II
146 UHONNEUR ET L'ARGENT.
Les a, plus d'une fois, absous ou condamnés : On voit dans les salons des gens fort honorables Qui seraient en prison , étant nés misérables , Et, par un sort inverse, on en voit en prison , Qui, nés riches, feraient honneur à leur maison. La fortune, selon qu'elle est meilleure ou pire, Jusque sur la pensée exerce son empire :
Tels sont amis de Tordre, et se croient convaincus. Qui sont conservateurs pour garder leurs écus ; Tels autres au progrès ont consacré leur vie. Que l'orgueil fit tribuns, et novateurs l'envie; Donne tout à ceux-ci , rien à ceux-là ; les uns Seront conservateurs et les autres tribuns.
GEORGE
Que prétends-tu prouver? qu'il n'est point d'honnête homme?
RODOLPHE
Non, certes; il en est qu'à bon droit on renomme;
Il en est qui , les yeux fixés sur le devoir,
D'un pas toujours égal marchent sans s'émouvoir;
Leur ferme probité , fière sans arrogance ,
Fuit les séductions et brave l'indigence ;
Aux honneurs mal acquis ils trouvent peu d'appas.
Et les privations ne les fléchissent pas.
Mais, pour ranger quelqu'un dans cette classe insigne.
Je demande comment il s'en est montré digne,
Et par quel sacrifice, au prix de quel effort,
Il a conquis ce nom , que l'on prodigue à tort.
— Tiens, je vais m'expliquer d'une façon plus nette :
Toi-même , tu parais un garçon fort honnête ?
GEORGE
Moi!