ACTE TROISIÈME
Et j'aime d'autant plus que je n'ai pas aimé, Qu'à cette passion j'ai cru mon cœur fermé»
Que je la méprisais, avant d'en faire épreuve. Et qu'elle a pris d'assaut une âme toute neuve. Ah ! comme mes regards ont bien bu le poison I Comme il faut peu de temps pour perdre la raison ! Si vous saviez combien mes volontés contraires Ont roulé de projets, lâches ou téméraires!
Combien de foisje suis sorti, je suis rentré. Courant et m'arrêtant comme un homme égaré; Quel dégoût j'ai de tout, quelle fièvre me chasse De partout, et me fait errer de place en place! — Que viens-je faire ici? quelle ardeur de souffrir Au-devant des douleurs me fait encor m'offrir? Car ne supposez pas qu'aucun espoir m'abuse Et me fasse entrevoir une lueur confuse.
Je n'espère, n'attends et ne demande rien.
Je n'en ai pas le droit, d'ailleurs; je le sais bien. Tout nous sépare : esprit, mœurs, langage, origine; Non que devant la race un vieux respect m'incline ; Je tiens que désormais nos titres sont conquis. Et qu'un représentant vaut au moins un marquis; Hais l'éducation dont vous fûtes nourrie.
Contre ce droit nouveau malgré vous se récrie. Je sais cela; je sais que, maîtresse de vous. Vous pouviez librement faire choix d'un époux. Oui, c'est vrai; mais je suis jaloux jusqu'à la rage ; Mais tout en moi frémit de votre mariage ; Mais, rien^que d'y penser, rien que d'imaginer Qu'il est un homme à qui vous allez vous donner. Cette image, malgré ma soumission vaine.
Fait courir des bouillons de fureur dans ma veine. III. 5
— Je suis jaloux de tout : ce fat s'est avisé De vous baiser la main; je l'aurais écrasé.
Pourquoi supportez-vous son audace profane?
— Pourquoi cet habit grec, ce tissu diaphane Qui laisse dévorer par le regard ardent
Des lignes que trahit un voile accommodant!
Laissez ces modes, vous que la pudeur décore, A celles dont jamais le front ne se colore.
Quoi! d'autres vous ont vue!
MoaTement de U marquise.
Ah ! pardonnez ! Mais quoi !
Sais-je ce que je dis? Je ne suis plus à moi. Moi, soldat endurci par le métier des armes, Peu s'en faut à vos pieds que je ne fonde en larmes.
LÀ MARQUISE, émue, se lève et Ta vers lui.
Allons ! ne pleurez pas ! Voyons ! On vous défend
D'être si malheureux. Vous êtes un enfant.
Vous me serez un frère ; est-ce pas quelque chose
Qu'une gentille sœur avec laquelle on cause,
Qui vous ouvre son âme, entre dans vos secrets.
Et vous gronde d'abord pour vous sourire après?
Si, m'étant enchaînée avant de vous connaître.
De se donner à vous mon cœur n'est plus le maître.
Tout autre sentiment doit-il s'évanouir?
Ne peut-on qu'épouser les femmes ou les fuir?
Bile lui prend la main et le fait asseoir A cdté d'elle.
Du courage, ami. — La! causons avec sagesse; Éclaircissons un point où l'honneur s'intéresse. On m'a dit — j'ai bien loin rejeté ce soupçon ! — Que vous seul reteniez mon beau-frère en prison, Et que le comité, tout d'abord favorable.
N'a trouvé que chez vous un vote inexorable.