‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 214 sur 219 · III · texte numérisé non relu

III

Slt ClITIQUfi HIAMATIQUB.

Us lesle, je r^èle que c'est une lacfae isolée» et fi'a «Y ^ P"» JMrt»^ eiwfle de dédamation»

Le sMoès a été kHMSBBe el nérilé. raanelMS à k qlrièMe ■mr^wiHitim^ el failli la stUe eoailile, €« f ai emendii ooorir lea finftBBwemenIs pami les qpeeial^n pieaaés. La Boone s'étomiait de cette finile de iroiMew, à des lieures ok Fos ne pécule ^h» sur la reote. 11 fa là ceot iqvéaeBtatifHn. CTest un ccwqp de fortune pour le ¥andeville,etc*àtj«liee; il eatrtcomprmé drafogocfqrt aes portes à' oneoenfre lillèraire» et d'avoir osé parler im langage franc et nainrd» lu qui est qodqoe pen enclin anx rootmes et anx dialogues de convention.

La pièce est fart bi» jonée. Fediler a tout à la tok beaucoup de chaleur et de abduction. On Favait dfcjàiH gnalé, à juste titre, connue un de nos mdUenrBi éOm&B^ et ce r61e aocndtra encore sa réputation. Liiguet est j^dn de verve et d^oitrain ; il compose Irfts -hien sa i^ysio-* nomie au cinquième acte, et sa douleur muette éclate visiblement et sans affectation sur sa figure immobile. Tous les autres acteurs se sont acquittés de leur rôle à merveille. Quant à madame Docbe, c'est une révélation. 11 peut arriver ainsi qu'une actrice passe de longues années à être méconnue et à se méconnaître elle-même, faute d'un rôle; puis, le moment arrivé, un hasard fait qu'on trouve sa véritable voie, et, un beau jour, le public est tout surpris de saluer une grande comédienne. La grâce, l'esprit, l'amour heureux, la mélancolie, l'abattement, le désespoir, toutes les nuances du sentiment et de la passion ont été rendues par madame Doche avec un naturel exquis et une puissance sobre et sûre d'elle-même. Sa parole était nette et vibrante, elle a fait sourire, frémir et pleurer; enfin, sa création est plus qu'un succès, c'est un triomphe.

Allons maintenant applaudir madame Guy on à l'Ambigu ; elle est belle ; elle est fiëre ; elle se révolte superbement contre une comtesse qui Toutrage ; elle apprend la mort de son mari, et elle a des accents de douleur si vrais et si déchirants, elle embrasse son enfant avec des sanglots et des redoublements de tendresse si naturels, qu'on se sent remuer jusqu'au fond de l'âme ; madame Guyon poétise toutes ses créations ; il y a en elle quelque chose d'héroïque et de simple en même temps; ce n'est pas la Dame de la Halle y c'est la Reine de la Halle; s'il y avait eu des poissardes du temps d'Homère, c'est ainsi que je me les figurerais; et quand je voyais cette noble actrice vêtue royalement de la jupe des poissardes, quand j'écoutais cette voix hautaine et cependant harmonieuse, il me semblait que j'allais entendre les vers de Corneille, et que j'avais devant moi Viriarte ou la veuve de Pompée. Hélas! ô Gornélie, pourquoi avez-vous fui votre patrie première? On ne vous aurait pas ménagé de si belles entrées, au milieu des chevaux, des clarinettes et des tambours; mais aussi on ne vous y aurait pas fait tant de chagrin, et ce n'est pas au Théâtre-Français qu'un ingrat comme Maurice aurait eu la lâcheté de vous renier et de vous abandonner. Enfin, c'est un regret pour nous, mais un bonheur pour MM. Anicet Bourgeois et Michel Masson. Leur drame, qui est né d'ailleurs très-viable, est sûr, grâce à madame Guyon, d'une longue existence. Ainsi le malheur des uns tourne au profit des autres, et tout se compense ici-bas.

Je ne vous ferai pas l'analyse de la Dame de la Halle; c'est trop savant pour moi, et je m'embrouillerais dans toutes ces complications. D'ailleurs, l'espace va me manquer, et mon ignorance des lois matérielles du feuilleton ne m'a pas permis de proportionner entre elles mes diffé-

rs CtlTIC^rE DtAMATIQUE.

t» t^hf^s. Je laiâse cette betsogne à mon soocesseur de l'md: procittin. iju'il tous soflSse de savoir qu'il y t UQ fvîx marquis et un Tni ; que le vrai marquis mourrait de faûzu â on mendiant ne lui faisait Taumône; que le faux marquis. Maurice, est mari de la Dame de la Halle, et a quelque vellc-ité de bigamie ; mais il revient à de meilleurs sentiments; tout finit par s'arranger. Les malheurs auxquels j'ai assisté étaient l'œuvre d*un coquin, nommé Lorrain : on le jette par la fenêtre, et c est bien fait. De beaux décors, des danses, un incendie et les autres ressources du mélodrame, tels que coups de théâtre, surprises, rencontres inattendues, suppositions d*enfant, assurent le succès de la Dame de la Halle.

Tai dit mélodrame, et je vois sur Taffiche que la pièce est un drame. 11 règne une grande confusion dans les noms qu'on donne aux diverses pièces de théâtre. Quelle différence y a-t-il entre un drame et une tragédie et entre un drame et un nb'lodrame ? Voici ma définition, qu'on est libre de rejeter : une œuvre dramatique se compose de deux «éléments principaux — les é\énements, les péripi»ties, Tinlrigue en un mot — et le développement des passions et des caractères. Suivant qu'une pièce incline davantage vers l'un ou Tautre de ces deux éléments, elle change de nature. Ainsi j'appellerai drame ou tragédie indiirérenmient, toute pièce qui se préoccupera surtout de représenter des caractères, de développer des passions ou de résumer l'esprit et les mœurs d'un siècle, en les I)ersonnifiant dans les grands hommes de l'époque, et qui subordonnera l'intrigue à cette idée dominante. Toute pièce, au contraire, qui ne cherchera qu'à étonner et émouvoir le spectateur, par la succession rapide des avanturcs et l'imprévu des péripéties, sera un mélodrame. —

Chacune de ces œuvres a ses lois particulières qu'il est nécessaire d'observer. A ce compte, la Dame de la Halle est un mélodrame, et, comme tel, il est dans les bonnes conditions du genre.

Enfin, on a joué dernièrement au Palais-Royal une bouffonnerie amusante; elle a pour titre : las Dansores espagnolas. Grassot y est très-comique, mais la gaieté est surtout dans la pantomime, et il faut aller voir ce que je suis impuissant à raconter.

Voilà donc trois grands succès pendant cet hiver : la Dame aux Camélias au Vaudeville, Mademoiselle de la Seiglière au Théâtre-Français, et le Château de Grantier à la Gaieté. Je suis allé voir, il y a peu de jours, ce Château de Grantier^ et j*ai été on ne peut plus ému ; à un certain moment, la terreur est telle, qu'on ose à peine respirer, jusqu'à ce qu'un cri d'effroi s'échappe de toutes les poitrines.

Tel est mon butin de la semaine. J'ai fini et je n'en suis pas fâché. En vérité, les critiques sont des gens bien laborieux. Savez-vous que chaque feuilleton dévore presque la matière d'un volume !

Février 1852

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