‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 137 sur 219 · ACTE PREMIER. S · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. S

ANGÉLIQUE

Ehl que m'importe qu'il soit riche, si je ne l'aime pas? puisque c'est moi qui me marie, n'est-ce pas mon goût qu'il faut consulter? Ne faut-il pas s'aimer pour vivre ensemble? Peut-on rien imaginer de plus triste que d'être enchaînée jusqu'à la mort à un homme pour qui Ton n'a aucune inclination? Contentement passe richesse; et, s'il est vrai que le bonheur de toute la vie dépend du choix d'un mari, on doit le choisir pour lui-môme et non pour ses écus.

MOLIÈRE

C'est bien raisonné; mais les choses ne vont pas ainsi. Les pères et les filles ne sont jamais d'accord. Les filles veulent des maris qui leur plaisent, et les pères veulent des gendres riches.

ANGÉLIQUE

Et qui a raison, selon vous, des pères ou des filles?

MOLIÈRE

Les filles, assurément ; car elles suivent la loi de la nature; la nature a voulu que les jeunes gens fussent amoureux; et, quand les pères étaient jeunes, ils pensaient comme les jeunes gens.

ANGÉLIQUE

Pourquoi donc ne pensent-ils plus de même, quand ils sont devenus vieux?

Parce qu'ils ont passé l'âge où l'on aime. On ne se

reporte jamais en arrière pour comprendre chez les

autres les sentiments qu'on a éprouvés soi-même, et l'on

ne juge que par ses impressions actuelles. Comme les

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