DE VAU6RI
Que faire, alors ?
GONTARD
Tout juste le contraire. Gomme c'est une grande dame, menez-la aux endroits où vont les petites dames.
DE VAITGRTS.
Quelle inspiration ! — Au Casino?
GONTARD
Parfaitement.
DE VAUGRIS.
Nous dînerons au cabaret, avec des artistes, des auteurs, des journalistes.
GONTARD
Je VOUS y engage. — Compliquez cette folie de quelque incident, pour y jeter de l'imprévu, — d'une scène de voleurs, par exemple.
DE VAUGRIS.
Bon ! aposter des hommes payés, et se présenter comme un libérateur?
GONTARD
Vous y êtes. — Elle éprouvera des surprises, des frayeurs, des colères, des émotions de toute sorte : ce sera la journée la plus agitée, la mieux rempli^, et, par conséquent, la moins ennuyée de sa vie.
DE YAUGRIS.
Je tiens mon roman ! — Vous êtes mon sauveur. Adieu ; mille remerctments ! — et silence ! ( n «on. )
GONTARD, Mul.
Allez, allez! marionnettes, qui vous agitez au bout de mon fil ; je me sers de vous pour la juger. Si les expédients que je vous ai soufflés réussissent auprès d*elle, cela me donnera la mesure de sa valeur. — Je tremble qu'ils ne réussissent. — Ah bah! je la mépriserais alors et je serais guéri. — J'ai déjà été mille fois sur le point de la haïr. Elle est frivole , dédaigneuse , hautaine ; tantôt des vivacités sans but, tantôt des indolences sans raison; avec cela, des méchancetés inouïes, un égoïsme d'enfant gâté... Eh bien , on l'aime ; elle a la grâce , le je ne sais quoi ; elle est féminine. — Peut-être même il y a chez elle quelque chose de généreux: j'essayerai de le faire jaillir sous les vanités qui l'étouffent; oui, quand les autres auront rassasié le caprice, je tenterai de faire vibrer le cœur.