AGIS ET GALATHÉE
Sur le seuil des palais qui sont au fond des eaux, Au milieu de tes sœurs, tu tresses des roseaux, Ou tu conduis galment dans la mer de Tyrrhènes, La troupe des tritons et dès filles sirènes.
» Que ne suis-je plutôt quelque dieu de vos mers, Ou Protée, ou Claucus, dont les cheveux sont verts! J'irais au premier rang de la troupe qui nage. Et qui de tous côtés accourt sur ton passage. Soit du rivage grec, soit du bord africain, Soit des lies d'Éole, où travaille Vulcain.
Que ne suis-je un dauphin de la mer de Sicile, Pour recevoir ton corps sur ma croupe docile. Pour ou\Tir devant toi les flots rendus plus doux. Qui mourraient mollement en baisant tes genoux, Et poiu" te voir toujours sans trouble et sans mystère. Au lieu d'être oublié comme sur cette terre! » Il dit, et tout à coup, plus belle que Vénus, Secouant ses cheveux qui couvraient ses bras nus, Et laissant derrière elle une trace argentée. Sur le bord d'une vague apparut Galithée.
« Oh! dit alors Acis, nymphe, pardonne-moi!
Je te méritais mal, car j'ai douté de toi.
» J'ai parlé de froideur, d'oubli, d'indiflerence
(A quel point nous aveugle un moment de souffrance!)
Et je savais pourtant que tu ne pouvais pas
Écouter tes désirs pour voler dans mes bras;
Qu'il te fallait tromper la surveillance active
De ta mère Doris, qui te retient captive,
Car la fière déesse a son orgueil blessé
De voir pour un mortel ton amour insensé,