ACTE DEUXIÈME
Centre ignorant d'un tout qu'il croyait fait pour lui, Et que par la pensée il conquiert aujourd'hui.
Soleil, globe de feu, gigantesque fournaise, Chaos incandescent où bout une genèse.
Océan furieux où flottent éperdus Les liquides granits et les métaux fondus, Heurtant, brisant, mêlant leurs vagues enflammées Sous de noirs ouragans tout chargés de fumées. Houle ardente, où parfois nage un îlot vermeil, Tache aujourd'hui, demain écorce du Soleil ; Autour de toi se meut, ô fécond incendie, La Terre, notre mère, à peine refroidie, Et, refroidis comme elle et comme elle habités,^ Mars sanglant, et Vénus, l'astre aux blanches clartés, Dans tes proches splendeurs Mercure qui se baigne, Et Saturne en exil aux confîns de ton règne.
Et par Dieu, puis par moi, couronné dans l'éther D'un quadruple bandeau de lunes, Jupiter.
Mais, astre souverain, centre de tous ces mondes, Par delà ton empire aux limites profondes, • Des milliers de soleils, si nombreux, si toufl*us. Qu'on ne peut les compter dans leurs groupes confus. Prolongent, comme toi, leurs immenses cratères. Font mouvoû", comme toi, des mondes planétaires, Qui tournent autour d'eux, qui composent leur cour, Et tiennent de leur roi la chaleur et le jour. Oh! oui, vous êtes mieux que des lampes nocturnes Qu'allumeraient pour nous des veilleurs taciturnes. Innombrables lueurs, étoiles qui poudrez De votre sable d'or les chemins azurés; Chez vous palpite aussi la vie universelle, Grands foyers, où notre œil ne voit qu'une étincelle.
160 GALILÉE
Montons, montons encor. D'autres deux fécondés Sont, par delà nos deux, d'étoiles inondés.
Franchissant notre azur, mon hardi télescope De notre amas stellaire a percé l'enveloppe ; Hors de ce tourbillon monstrueux de soleils.
J'ai vu l'infini plein de tourbillons pareils ; Oui, dans ces gouffres bleus, dans ces profondeurs sombres Dont la distance échappe au langage des nombres, 11 est — je les ai vus — des nuages laiteux.
Des gouttes de lumière aux rayons si douteux, Qu'un ver luisant, caché dans l'herbe de nos routes. Jette assez de lueur pour les éclipser toutes ; La lentille, abordant ces archipels lointains, Résout leur blancheur vague en mille astres distincts. Puis entrevoit encore, ascension sans borne!
D'autres fourmillements dans l'immensité morne. Et quand, le télescope étant vaincu, mon œil Du vide et de la nuit croit atteindre le seuil. Au regard impuissant succède la pensée.
Qui, d'espace en espace éperdument lancée, Ne cesse de sonder l'infini lumineux Que prise, en le sondant, d'effroi vertigineux.
Et partout l'action, le mouvement et l'âme!
Partout, roulant autour de leurs centres en flamme, Des globes habités, dont les hôtes pensants Vivent comme je vis, sentent ce que je sens, Les uns plus abaissés, et les autres peut-être Plus élevés que nous sur les degrés de l'être ! Que c'est grand! que c'est beau! Dans quel culte profond L'esprit, plein de stupeur, s abîme et se confond! Inépuisable Auteur, que ta toute-puissance S'y montre dans sa gloire et sa magnificence !