‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 220 sur 223 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

LYDIE

Enfin je vais avoir cette bonne fortune

D'un amant pour moi seule et non pas pour chacune.

Enfin je connaîtrai des amours indulgents

Qui pour l'ombre d'un tort ne battront pas les gens.

LYDIE

Qu'est-ce que vaut un cœur dont on n'est pas la reine ?

HORACE

Et qu'est-ce qu'un plaisir dont on fait une peine?

LYDIE

Pour moi, je suis fidèle, et j'entends qu'on le soit ; Je veux que l'on me donne autant que l'on reçoit, Et fais très-peu de cas d'un encens que l'on brûle Tantôt à Lalagé, tantôt à Néobule.

HORACE

Moi, j'ai l'humeur paisible, et j'ai grand'peur du bruit, Et d'un œil orageux où toujours l'éclair luit. L'Amour s'enfuit, chassé par un sourcil farouche, Et pleure le sourire exilé de la bouche.

LYDIE

L'amour va revenir, et le rire perdu.

HORACE

Aux amis négligés je vais être rendu ;

Je pourrai respirer le frais sous ma tonnelle,

Sans craindre qu'un retard m'attire une querelle.

LYDIE, d'un ton passionné.

Oh! viens, cher Calais! Je compte les moments. Mon cceur bondit déjà vers tes embrassements. Vénus n'est plus à Chypre; elle est toute en mes veines. Viens, ami! C'est pour toi que fument les verveines, Pour toi que ces rideaux, mystérieux remparts,

Du passant indiscret repoussent les regards.

C'est pour toi que luira d'une clarté voilée , Pour toi que s'éteindra la lampe reculée.

Regardant Horace, à la dérobée.

— Il s'émeut.

HORACE, se levant.

Qu'elle est belle, en ce mol abandon!

Livrer cette sirène à mon rival ! Fi donc !

Il s'approche de Lydie, qui, à moitié couchée, lui tourne le dos. — A demi-voix et tendrement.

Lydie !

LYDIE, sans se retourner.

Calais! — volupté divine! — Cest toi! Sans t' avoir vu, tout mon cœur te devine.

Toujours sans se retourner, pendant qu'Horace lui pose le bout des doigts, sur les cheveux.

Détache ces bandeaux qu'emprisonne un seul nœud.

HORACE

Les beaux cheveux !

Lï DIE, tendant la main, toujours sans se retourner.

Ma main attend ta lèvre en feu.

HORACE, baisant la main de Lydie.

La belle main !

LYDIE, se retournant.

Eh quoi ! Vous encore !

HORACE

Moi-même.

LYDIE

Que faites-vous?

HORACE, lui baisant encore la main.

Je dis à ta main que je t'aime.

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