‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 194 sur 219 · ADIEUX · texte numérisé non relu

ADIEUX

Puisse Tété pour vous tempérer son midi,

Les oiseaux vous chanter leur chanson la plus douce,

La montagne amollir pour votre pied hardi

Ses rochers anguleux sous un tapis de mousse !

Les plaisirs vous suivront, attachés à vos pas. Tantôt vous siégerez comme une souveraine Parmi des courtisans, sachant rire aux éclats Et conter galamment la chroniquç mondaine.

Tantôt, belle amazone, un coursier qui fend l'air Fera flotter les plis de votre longue robe.

Et ceux qui vous verront passer comme un éclair Se plaindront du coursier qui trop tôt vous dérobe.

Ainsi fuiront vos jours que rien n'aura troublés, Ainsi s'envolera la jeunesse rapide.

Mais l'ennui gît au fond des plaisirs redoublés Qui remplissent l'esprit et laissent le cœur vide.

Je vous souhaite encor par mes derniers souhaits. Au nom d'une amitié dont j'ai connu les charmes, De détourner parfois vos yeux de vos jouets Et de goûter un peu la volupté des larmes.

Adieu donci Moi, je pars; je vais dans nos vallons; Je suis trop villageois pour une capitale ; J'ai mal étudié la langue des salons.

Sa vivacité froide et sa grâce banale.

Je ne sais pas cacher un sentiment profond^ Et, quand j*ai le cœur gros, rire du bout des lèvres. Un mot glacé me tue, un regard me confond.

Un signe mécontent me donne un jour de fièvres.

Plus je me sens maussade et plus je le deviens ; Ma parole se meurt* mon silence me pèse.

Je m'en vais retrouver mes fusils et mes chiens, Devant qui je puis être ennuyeux à mon aise.

Là, réveillé d'un songe, oublié, j'oublierai; J'oublierai jusqu'au nom d'un journal ou d'un livre, Ku s'il se peut, combien on a le cœur navré D'un moment d'amitié que la froideur doit suivre I

Quand septembre viendra, le mois charge de fruits Qui raccourcit les jours et prolonge les nuits, Qui ramène les chants et les rondes joyeuses Des vendangeurs dansant avec les vendangeuses, Allez dans le jardin et suivez le mur blanc Qui s'étale aa soleil pour se chauffer le flanc : Vous y verrez rougir, sous les pêchers en treille. L'incarnat velouté d'une pêche vermeille.

Montrant timidement son duvet à travers Les rameaux nourriciers et les feuillages verts, Et souriant ainsi qu'une lèvre mi-close Sur qui se poserait quelque sourire rose ; Eh bien, ce coloris qui séduit le regard, Ce fruit arrondissant sa coupe de nectar.

Madame, quelque jour viendra quelque chimiste Qui l'analysera par sa science triste.

Et tirera d'un fruit si mollement courbé Que du sein de Vénus on le croirait tombé.

Si doux qu'on le croirait pétri dans l'ambroisie, Des sucs qu'une vipère aurait en jalousie.

a04 POÉSIES DIVERSES.

Tel est pour moi l'amour, madame; pour certains.

C'est un fruit savoureux, frais comme les matins;

Ils n'ont qu'à se pencher, et dans leur main ouverte

11 tombe détaché de sa couronne verte.

Moi, je suis le chimiste, et, pour cette raison,

11 ne me laisse prendre à moi que son poison :

Les désirs irrités, la longue inquiétude.

L'imagination peuplant la solitude.

L'amour sans voluptés et les rêves sans corps,

La rage dans le cœur et le calme au dehors,

L'ardente inaction d'une existence vide

Et le dégoût de tout qui rend tout insipide.

Et l'attente trompée et l'espoir abattu.

Si bien qu'on s'écrirait : u Néant, où donc es-tu? »

Enfin, tous les tourments et toutes les tortures

Que mit le Créateur au cœur des créatures;

J'ai bien tout éprouvé, j'ai bien passé partout,

Et j'ai bien bu la lie amère jusqu'au bout.

Mais les ravissements que Dieu donne en échange.

Qui font rayonner l'œil comme une étoile d'ange ;

Mais l'espoir assouvi qui devient souvenir,

Moissonnant le présent pour semer l'avenir.

Trésor qu'à l'honmie vieux, le jeune homme accumule,

Jour éclatant suivi par un doux crépuscule,

•Moments que l'on revit après qu'ils sont passés.

Ces moments immortels, où sont-ils? Je ne sais.

Où sont les entretiens, la lente confidence

Libre du lourd bâillon qu'impose la prudence,

Le bavardage intime où le cœur est à nu.

Où l'on redit cent fois comment on s'est connu.

La promenade au bois, la mousse sous le chêne,

Et la main dans la main, l'haleine dans Thaleine,

Et les tendres regards qui ne Unissent pas.

Et les sentiers pleins d'ombre où s égarent les pas,

Et les cheveux jouant avec le vent qui gronde.

Et l'oubli de la ville, et de l'heure et du monde!...

mon cher compagnon! moitié de ma pensée!

Confident de TélKiuche à peine commencée !

Mon frère d'armes ! mon ami !

Quoi! mort!... quoi! foudroyé comme par un tonnerre! Quoi! muet pour toujours!... dans ta couche de terre

Éternellement endormi!

Si jeune! si joyeux et si content de vivre!

Étranger aux soucis dont la mort nous délivre.

Heureux (rainier et d'éire aimé, Il n*avaii pas connu la fornine indocile.

Et s'avançait gaîniont vers ra\enir facile,

Vers ra\enir silùl fermé.

Indépendant et fier, il marchait dans sa voie; 11 possédait ces biens (jui ne font pas la joie.

Mais sans (|ni le bonheur n'est pas :

Il avait des .sillons on glanait la nli^ère:

11 avait des amis; il a\aii une mère,

La grande richesse ici-bas.

Telle est la Mort I voila sa volupté cruelle ! Usé, brisé, vaincu, qu'un malheureux l'appelle.

Elle s'éloigne et cherche ailleurs; Elle visite ceux à qui la vie est douce; Pale amante, elle étreint celui qui la repousse,

Et choisit parmi les meilleurs.

Quoil nous ne verrons plus ce franc et gai sourire. Ce regard si loyal où chacun pouvait lire

Le cœur rayonnant dans les yeux.

Ce charme sympathique empreint dans tout son être, A ce point qu'on l'aimait, presque sans le connaître.

Et bien plus, le connaissant mieux !

Et comme il était bon, affectueux et tendre!

Comme son âme pleine aimait à se répandi^e!

Comme il parlait de ses amis !

Ah! il ne croyait pas, lui, ce rare courage.

Si les railleurs contre eux aiguisaient un outrage.

Que le silence fût permis.

Il savait admirer comme les belles âmes ; 11 adorait, foyer de généreuses flammes,

La nature où Dieu resplendit.

L'humanité, les arts, le beau, le vrai, le juste, La vertu, le génie, et cette chose auguste :

La Liberté, dont on médit.

Tout était radieux dans cette noble vie.

Jamais le dévoûment n'y côtoya l'envie.

— loi, son autre compagnon*,

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