ACTE PREMIER. U
Et n'es-tu pas la preuve enfin , s'il en faut une » Que les cœurs haut placés dominent la fortune?
RODOLPHE
Ne parlons pas de moi. — Je dis qu'à l'indigent, Plus qu'aux heureux du monde, on doit être indulgent; Qu'il faut considérer les peines de la lutte. Et, tout en le blâmant, l'assister dans sa chute.
GEORGE
Et moi , je n'admets pas que les privations Soient jamais une excuse aux lâches actions ; Elles doivent plutôt exalter la bravoure; Ce sont d'âpres plaisirs que la vertu savoure.
RODOLPHE
C'est bien facile à dire , et moins à pratiquer. Dieu garde que jamais tout vienne à te manquer !
GEORGE
Je saurais être pauvre , et je m'en ferais gloire.
RODOLPHE
Ce n'est pas impossible , et je veux bien le croire.
Mais combien en est-il , parmi les mieux famés ,
Que l'on verrait encor dignes d'être estimés,
Si, passant tout à coup du luxe à la misère.
Ils étaient dépouillés même du nécessaire ?
Aisément , en parole , ils bravent le besoin ;
On est fort contre un mal que l'on n'éprouve point;
Aux paisibles vertus la fortune les pousse ,
Et par le grand chemin les conduit sans secousse;
Comme la probité ne les prive de rien,
11 leur en coûte peu de se conduire bien ,
Et, quand on est pourvu de tout ce qu'on souhaite,
Il faudrait être un sot pour n'être pas honnête.
Va, la condition où les hommes sont nés