Racine, Bajazet, acte I*', scène l
2. Sur mon exemplaire est écrit, de la main du poôte : A son premier hôt9, Lucrèce, Ponsard.
381 HBRNIERS HOMMAGES RBMûOS
A BQTfeilIflr roarnse, à nérilor tâmi
Qa*on mit tnr leur tombera, d%De d'ans ïïimiim t
« Elle resta chei die et film de la laine !» *
il y eut soudain, dans la salle émue et diarmée, un sileaoe âdorme. Un nouveau poSie évîdenmiwt vraait de mitre. On n'avait pas entendu, depuis le règne de Gaamir Ikim^ vigne, une plus ingénieuse et plus éclatante poéne. Après les premiers doutes , la salle entière appartœail à ce contre-révolutionnaire ; enfin, toute réastance avait cessé après la grande scène entre TuUie et Brutus, mm ^^oui. Même il y avait des gens qui disaient qu'André Glié&ier n'était pas, tout ensemble, et plus antique et plus doq-^ veau : «
Ditet-mol donc, Tollie, eat-ce là le tablean Que devait éclairer le solennel flambeant < Est-ce donc ponr cela qu'à la main du flamine Vous aves présenté le gâtera de farine, Et qu'offrant à Innoo des yictimes sans fiel. Vous Tarez attestée au devant de Tautel, Quand, la tète voilée et ceinte de verveine, La robe jointe au corps par un bandeau de laine, La quenouille à la main, vous avez pénétré Au delà de ce seuil à Vesta consacré?...
Désormais la bataille était gagnée, et le plus grand succès, le plus légitime, le plus mérité, couronna cette œuvre éloquente. Le lendemain, dans tout Paris, on disait « l'auteur de Lucrèce », comme on eût dit « l'auteur d'Hemani »• Les plus doctes maisons, et les salons les plus lettrés se disputaient ce jeune homme inconnu la veille ; et de même qu'il avait été très-simple en son entrée, il fut très-modeste en son triomphe. Il quitta la ville aussitôt qu'il put s'arracher à ses louanges, et s'en revitlt en toute hâte apporter à sa mère, à son père, à
son oncle maternel cette palme si bien gagnée. Il aimait d'instinct ces doux rivages ; il en parlait peu de jours avant sa mort, et ces noms charmants : Sainte-Colombe, Ampuy, Gondrieux, Annonay, Malleval, toutes ces îles éparses, ces joyeuses Cyclades, qui vont et qui viennent au caprice de Teau courante, avaient dans sa bouche un charme inexprimable. En dépit de toutes ces élégances qui lui venaient dans son discours, il était né un paysan : sou âme était de Rome et son corps était des montagnes du Vivarais. Il se levait avec le jour, et, son fusil sur Tépaule, il parcourait des espaces incroyables à l'affût sur un lièvre, ou ses tablettes à la main ; le soir venu, il rapportait quelques alouettes; en revanche, il rapportait les plus beaux vers.
A trois ans de distance de Lucrèce^ apparut, en ce même théâtre de l'Odéon, Agnès de Méranie^ €t, cette fois, malgré le trouble et la confusion du premier jour, les connaisseurs comprirent que ce jeune homme était en progrès dans l'art de raconter l'histoire aux hommes assemblés. La terreur même était croissante, et nous nous rappelons le frisson général de la grande scène où le roi Philippe- Auguste, seul au milieu de sa cour déserte, impuissant spectateur des grands événements, se plaint, d'une voix haute et superbe, des chaînes dons il est chargé \
Mais, lorsque nous partions, un moine est survenu 1 Un moine, un liomme en froc, tète rase et pied nut Il a dit quelques mots, et, devant ces paroles, Glaives retentissants, flottantes banderoles, Casques et boucliers dont Tceil est ébloui, Chevaliers, gens de pied, tout s*est évanoui* Un moine suffisait pour faire autant de l&ches Pe tous ces chevaliers portant heaume et panaches»
n ne manquait guère à ces grands aqiects de la pdi- Uque; même dans sa Lucrèce^ il avait expliqué, coflune un vrai Montesquieu, l'organisation du pouvoir à venir et l'institution des deux consuls renouvelés tous les ans :
Spute dîTise eo deux Taotorité royale; De ces deux rois rivaux la paittanoo ait égale En aorte que chaean sur l'totre ayant les yeux. Lui sert de frein an mal etd'aigoiUon an mieux...
Mais un règne tit>p long lait dea loisirs trop grandi. L'habitude du trône engendre lea tyrans, n Tant mieux en cela suivre la loi d* Athènes.
Dans Âgni9 de Miranie^ on pourrait citer le beau parrallële entre le pape et le roi, et ces tendresses d'Agnès au désespoir :
Philippe! mon seigneur, chère Ame de ma vie, Va, c'est bien à toi seul que Je me sacrifie.
Avec deux comédiens qui lui ont manqué, le second
succès de François Ponsard égalait le premier. Après AgnêSy il comprit qu'il ne pouvait plus se passer de mademoiselle Rachel. Par des qualités irrésistibles, elle régnait en reine de Paris; elle était le rêve et Tamour des poètes; elle avait remis en grand honneur Phèdre, Hermione, Athalie. Enfin, elle se repentait de n'avoir pas été au-devant de cette gloire naissante, de n'avoir pas ajouté son brin d'acanthe ou de laurier à la couronne de Lucrèce, Donc, mademoiselle Rachel et Ponsard s'entendirent bien vite. La révolution de 1848 ayant ouvert au poète des horizons tout nouveaux, la Parisienne et le poète convinrent que celui-ci écrirait une Charlotte Corday en cinq actes, en vers, en huit tableaux, et que celle-là représenterait de son mieux cette époque abominable et si terrible
qu'à peine T'iambe vengeur d'Archiloque suffirait à cette tache. Il rentra chez lui, plein de foi dans la parole donnée, et il en rapporta ce drame étrange, abondamment rempli de toutes les pitiés, de toutes les terreurs que le cœur de la femme et celui de l'homme pouvaient contenir. Comme il comprenait tous les dangers d'une pai'eille entreprise au milieu d'une époque incertaine et troublée, où c'était une des gloires de Phèdre et de Camille de chanter la Marseillaise^ il écrivait un prologue en vers ïambiques, ou peu s'en faut, qu'il confiait à mademoiselle Fix, une muse aux yeux de gazelle..., un fantôme aujourd'hui.
Je suis la muse de Thistoire.
La Grèce, où sont nés tous les arts, Me salua comme sa gloire, Quand J*apparus à ses regards.
Il y avait dans ce prologue une grande parole : Gardez tous votre foi. Avec cette parole il a composé le Lion amoureux. Que chacun garde sa foi, sa gloire et son honneur. Dans ce tableau de la Terreur, qui se passe chez madame Roland, le poëte, plus que jamais, parle à plein cœur de ce grand art de la politique, appelé par Cicéron le plus magnifique emploi de la sagesse^ la plus grande marque de la vertu et le premier devoir de la vie.
Au second acte, nous n'avons pas oublié la chanson des faneuses dans les prairies de la Normandie :
O muses! accourez, solitaires divines.
Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines.
Ains chantait la chanson supprimée au dernier acte du Lion amoureux. Nous nous rappelons aussi les premiers vers que récitait la petite-fille du grand Corneille ;