‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 218 sur 234 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LA REINE DES FÉES, sortant, babuiée en

bacchante, et TOUTES LES FÉES, habillées comme eUe, les unes tenant des coupes, les autres des lyres, les autres des cornets à dés qu'elles agitent.

LA REINE

Le voîci.

A Olivier.

L'astre qui t'amène Dans notre domaine Est un astre heureux :

C'est ici l'asile Du plaisir facile, Du rire et des jeux.

Mille enchanteresses, Dénouant leurs tresses.

Les livrent au vent ; Tout ce que les songes Ont de doux mensonges Chez nous est vivant.

La fleur nous couronne :

L'ivreSvSe bouillonne Dans nos urnes d'or; Les yeux s'émerveillent.

Les voluptés veillent, Le chagrm s'endort.

L'éternel délire Règne en cet empire Qu'habitent les sens ; L'âme est effacée , L'idée est chassée. Les cœurs sont absents.

UNE FÉE, chantant.

A OliTier.

Entre dans les jardins d'Armide Et de Circé ;

Montraat U reine.

Baigne tes yeux dans l'œil humide

Sur toi fixé.

Le plaisir, prompt à disparaître,

Est sous ta main; Si tu fuis, c'est lui qui peut-être

Fuira demain.

A quelques-unes des fées.

Venez, joyeux groupes; Apportez les coupes Et le flot vermeil ; Versez à nos hôtes Le vin de ces côtes Qu'aime le soleil.

Les fées versent à boire â Olivier et au lutin. — Â d'autres.

Ofl'rez-leur les fraises Qu'au pied des mélèzes Cueillent les bergers; Offrez les oranges, Et les fruits étranges Des lointains vergers.

Les fées leur présentent des fruits de toute sorte. — A d'autres.

Que les sequins roulent! Que les piastres coulent Des coffrets vidés !

Que jusqu'à l'aurore Le cornet sonore Agite les dés I

Les fées leur présentent des cornets à jouer. — A d'autres.

Enchantez l'ouïe

Par votre harmonie , Luths mélodieux !

A d'autres.

Vous, nymphes lascives, Par vos danses vives Enchantez les yeux !

DAN8RS V0LUPTUBU8B8.

OLIVIER) jetant par terre les coupes et les dés; — à la reine.

Ton vin est un poison ; ta danse est une orgie ; Ta musique, une ivresse où s'endort l'énergie;

On vieillit, sans vivre, à ta cour.

Si la volupté rit sur tes lèvres rosées, Ses baisers sont amers, son philtre a des nausées.

— Arrière ! tu n'es pas l'Amour.

Tu n'as pas les traits purs que j'ai vus dans un songe ; Sur les tiens sont écrits l'audace et le mensonge.

— Qu'es-tu?

LA REINE

L'Amour des voluptés.

OLIVIER

Ah! tu m'as trompé, moine! Ah! conducteur perfide! C'est vers un autre Amour que mon rêve me guide.

— Spectres! disparaissez! partez!

Toutes disparaissent. Olivier reste seul avec le lutin, déguisé en vieille femme.

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