LE LUTIN, OLIVIER
LE LUTIN, en ermite.
Dieu te garde , bon étranger !
OLIVIER
Bon ermite, que Dieu te garde!
LE LUTIN
Qui te fait ainsi voyager Aux lieux où nul ne se hasarde?
Que cherches-tu par ces forêts Que hantent les dames malignes?
OLIVIER
Par les rochers, par les marais, Par les buissons et par les vignes .
Je cherche l'Amour.
LE LUTIN
Tu n'es pas Le seul qui soit à sa recherche ; Mais plusieurs ont perdu leurs pas ; Peu savent où cet oiseau perche.
OLIVIER
C'est déjà le dixième jour Que je le poursuis, bon ermite.
Sais-tu comment est fait l'Amour,.
Et dans quel pays il habite?
LE LUTIN
Je sais bien qu'il n'habite plus Dans le pays du mariage ;
Les notaires l'en ont exclus ; La dot y règne sans partage.
Il n'est pas dans le lit des rois ,
Non plus qu'en la vénale alcôve
Où Laïs tord entre ses doigts
Ses longs cheveux, près d'un front chauve.
OLIVIER
Tu me dis où l'Amour n'est point; Dis plutôt où l'Amour se montre.
LE LUTIN
Quand on le cherche, il est bien loin ; Quand on le fuit, on le rencontre.
Il va du grenier au salon, De l'opulence à l'infortune; On le trouve dans le vallon.
Surtout quand il fait clair de lune.
Sous les fleurons qui sont au cou De la marguerite, il se cache, £t c'est lui qui répond : Beaucoup!
Lorsque la vierge les détache.
C'est lui, quand par les nuits de mai Le chant du rossignol éclate, Qui d'un soupir mal comprimé Gonfle le sein qui se dilate;
Tapi dans l'aubépine en fleur.
Il parle aux filles à voix basse ,
Et guette, furtif oiseleur.
Le couple nocturne qui passe.
Or çà, que me donneras-tu , Si chez l'Amour je te convie 7
OLIVIER
Demande.
LE LUTIN
Par l'âge abattu , J'exige quinze ans de ta vie.
Ces quinze ans ne sont rien pour toi ; C'est tout, quand on n'a plus qu'une heure*
OLIVIER
Je te les cède.
LE LUTIN
Eh bien, suis-moi.
Il lai montre le palAîi».
C'est là-bas que l'Amour demeure.
Olivier et le lutin vont vert le palais, à droite. Le lutin frappe à. la porte. UNE VOIX.
<}ui frappe ?
LE LUTIN
N'est-ce pas ici Que loge l'Amour?