SCENE YII
Le cabinet de travail de Marat. — Point de meubles; les murailles, humides, sont tapissées d'un vieux papier jaune déchiré, sur lequel sont collés çà et là des affiches, des proclamations, des journaux, des arrêtés de la Commune. Des volumes ouverts sont entassés sur le plancher. Des journaux fraîchement imprimés sèchent sur les chaises. — A droite, sur le coté, une fenêtre s'ouvrant sur la rue; au fond, à droite, une porte conduisant à une antichambre occupée par des brocheuses, des protes, des imprimeurs, des porteurs de journaux. — Au milieu du fond du théâtre, une salle de bains fermée par des rideaux. — A gauche, au premier plan , une cheminée sur laquelle sont des papiers et un petit miroir. — A gauche , au deuxième plan , une porte s'ouvrant sur l'escalier.
A droite, une table chargée de papiers, de lettres, de journaux et de livres; une écritoire en plomb et des plumes. Près de la table, un vieux fauteuil et des chaises de paille. — A gauche, près de la cheminée , un autre fauteuil.
M.\RÂT, D.\NTON, ROBESPIERRE.
Marat assis, ou plutùt à demi couché, d'un air souffrant , dans le fauteuil , à gauche de la table. — Robespierre assis sur une chaise, de l'autre cùté de la table, à droite. — Danton, debout devant sa chaise, entre Marat et Robespierre.
DAMON
Le triomphe est complet. Nous sommes tout -puissants. Le peuple élève aux cieux nos noms retentissants. Tout nous appartient, clubs, comités, ministères, Justice, emplois civils et forces militaires; Et la Convention acclame, sans débats.
:iH) cil Ain.oTTi-; cou dav.
Mos décrets qu'elle vote et ne discute pas. La gimnde a longtemps balancé notre empire: Les destins sont lixés, et la gironde expire. La Révolution est à nous cette l'ois.
— Eh bien , (pi'en ferons-nous, puisqu'elle est à nous troi
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La Révolution n'appartient à personne.
Je ferai, quant à moi, ce que le peuple ordonne.
DANTON
Eh! sans doute! le peuple est souverain; c'est dit: Mais tu n'es pas aux clubs où cela s'applaudit. Laissons donc entre nous ce mot sonore et vide ; On sait bien que le peuple a besoin qu'on le guide.
Il s'assied.
Je dis qu'il faut régler, par un commun accord , La Révolution dont nous tenons le sort.
— Voulez-vous la pousser jusques aux derniers actes, Ouvrir aux passions toutes leurs cataractes,
Et tout bouleverser, au point que le soleil
N'aura pas encor vu cataclysme pareil?
Nous le pouvons. — Pourtant, songez-y, vous dirai-je :
Nous avons abattu le dernier privilège :
Que reste-t-il encor qui puisse être emporté ,
Sinon les fondements de la société?
— Croyez-vous que la crise approche de son terme? Voulez-vous établir un gouvernement ferme?
Nous le pouvons. — D'un mot, créateurs ou Iléaux, Nous allons faire l'ordre ou faire le chaos. De l'audace! ai-je dit en lançant le tonnerre; L'audace est l'instrument révolutionnaire; Mais, après la bataille, il faut pacifier. îSous avons démoli , sachons édifier.