‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 41 sur 223 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SEXTUS

Eh bien, cet honneur même, Cette femme que tous admirent, — moi, je l'aime. Je l'aime, entends- tu bien?

SULPICE

Vous, seigneur?

SEXTUS

Oui.

SULPICE

Mais quoi !

D'elle qu attendez -vous?

SEXTUS

Rien d'elle; tout de moi.

— Dût Vesta ranimer, dût la chaste Lucrèce Surpasser en rigueur Diane chasseresse, N'importe. Mon amour ne peut être en défaut.

— Je l'aime en furieux; je l'aime, — il me la faut.

SULPICE

Mais on dit qu'à l'abri de son foyer paisible Toute séduction la trouve inaccessible.

SEXTUS

Cela se peut. Mais , moi , je veux tout surmonter. Si je ne séduis pas , je saurai bien dompter. Je veux ma passion acceptée ou subie.

J'ai bien pu, moi tout seul, m'emparer de Gabie! Les remparts étaient sûrs; l'assaut désespéré; Le roi se retirait; mais j'ai persévéré.

Moi-même, déchirant ma tunique salie, Marquant de coups honteux mon épaule avilie , J'ai couru vers les rangs des ennemis armés, En invoquant les. dieux, vengeurs des opprimés. « Gabiens! ai-je dit écartant ma tunique,

96 LUCRÈCE

Voyez le triste effet d'un châtiment inique.

Je suis (ils de Tarquin. Ces coups déshonorants, Tarquin m'en a fait battre en face de nos rangs , Comme un esclave vil et comme un sacrilège, Pour avoir proposé d'abandonner le siège.

Souffrez que je me venge, et vous venge avec moi, Moi d'un père inhumain, vous d'un voisin sans foi. » C'est par de tels discours et cette ruse habile Que je parvins enfin à surprendre la ville.

Vois donc ce que j'osai; par ce que j'entrepris, Vois ce que j'oserai, quand Lucrèce est le prix. / ,- w ' — Sulpice , il ne faut pas que le soleil revienne / Sans que par un moyen Lucrèce m'appartienne.

\ ^ — Écoute.

SULPICE

Commandez, seigneur.

SEXTUS

Prépare -toi.

Je vais à Collatie, et tu viens avec moi.

Séduis par des présents les femmes de Lucrèce ; Sache quelle est la chambre où couche leur maîtresse: Prends cet or; munis-toi d'un glaive et d'un flambeau; Qu'un esclave te suive, et qu'il soit jeune et beau. — Va, maintenant; sitôt l'obscurité complice, Tu reviendras... Et puis que le sort s'accomplisse!

Sulpice sort.

Oui, j'atteindrai mon but, quoi qu'il doive arriver. Il n'est aucun obstacle à qui l'ose braver.

Celui-là seul est grand et fort, qui peut se dire : Jusqu'où mes vœux iront j'étendrai mon empire ; Plus je reculerai les bornes du désir, Et plus j'aurai conquis d'espaces à saisir.

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