‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 106 sur 234 · LE CAPITALISTE, LA VIEILLE FILLE · texte numérisé non relu

LE CAPITALISTE, LA VIEILLE FILLE

LE CAPITALISTE

Entrons ici.

LA VIEILLE FILLE

Pourquoi ?

LE CAPITALISTE

Pour fuir cette cohue; Autant vaudrait causer au milieu de la rue.

— Là, nous serons en paix.

Il conduit la vieille fille vers un fauteuil, où elle s'assoit.

A part, en cherchant des yeux George.

- — Où diantre est mon amant? —

A la vioille fille.

Et pourrons raisonner, sans nul dérangement.

— Pourquoi refusez-vous de croire à ma parole ?

LA VIEILLE FILLE

Pourquoi supposez-vous une chose si folle?

LE CAPITALISTE

Je ne suppose rien ; je dis ce que je sai , Et je n'ai jamais vu d'homme plus empressé.

A part, après avoir encore cherché George.

Il a fui.

LA VIEILLE FILLE

Vous cherchez quelque chose , sans doute ?

Moi ? Non. .le regardais si personne n'écoute.

A part

Le traître!

A la vieille fille.

Non, jamais amoureux si parfait...

LA VIEILLE FILLE, se lovant et Tintorrompant.

Vous sentez, mon ami, qu'on sait ce qu'il en est : Je ne suis pas encore assez sotte et crédule. Pour prétendre inspirer un amour ridicule.

— J'estime ce jeune homme; il m'est devenu cher. Pour sa bonne action , plus que pour son bon air, Et, tenez, je vous veux ouvrir toute mon âme :

Je voudrais qu'il trouvât une plus jeune femme ;

Je voudrais le savoir riche, récompensé.

Et non puni, d'avoir si noblement pensé.

Au monde où nous vivons, s'il est vrai que T usage

Ferme à la pauvreté l'espoir du mariage ,

S'il ne se lève pas pour lui des jours meilleurs ,

Je lui garde un foyer qu'il n'aurait pas ailleurs ;

Je veux bien renriclûr, et lui servir de mère...

LE CAPITALISTE

De mère !

LA VIEILLE FILLE

Eh! oui; voilà mon unique chimère.

Ah! si Ton tenait plus au cœur qu'à la beauté, Il trouverait en moi des trésors de bonté; Je serais indulgente , et point du tout jalouse , Une amie, en un mot, beaucoup plus qu'une épouse.

— J'étais plus exigeante en ma jeune saison ; L'âge et l'isolement m'ont mise à la raison, ("est triste, voyez-vous, de vieillir solitaire. Sans affection vraie, inutile sur terre;

Plût au ciel que quelqu'un me permît aujourd'hui De l'aimer, pour l'aimer, sans rien vouloir de lui !

— Mais, bah! tous ces projets ne sont que badinage. Et Ton n'épouse pas les filles de mon âge.

LE CAPITALISTE

Je vous réponds de George, et j'ai vu, tout d'un coup. Que mon plan d'alliance était fort de son goût. Quels chauds remercîments ! quelle émotion tendre !

— Ah! que n'étiez-vous là, vous-même, pour l'entendre!

LA VIEILLE FILLE

Menteur !

LE CAPITALISTE

Vous verrez bien. — Allons de ce côté.

Il lui donne le br:is.

— Mais vous ferez la part de la timidité.

Ils rentrent dans la salle du bal du côté opposé à celui par lequel ils sont entrés dans le salon de jeu. — Par le môme cdté entro

• Rodolphe , qui se troure face à face arec eux ; il les salue, et s« détourne pour les laisser passer.

il. 46

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