LUCILE, LAURE, RODOLPHE
RODOLPHE, à Lncile.
Mademoiselle ! Dieu , sans doute , vous envoie , Et je n'ai vu personne avec autant de joie.
Je vous sais un bon cœur, et lis dans vos yeux doux Que , s'il faut obliger, on peut compter sur vous.
LUCILE, venant sur le devant du théâtre avec sa sœur.
De quoi donc s'agit-il, monsieur?
RODOLPHE
Je vous invoque Pour njon ami, — le vôtre, avant certaine époque : — George.
LAURE
George !
RODOLPHE
11 est là; vous avez pu le voir.
LAURE
Il me semble... en eiïet... j'ai cru l'apercevoir.
LUCILE
Oh! nous l'avons bien vu. Moi, je lui faisais signe; Mais il s'est évadé d'une façon indigne.
RODOLPHE
Il est triste,. inquiet, comme les malheureux.
Lui, malheureux! — hélas!
RODOLPHE
Le malheur rend peureux :
11 croit qu'en le voyant, on rit de sa misère, Et se dérobe à ceux qui l'ont connu naguère.
LAURE
Je repousse, monsieur, cette accusation; Notre seul sentiment est l'admiration.
Car une pauvreté dont la cause est si belle Doit voir partout les fronts s'incliner devant elle.
LUCILE
Rire de lui, bon Dieu! mais nul n'est son égal!
11 domine de haut tout ce monde banal.
Et devant lui les fats, que je n'estime guères.
Me paraissent encor plus sots et plus vulgaires.
C'est plus qu'un grand artiste, et plus qu'un grand seigneur,
Plus qu'un homme opulent; c'est un homme d'honneur.
• RODOLPHE
Si vous le lui disiez d'une façon si vraie.
Ce serait comme un baume épanché sur sa plaie.
LUCILE
Je le lui dirai bien , si je puis le saisir.
LAURE
Ah! s'il m'était permis de suivre mon désir.
Que je lui voudrais dire aussi ce que je pense !
RODOLPHE, doucement.
Non, madame; de vous ce serait une offense.
Laurc courbe la tôtc, avec tristosso.
A Lucilc.
Eh bien, alors, venez l'inviter à danser!
t36 L'HONNEUR ET L'ARGENT.
LU CI LE, prenant la bras de Rodolphe.
De grand cœur!
RODOLPHE, apercevant George.
Le voilà! — Je vais vous annoncer.
Rodolphe qaitto le bras do Lucile , qai se retire avec Laure , dans un coin, â droite. — > Il va an-devant de George, entré par une porte â gauche.