ACTE DEUXIÈME
MOLIÈRE
Le jeune homme à qui je m'intéresse est un excel-t lent sujet.
M. DIMANCHE
Qui cela? Purgon?
MOLIÈRE
Eh non ! — Qu'est-ce donc que ce Purgon? — Monsieur Dimanche, vous avez l'air contrarié; est-ce que je vous aurais désobligé en quelque chose ?
M. DIMANCHE
Non, monsieur. — 11 est vrai que je suis contrarié, c'est-à-dire que je ne me possède pas, tant je suis en colère.
MOLIÈRE
Vous aurait-on fait quelque offense ?
M. DIMANCHE
Oui, monsieur. Je viens de rencontrer là, à la porte de cette auberge, un drôle à qui j'avais promis ma fille, et qui refuse de l'épouser.
MOLIÈRE
Est-il possible, monsieur Dimanche! Voilà qui est indigne, et je suis bien surpris de ce que vous me dites là. — Qui est ce mal-appris ?
M. DIMANCHE
C'est un nommé Purgon, fils d'un riche apothicaire.
MOLIÈRE
Ce Purgon est un furieux impertinent, et, à votre place, je ne voudrais plus jamais voir ce Purgon.
M. DIMANCHE
Ainsi ferai-je, morbleu! et, si jamais le coquin se présente chez moi, je lui romprai les os.
MOLIÈRE
Mais, monsieur Dimanche, ce n'est pas une raison pour ne pas marier votre fille ; il faut lui trouver un brave garçon, pour qui elle aura du goût, et qui s'estimera heureux d'entrer dans votre alliance.
M. DIMANCHE
Oui, mais où trouver un bon mari, c'est-à-dire un mari qui ait beaucoup d'écus?
MOLIÈRE
Je vous disais, mon cher monsieur Dimanche, que je connais un jeune homme probe, loyal, de bonnes mœurs, de belle taille, qui est amoureux de votre fille, qui en est aimé, et qui m'a chargé de la demander en mariage.
M. DIMANCHE
Et qui est ce jeune homme?
MOLIÈRE
Ce jeune homme, monsieur Dimanche... Ah! j'oubliais un habit de scapin, un de gentilhomme et un de paysan.
M. DIMANCHE
Six aunes de drap; six fois trente font cent quatrevingts, et vingt livres de plus pour la qualité du drap du gentilhomme, cela fait deux cents livres.
MOLIÈRE
Deux cents livres ajoutées aux deux cent quarante