ACTE PREMIER
LA COMTESSE
J'aime à croire que du moins rien ne manquait aux i,500 louis très-complets ! — Madame de Grigny étaitelle-là?
DE LUZINAY.
Oui; c'était la plus belle, — en votre absence.
LA COMTESSE
Comme le triomphe pousse aux madrigaux! — J'étais malade ; d'ailleurs, je ne suis pas curieuse de voir défiler vos dames du demi-monde, comme vous les appelez, étalant leurs toilettes dans les équipages. Elles envahissent les courses , aussi bien que les spectacles et la littérature. Je ne suis pas prude, mais on peut, sans pruderie, avoir les yeux blessés de cet insolent défi à la morale.
G ON TARD, souriant.
La main sur la conscience , êtes-vous sûre qu'elles ne vous choqueraient pas un peu moins, si elles marchaient à pied , pauvrement vêtues?
LA COMTESSE
Où voulez-vous en venir?
GONTARD
A m'éclairer sur un doute que j'ai : je me demande si la vanité féminine ne se révolte pas autant que la morale, et si c'est la pudeur des grandes dames qui s'alarme du spectacle de l'amour vénal, ou leur orgueil qui s'offense de voir chez des filles de rien des diamants, des cachemires, et des attelages plus beaux que chez elles-mêmes. Car enfin , si elles n'avaient horreur du vice qu'à cause du vice, pourquoi accueilleraient-elles très- gracieusement dans leurs salons les amants en titre de ces dames ? Est-ce que les hommes qui payent l'amour sont plus
honorables que les femmes qui le font payer? Eh! mon Dieu! les plus coupables ne sont pas celles-ci. Les pauvres; filles ont cédé à la crainte de la misère , à rambitioo de monter dans une calèche , à F instinct qui pousse toutes lesXemmes vers ces dentelles et ces bijoux qu'elles aiment tant; elles ont fait ce qu'on fait dans le monde, sous un nom plus décent, quand une jeune fille pauvre épouse un vieillard riche. Est-il juste de les écraser, et d'absoudre les complices opulents de leurs désordres?
LA COMTESSE, bas, A Gontard.
Encore une de vos boutades !
GONTARD
Grâce ! je m'en repens. — La faute en est à vos amoureux qui me donnent sur les nerfs, (sntre de vangris.) — Bon ! encore un ! tout un régiment !
SCÈxNE V.
Les Mêmes, DE VAUGRIS.
LA COMTESSE
Venez, monsieur de Vaugris; vous ferez partie du conseil dont je vais emprunter les lumières. (\ tous.) J'ai à vous entretenir d'une affaire grave, pour laquelle j'attendais que l'assemblée fût en nombre imposant, (profond silence.) Vous saurez que j'ai résolu de m' amuser, cet hiver. d'artas.
Excellente résolution!
LA COMTESSE
Mais, comme j'ai beaucoup de paresse et peu d'imagination, comme vous êtes tous des gens d'esprit, j'ai pensé que vous m'épargneriez la peine de chercher moi-même