M. MERCIER, LAURE, LUCILE
H. MERCIER
Ah! l'on vient à propos.
Entrez.
A Laure.
J'ai quelque chose à vous dire , ma lîUe ; Allez vous habiller, et faites-vous gentille. Nous avons à dîner monsieur Richard.
LUCILE, avec ennui.
Ah ! Dieu !
M. MERCIER, i Laure.
Tâchez d'être agréable, et de causer un peu, Laure. Quand il est là , vous n'ouvrez pas la bouche , Et vous vous remuez tout autant qu'une souche.
LAURE
Eh ! je ne trouve rien à dire.
M. MERCIER
11 faut chercher.
Il doit vous crohe bête , à ne vous rien cacher.
LUCILE, assise derrière M. Mercier et Laure, qui sont debout.
Pour lui, je le crois tel, par la raison contraire : L'une devrait parler; l'autre devrait se taire.
M. MERCIER
Paix!
LAURE
Je ne peux paraître autre que je ne suis, Mon père; pour parler je fais ce que je puis; Mais l'inspiration in*a si mal secondée, Qu'il ne m'est pas encor venu la moindre idée.
M. MERCIER
Avec George pourtant vous babilliez sans fin.
LAURE
Oui; cela se faisait tout seul et sans dessein.
LUCILE
C'est qu'à des gens d'esprit on répond de soi-même. Et que répondre aux sots est un travail extrême.
M. MERCIER^ à Lucile.
Silence I Ton n'a pas besoin de vos avis.
A Laurc.
Laure, écoutez-moi bien; je sais ce que je dis, Et vous devez avoir en moi la confiance Qu'il faut que la jeunesse ait dans l'expérience. C'est à votre bonheur surtout qu'on doit penser; Mais je sais mieux que vous , ma fille , où le placer, Et, comme, en pareil cas, la raison se consulte. Et non l'emportement des cœurs et leur tumulte, Ln père, qui raisonne, est meilleur conseiller Qu'un cœur de dix-neuf ans, prompt à s'émerveiller. — George a des qualités , par des vices ternies ; Il est léger, et voit mauvaises compagnies.
LAURE
Mais, mon père...
M. MERCIER
Je trouve en lui plus d'un défaut;
Enfin ce n'est point là le mari qu'il vous faut. Ces dehors, par lesquels les filles sont séduites. Sont de peu de valeur pour ceux qui voient les suites. Et, quand du choix qu'on fait dépend tout l'avenir, C'est un fond plus solide à quoi l'on doit tenir.
LAUBE, d'un ton suppliant.
Pourtant...
M. MERCIER
Monsieur Richard a ce mérite énorme.
S'il n'a pas ce brillant qui ne tient qu'à la forme , Il est très-bien pourvu du côté sérieux; En un mot, c'est l'époux qui vous convient le mieux.
LAURE, avec abattement.
Hélas!
M. MERCIER
Je ne suis pas un père sans entrailles.
Et, d'ailleurs, les couvents ont perdu leurs murailles;
D'un ton patelin.
Mais, si vous respectez un peu mes cheveux gris. Si mes droits paternels ont pour vous quelque prix , Vous tiendrez, mon enfant, compte de ma prière. Et vous réjouirez la fin de ma carrière.
— Adieu.
Il la baise sur le front , et sort.