SCENE III
DANTON, toujours vers la porte, efr se parlant à lui-même.
C'est elle!
CHARLOTTE, debout, examinant Danton.
C'est Danton! Quel visage étrange!
DANTON
Qu'elle est belle !
Il fait quelques pas vers Charlotte.
Tous voilà, jeune fille au courage romain!
Vous voilà, fier tribun, effroi du genre humain!
DANTON
Le poignard de Brutus chargea ces mains débiles!
CHARLOTTE
Cette voix déchaîna les tempêtes civiles!
DANTON, se rapprochant encore do Charlotte.
Vous avez une grâce à demander?
CHARLOTTE, prenant deux lettres sur la table, ot les présentant i Danton.
Voici Deux lettres que je viens d'écrire : celle-ci , Pour Barbaroux; cette autre est pour ma vieille aïeule. On peut lire ; on verra que j'ai conspiré seule.
— J'attends du comité, généreux envers moi, Qu'il daigne, après ma mort, en permettre l'envoi.
DANTON, prenant les lettres.
Donnez; et fiez-vous, sans crainte, à ma promesse. Toutes deux, je le jure, iront à leur adresse.
— J'étais au tribunal, et j'ai tout entendu, Charlotte. Vous avez fièrement répondu.
J'ai désiré vous voir; j'ai pensé que peut-être Vous auriez quelque envie aussi de me connaître. Nous devons nous comprendre. — Enfin, je vous le dis»
Charlotte fait nn mouvement.
Vous m'avez remué; j'aime les gens hardis. — S'il est une faveur qui d'un homme dépende, Vous pouvez, ô Charlotte! en faire la demande : Que je perde mon nom si l'on n'y fait pas droit!
CHARLOTTE
J'accepte , et je demande une réponse.
DANTON
Soit.
CHARLOTTE
Que font les girondins dont j'ai servi la cause? Sont-ils victorieux?
DANTON
Demandez autre chose.
CHARLOTTE
Répondez ! c'est promis. — Sommes-nous vainqueurs?
DANTON
Non.
Vos amis ont été vaincus près de Vernon.
CHARLOTTE
O Dieu! — Mais on pourra recommencer la lutte?