‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 69 sur 234 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Tu peux en toute chose écouter tes penchants : Vivre en homme du monde , ou cultiver tes champs , Ou, si devant tes yeux l'ambition chatoie , Des hautes fonctions on t'aplanit la voie.

— J'en suis charmé, du reste, et c'est un grand bonheur. Quand les faveurs du sort vont aux hommes d'honneur.

GEORGE

Mon Dieu , cette rencontre est chose fort commune , Et, sans chercher beaucoup, j'en citerais plus d'une. Le monde que je vois est plein de braves gens. Affables, généreux, probes, intelligents.

Dévoués, toujours prêts à rendre un bon office. Ne reculant alors devant nul sacrifice...

RODOLPHE

Eh! eh!

GEORGE

Il ne faut pas croire de point en point Ce qu'on dit des salons chez ceux qui n'y vont point, Ni toujours opposer, comme les mélodrames.

Des pauvres vertueux à des riches infâmes.

Se levant et allant vers Rodolphe.

Souvent la pauvreté, dont on se plaint si fort. Est la faute de l'homme, encor plus que du sort. Et je suis convaincu que, si l'on fait le compte...

Entre le domestique.

— Qu'est-ce donc ?

LE DOMESTIQUE, remettant une carte de visite.

Ce monsieur est là; faut-il qu'il monte?

GEORGE, lisant la carte.

Raymond !

\\x domestique.

Renvoyez-le; je n'y suis pas pour lui.

Le domestique sort.

RODOLPHE

Ouais! C'est un visiteur rudement éconduit.

GEORGE

Un misérable !

RODOLPHE

Ah! ah! qua-t-il donc fait?

GEORGE

Le cuistre Écrit, SOUS deux noms faux, contre et pour le ministre.

RODOLPHE

C'est mal. — Pauvre garçon! il en est réduit là!

Comment! tu n'es pas plus indigné que cela!

RODOLPHE

Si. C'est très-mal. — 11 faut qu'il nourrisse sa femme.

GEORGE

Tu le plains !

RODOLPHE

Oui, sans doute, et de toute mon âme.

N'est-il pas malheureux que le besoin d'argent Force à cette infamie un homme intelligent?

GEORGE

Plus il est éclairé, d'autant plus je l'accuse; Et des besoins d'argent ne sont pas une excuse.

RODOLPHE

Il est vrai; mais, mon cher, quand on manque de tout, Il faut qu'on soit bien pur, pour l'être jusqu'au bout. On lutte quelque temps; puis le courage tombe; Le plus vaillant chancelle, et le faible succombe.

GEORGE

Quoi ! Rodolphe ! peux-tu défendre ce pied-plat , Toi que le point d'honneur trouve si délicat!

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