AGIS ET GALATHÉE
Le dieu Faune surprit la nymphe Simithys, Et des amours du dieu naquit le bel Acis.
Acis chassait un jour dans une île écartée; La fille de Doris, la blanche Galathée, L'aperçut en jouant sur Tonde, et de ce jour A la nymphe marine Acis apprit l'amour; Et de ce jour aussi la fille de Doris Fit connaître Tamour au jeune et bel Acis.
Retiré sous un roc dont la cime penchée Recelait sous la voûte une grotte cachée, Et là, de son amante accusant le retard, Sans cesse il l'appelait, sans cesse son regard Épiait chaque flot, pour voir si, tout humide, Il n'en sortirait pas la blanche néréide.
Viens donc, lui disait-il, divinité des mers I Quel plaisir te retient au sein des flots amers? Ta présence m'est douce autant que la rosée A la plante qui meurt dans la plaine embrasée, Autant que le soleil, ami du vendangeur,
t88 POÉSIES DIVERSES.
Au raisin qui languit sous un ciel sans chaleur.
Sitôt que tu parais, la galté m'est rendue;
Je ne me souviens plus de t' avoir attendue.
Mais, quand tu ne viens pas, je souffre et suis pareil
A rberbe sans rosée, au raisin sans soleil.
}) J'étais sous cette grotte, à l'heure matinale
Où le rocher projette une ombre latérale ;
J'étais encore ici quand le midi brûlant
Avait dérobé l'ombre au sable étincelant.
Et j'y suis encor seul, et le jour qui décline
Allonge sur la mer l'ombre de la colline.
Lorsque tu m'as quitté, pourtant tu m'avais dit ;
c( Je viendrai quand le jour atteindra son midi; »
Et je regarde en vain sur la mer azurée,
Pour te voir apparaître, ô fille de Nérée I
Chaque fois qu'un zéphir, de son souffle naissant,
Fait courir quelques plis sur le flot frémissant.
Je tressaille de joie et j'espère que l'onde
Va s'ouvrir en laissant passer ta tête blonde.
Mais l'onde redevient calme comme la mort,
Et la vague inutile expire sur le bord !
Tu ne te doutes pas combien l'attente est dure,
Combien chaque heure est lente et combien le jour dure.
Ilélas! plus je te vois, plus je voudrais te voir.
L'espoir suit les iTgrets, et les regrets l'espoir.
Quand je ne te vois pas, je songe à ta présence;
Je songe en te voyant aux longueurs de l'absence,
Et j'ai comme un remords, au moment des adieux.
De n'avoir pas assez regardé dans tes yeux.
Mais que t'importe à toi, joyeuse néréide 1
Pendant que je répèle une plainte insipide.