‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 21 sur 234 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Vieillard, qui nous prédis le retour du seigneur.

ULYSSE

Ne parlons plus d'Ulysse, ami. C'est une faute D'insister sur un point qui ne plaît pas à l'hôte.

— Mais il laissa, dit-on, un père très-âgé; Est-il mort ou vivant, ce vieillard affligé?

EUMÉE

Si tu veux le savoir, Laërte vit encore;

Hais mieux vaudrait pour lui le trépas qu'il implore.

Il ne prend plus les soins qu'un vieillard doit avoir;

Ses habits déchirés font de la peine à voir;

Tout le jour il gémit, et se couvre de cendre,

Car il pleure son fils, qu'il a cessé d'attendre.

ULYSSE

Et Pénélope?... ainsi la nomme-t-on, je croi?

Le bruit de ses vertus est venu jusqu'à moi.

A-t-elle à son mari gardé son lit fidèle?

Ou bien a-t-elle fait comme tant avant elle?

La solitude pèse aux femmes, et l'absent,

Quelques pleurs qu'on lui donne, a vite un remplaçant-

EU3JEE.

Dis ce que tu voudras; tout t'est permis, mon hôte, Excepté d'accuser la reine d'une faute.

— Sache qu'aucune femme, ayant un nom vanté, N'a valu celle-ci pour la fidélité.

Depuis le premier jour qu'Ulysse alla vers Troie,

Elle n'a plus connu les fêtes ni la joie ;

Et, quoique de grands chefs aient recherché sa main.

Elle n'a pas voulu conclure un autre hymen.

C'est même ce refus qui cause sa détresse ;

Car tous les prétendants assiègent ma mal tresse,

Et tous, dans son palais, installés à la fois.

7i ULYSSE.

N'en veulent pas sortir qu'elle n'ait fait un choix.

Il se lève.

— C'est indigne! ils devraient, s'ils ne craignent Ulysse, Craindre du moins les dieux amis de la justice ;

Le pirate lui-même » emportant son butin »

Craint les dieux et redoute un châtiment certain; Mais to\is ces prétendants, race aux dieux incrédule, Pillent le bien d'autrui sans honte et sans scrupule. Il en vient de partout; les uns de nos hameaux. Et d'autres de Zacinthe , et d'autres de Samos. Prolongeant les festins jusqu'aux heures nocturnes. Ils boivent tout le vin qu'on gardait dans les urnes ; Ils mangent sans mesure t au delà du besoin , Et volent les bestiaux confiés à mon soin.

Se rasseyant en face d'Ulysse.

Bien plus, de Pénélope ils débauchent les femmes. Et la reine est témoin de leurs amours infâmes; Elle voit ce désordre et feint de l'ignorer.

Car que peut une femme à moins que de pleurer I

— Ah ! cela fend le cœur ! — j'éprouve trop de peine A voir mettre au pillage un aussi beau domaine.

DEMI-CHOEUR

Voraces prétendants I un seul de leurs repas Dévore des troupeaux et dépeuple une étabie.

DEMI-CHOEUR

Une victime ou deux ne leur suffisent pas;

Chacun de nous envoie un pourceau pour leur table.

DEMI-CHOEUR

La reine subit leurs affronts ; II faut qu'elle choisisse un mari dans leur bande.

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