LA REINE DES FEES
Déjà les brises plus chaudes Ont fondu les froids glaçons, Et posé des émeraudes Sur la pointe des buissons.
Les Alpes, longtemps muettes, Retentissent de clochettes; L'air se peuple d'alouettes.
Et la forêt de pinsons.
Pervenches et primevères Tendent au moineau mutin Leurs calices, légers verres Pleins des larmes du matin ; An fond du muguet, qu il penche.
Il boit une perle blanche, Un saphir dans la pervenche, L'améthyste dans le thym.
Nous sommes la sève pure De l'herbe et de l'arbrisseau ; C'est notre voix qui murmure Dans le babil du ruisseau ;
Quand avril fait tout renaître, La vie à flots nous pénètre , Et notre âme, heureuse d'être, Monte au ciel avec l'oiseau.
Mais quand l'hiver nous assiège, Nous rentrons dans le néant, Couvertes d'un 'toit de neige, Au fond d'un antre béant; A sa voûte humide et nue Pend une glace menue.
Comme une barbe chenue
Au menton d'un vieux géant.
Sortons de l'asile sombre Qui cache notre sommeil; Quittons le silence et l'ombre Pour le bruit et le soleil.
Venez, reines vagabondes Des prés, des bois et des ondes; Par des danses et des rondes Célébrons notre réveil.