ACTE QUATRIÈME
Qu'on poussât jusqu'au bout cette trahison noire ; Qu'un parent, qu'un ami, qu'un hôte méditât Contre son hôte absent cet énorme attentat; Et qu'un dessein si faux pût séjourner dans l'âme, De visiter quelqu'un pour lui prendre sa femme.
— Vous vous trompez. J'estime et j'aime mon mari. Vos dédains à mes yeux ne l'ont pas amoindri ;
11 est plus grand que vous , car de vous il diffère En ce qu'il n'eût pas fait ce que vous -osez faire. Enfin , jç l'aime assez pour ne divorcer point , Quand ce ne serait pas chose impie à ce point.
— Je ne vous suivrai pas dans votre politique, Étant trop peu versée en affaire publique.
Si j'ai compris pourtant, vous prenez un moyen
Qui n'est ni d'un bon roi, ni d'un bon citoyen.
11 vaut mieux corriger les mœurs que les corrompre ,
Illustrer qu'avilir. — Mais, enfin, et pour rompre,
Je ne veux point de part à votre royauté.
Méritez d'être roi par plus de loyauté.
Adieu.
SEXTUS
Vous me fuyez!
Je fuis une autre insulte.
SEXTUS
Par l'hospitalité !
LUCRÈCE
Vous en souillez le culte.
SEXTUS
Par mon amour!
LUCRÈCE
Assez. Plus un mot là- dessus.
420 LUCRÈCE
SEXTUS
Craignez mon désespoir.
LUCRECE
Je crains la honte plus.
Adieu.
SEXTUS, avec éclat de voix et d'un ton menaçant.
Non, arrêtez!...
Moment de silence. — Sextus passe de la menace au respect.
Lucrèce ! épouse sainte !
N'ayez aucune peur, et pardonnez ma feinte.
— Après que Collatin eut gagné les paris, Quelques doutes encor restaient dans nos esprits ; Je vous ai fait subir cette nouvelle épreuve , Et votre chasteté n'a plus besoin de preuve.
Pour votre honneur, Sextus, je le veux prendre ainsi; Mais je ne puis rester plus longtemps seule ici. L'épreuve a dépassé la borne ; et la décence , Après ce qui s'est dit, s'oppose à ma présence.
Elle sort.