‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 157 sur 234 · CAMILLE, LÉON · texte numérisé non relu

CAMILLE, LÉON

CAMILLE, gravement.

Vous avez vu, Léon, un effet de vos jeux.

LÉON

Ah! ciel! suis-je pour vous déjà si méprisable, Que vous me compariez avec ce misérable !

Pouvez-vous croire. . . ?

CAMILLE

Non, je ne crois pas cela.

Et, si je le croyais, je ne serais pas là.

Je crois que l'air mauvais qu'on respire à la Bourse, Des instincts généreux peut altérer la source ; Que le contact de Tor enlève cette fleur, Ce duvet délicat, jeunesse de Thonneur, Et qu'un fruit se corrompt, quand une main grossière Déflore le velours de sa fine poussière; r/est par là qu'à mes yeux la Bourse est un danger. Plus que par tout l'argent qu'on y peut engager; Une perte d'argent se répare ou s'oublie; Mais qui réparera la noblesse avilie?

Je sais qu'au déshonneur vous ne descendrez pas. Mais c'est trop de déchoir, sans tomber aussi bas. Déjà se sont éteints tous vos enthousiasmes ; La chaleur et l'élan excitent vos sarcasmes.

En vain pour vous je plaide, en vain je vous absous; Non, je ne trouve plus ce que j'aimais en vous. — Tenez, si vous saviez, sans chercher d'autre preuve. Tout ce que j'ai souffert à cette sotte épreuve !

Page 1