dites;

J'en ai souvent peuplé l'espace sans limites.

Je suis femme , et n'ai pas cet orgueil mensonger

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