‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 13 sur 219 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HUMBERT, se.1.

Têlebleu !

Suis-je assez lâche, moi! Quelle pitié! Je n'ose Dire un mot; je bégaye et reste bouche close. Est-ce que c'est d'un homme! Il fallait dire : « Non, Ce n'est pas moi que gagne un sourire mignon. Mon cœur d'un triple chêne et d'une triple lame Par le patriotisme est cuirassé, madame; Je me ris des filets dont vous m'enveloppez, Et n'irai certes pas, marquise, à vos soupes. »

S'asseyant.

— Ah! c'est injuste, ingrat, odieux. Quelle adresse A-t-elle fait jouer, sinon sa gentillesse.

Son doux parler, son air, ce don de plaire inné Qui vous prend malgré vous et vous tient fasciné. Tout ce je ne sais quoi, qui dans son moindre geste Met, sans qu'elle s'en doute, une grâce céleste?

— Quelle fleur de beauté! quel éclat triomphant!

Que la femme tient bien ce que promit Tenfant ! Pendant qu'elle évoquait les scènes du jeune âge. J'entendais dans sa voix un écho du village; Tout l'intervalle avait disparu; je n'avais Que seize ans, je courais au soleil, je vivais Dans les bois, sur les monts,. avec les petits pâtres. Et je rêvais devant les horizons bleuâtres.

Voilà son artifice et son piège innocent. Comment ne pas subir ce charme attendrissant? Gomment, quand elle fut si bonne pour ma mère, Ne pas tout essayer pour lui rendre son père?

Après une pause.

C'est vrai. — Mais aller là? — Je n'irai pas. — Eh bien.

Se levant.

Si, j'irai. Les fripons verront un citoyen.

J'irai chez Balthazar, pour foudroyer sa fête, Pour venger la patrie...

Appelant son domestique.

Épictète! Épictète!

...Démasquer les complots, et tenir frémissants Les pâles corrupteurs sous mes fouets flétrissants.

Appelant (le nouveau, avec impatience.

Citoyen Épictète!

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