GOMARD
Oui, ma cousine. Vous devez voir, à la façon dont elle est logée et dont elle est vêtue, qu'elle vous dit l'exacte vérité.
LA COMTESSE, à Louise.
Pourquoi ne vous adressez-vous pas aux Bureaux de bienfaisance ?
LOUISE
L'argent des Bureaux appartient à ceux qui ne peuvent pas travailler. Moi, je peux travailler, et je volerais leur pain aux infirmes et aux vieilles gens.
GONTARD, à la comtesse.
C'est fier et noble, n'est-ce pas?
LA COMTESSE, à GonUni.
Si VOUS saviez comme je suis émue !
LA SCIEUR, derrière le paraTcat.
Louise !
LA COMTESSE, tressaillant et se lerant.
Qu est-ce donc?
LOUISE
C'est ma petite sœur, qui est malade.
LA COMTESSE
Malade! ici! dans ce grenier! — Quel âge a-t-elle?
LOUISE
Douze ans.
LA COMTESSE
Pauvre enfant ! — Et c'est vous qui pourvoyez à ses^ besoins, — sur vos vingt sous?
LOUISE
Oui, madame. Nous n'avons plus nos parents; il faut bien que je lui serve de mère. La pauvre petite commençait déjà à travailler, et cela allait encore ; mais elle n'est pas robuste et endurcie aux privations, comme je le suis: la fièvre l'a prise. Depuis trois mois qu'elle est au lit, je suis seule pour sulTire à nous deux, et je ne sais souvent comment faire.
LA SOKUR.
Louise !
LOUISE
J*y vais, (a la comtesse.) PardOU, madame, (sue va vers, sa sœur.)
La C03ITESSE, à Gontard.
Grand Dieu ! qui aurait jamais imaginé cette épouvantable détresse !
GONTARD
J'en sais de plus misérables encore.
LA COMTESSE, se laissant tomber sur le lit.
C'est navrant; cela fait mal. (a Louise, qui roTient.) Voilà votre lit! ce grabat sans draps, cette méchante couverture l
46i CE QUI PLAIT AUX FEMMES.
LOUISE
Je me couche tout habillée.
LA COMTESSE
Ah! malheureuse enfant! Elle appelle cela être habillée! mais elle est presque nue! en plein hiver! c'est à
n'y pas croire. (Prenant Louise par la main.) Vite! VeUeZ ! qUC
je vous emmène dans ma voiture !
LOUISE
Je ne puis pas abandonner ma sœur.
LA COMTESSE
(l*est vrai; je suis troublée au point de ne savoir ce
({Ue je dis. (EIIo vide sa bourse entre les mains de Louise.) Ten6Z,
mon enfant; faites venir le médecin ; achetez tout ce qu'il faut pour votre Sfuur et pour vous ; achetez du bois, achetez des draps. Ne regardez pas à la dépense; si vous n'avez pas assez de ce qui est dans ma bourse, je reviendrai demain, et je vous en donnerai deux fois, trois fois autant. — Vll(»z, allez, et ne ménagez rien.
(ÎONT.VItl), prenant les wains lio la comtesse.
<lhère cousine!
LOUISE, rciçarJanl les i)ièccs d*or (à peu près trois cents francs).
Oh! madame! mais c'est toute une fortune!
LA COMTESSE, A Gontard.
(](îs ([uelqiies pièces d'or, une fortune !
GONTARD
Oui, c'est une fortune pour elle ; c'est une terre pour un cultivateur; c'est l'opulence pour des milliers d'ouvriiM's.
LOUISE, ardemment.
Vous me permettrez de travailler pour vous , n'est-ce pas, madame? C'est le seul moyen de m' acquitter un peu (învers vo:is de cette énorme avance.
LA COMTESSE
Oui, oui, je vous emploierai; c'est un prêt, c'est un don , c'est tout ce que vous voudrez, — Allez vite acheter
les choses les plus nécessaires, (voyant que Louise regarde le
paravent. ) Ne craigucz ricn pour votre sœur. Je resterai ici jusqu'à votre retour; si elle appelle, j'irai la soigner.
LOniSK.
Oh! vous êtes un ange du bon Dieu, (mie sort.)