‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 10 sur 422 · DE FÉNELON A M. DE VALBELLE · texte numérisé non relu

DE FÉNELON A M. DE VALBELLE

ÉVÊyUE liE SAIN - OMER.

Il le pile de se concerter avec ses coinprovinciaiix pour rassemblée métropolitaine indiquée par le Roi.

A Ciimbrai, 3 mai (1699).

Jk vous envoie une copie de la lettre par laquelle le Roi m'a déclaré ses intentions louchant le Bref du Pape, qui a condamné mon livre. Vous verrez que Sa Majesté souhaite que nous fassions, dans une asseujblée de notre province , ce que j'ai déjà fait en mon particulier par mon Mandement, pour recevoir cl accepter le Bref ^ Pour moi , monseigneur, je suis tout prêt à faire cet acte commun, et j'ai toute l'impatience que je dois avoir do finir celle affaire. Mais vous pouvez avoir des affaires et des engagemens ; les autres prélats peuvent en avoir aussi. Il faut que vous ayez le temps de vous écrire les uns aux antres, de recevoir des réponses, pour convenir d'un jour commode à tout le monde , et de me le mander. Ainsi il me paroît que je ne puis vous en proposer aucun avant le ^2o de ce mois. Je vous supplie donc très-humblement , monseigneur, de convenir avec Mgrs d'Arras et de Tournai d'un jour précis vers ce temps-là . et de me le faire savoir le plus tôt (juc vous [)ourrez. Ma peine sera de ne pouvoir vous loger commodément ici : ma's vous aurez bien la bonté d'excuser un homme dont la maison a été brûlée. Je suis avec un respect sincère, etc.

DCXXXII. (DCXXXI.)

A L'ARBÉ DE CIIANTEHAC.

11 souhaite que le Pape lui témoigne par un Dref qu'il est content de sa soumission, il lui parle des assemblées provinciales de France.

A Cambrai , 8 mai 1690.

Je viens de très-cher abbé

rccevoii' tout présentement, mou , votre lettre du IS avril. Elle

' La li'llro du Uoi est iiisi'i-co dans le Priwcs-rcrlml de l'iissrmblic fil' la proriiice de (ambrai; 1. m dos Œuvres, \>, 189, Voyi'/, , sur (i-llc Ii-tlrc, celle do Bossucl à son neveu, (lu 29 avril ; I. xi.ii , [k 'il 't.

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

iiic console l)eaucou[) , en in';i|)[)ixMi;ml que votre santé se soutient parmi les ainerliiiDes de votre séjour à Rome, et que Dieu vous donne tout le courage et toute la patience nécessaire dans un état accablant. Faut-il que je vous attire tant de croix, moi qui n'ai jamais songé qu'à vous procurer de lu consolation et du repos? Votre peine augmente beaucoup celle que je soutire; mais j'espère que votre retour à Cambrai nous donnera celte joie dont vous jiarlez. Hœc tlies quant fecit Doininiis ; exultcuius et Uutemw' in ea. En vérité , je n'aurai point de peine à me réjouir le jour que je vous embrasserai tendiement; vous m'adoucirez bien desclioscs. Je suppose que vous aurez reçu mon Mandement avec mes deux lettres au Pape. Je ne soubailerois point un Rrel' pour ma réputation; car elle ne me paroîl [)oint noircie parmi les bonnêtes gens neutres. Je vois même que tout ce diocèse demeure édilié de ma conduite , et bien disposé pourmoi. De [)lus,je crois qu'il faut se laisser dans les mains de la Providence, quand il lui plaît de nous crucitier. Je ne voudroisdonc point mendier un Dref avec quelque louange vague sur ma soumission; mais si on se porte i'acilement à l'écrire , j'en serai bien aise, par la raison que je vous ai déjà mandée, qui est que ce sera une acceptation authentique de ma soumission , et une fin certaine de toute la procédure de Rome, après kicjnelle je pourrai respirer en repos. Dès que le Pape aura l'ait ce pas , et que vous ne verrez plus aucun danger de nouvelle guerre , ne perdez pas un seul monjent , je vous conjure , mon très-cb.er abbé , pour nous revenir voir, i^renez la route la plus conunode , et qui aura le moins d'éclat. .le souhaiterois fort que vous pussiez arriver avant la Suint-Jean , par rapport à vos revenus du chapitre , et par rapport à ceux de fil. de Ua Templerie : mais je crains que le temps sera trop court, n ne faut point laisser de queue à l'afiaire de Rome; c'est le fondement de notre repos, et vous en avez trop fait pour n'achever |)as avec une entière patience : mais aussi ne la poussez pas trop loin ; car je n'ai , Dieu merci, aucune inquiétude là-dessus.. Dès que vous verrez une vraie tin , partez sans hésiter, et comptez que votre présence à Cambrai me consolera bien plus que votre séjour à Rome.

Je vous ai mandé que le Roi m'aécrit, afin que j'assemble les évcques de notre province pour recevoir et accepter le Bref du Pape avec Icresjiect qui lui est dû , croyant , ajoute-t-il, que je serai bien aise de faire , dans cette assemblée, avec mes su/fragaus ce que j'ai déjà fait en mon

particulier par mon Mandement. J'ai répondu que j'allois convoquer les évé(jues. Eu effet , je leur ai écrit pour les convoquer environ le ^^) de ce moi. Il leur faut bien à peu près ce temps-là pour convenir entre eux d un jour précis vers ce temps-là, et pour me le faire savoir. Pour moi , je me tiendrai prêt , et en attendant , je vais visiter (iuel([ues paroisses autour de Cîunbrai et du Càteau , où il y a des besoins pressans.

J'ai reçu de Paris la lettre que le Roi a écrite à tous les archevêques du royaume, afin qu'ils tiennent leurs asseudjlées provinciales, pour accepter le Bref. Elle est semblable eu tout à celle que j'ai reçue , excepté qu'il me parle de mol de la manière que je vous ai déjà rapportée , et qu'il leur dit (\\\(î j' ai voulu être le premier à reconno'.ire , par mou Mandement , la justice de de la condamnation de mon livre , et réparer, par la promptitude de ma soumission , le malheur d'avoir enseigné dans mon livre les propositions co?ïdamnées.Ce qu'on peut tirer de là pour moi , c'est que le Roi est satisfait de la pleine et absolue soumission qui est contenue dans mon Mandement, et qu'il ne me demande que de faire ce que j'ai déjà fait. Si on me demandoit davantage dans l'assemblée, onagiroit contre les termes exprès de la lettre du Roi, et même contre le Bref; car mon Mandement l'accepte sans restriction , et va même jusqu'à condamner de rnon chef tout ce qu'il condanme. Je vous ai envoyé une copie de la lettre de M. de Chartres, qui , toute extraordinaire qu'elle est dans son style, approuve fort néanmoins mon Mandement. Vous aurez vu aussi l'édition que les Anti-Rigoritstes de Louvain ont faite de mon Mandement ', pour reprocher cet exemple aux Rigoristes. On peut juger par là combien mon Mandement est d'un exemple décisif pour la pleine soumission à l'Eglise Romaine. Je vous dis tout ceci , parce que la cabale , au désespoir de voir un exemple qui retombe si fort contre eux, n'oublie rien pour faire entendre que cette soumission , si absolue en apparence , n'a rien de sincère , et que, si elle l'étoit, je n'aurois pas manqué de dire , dans mon Mandement , que j'avois une très-sensible douleur d'avoir scandalisé toute l'Eglise par mon erreur, et que je remerciois les prélats qui avoient travaillé à me l'amener de mon égarement. Mais ne voit-on pas que je ne puis en conscience confesser des erreurs que je n'ai jamais pensées, ni voulu exprimer ou favoriser; que le procédé de

* Voyez, dans VHisl. de Fàtciim , liv. m, n. 112.

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

mes confrères , qui ont falsifié , tronqué , caloninip sur les faits, manqué de parole, rejeté les voies pacifiques, est inexcusable, supposé même que mon livre soit aussi erroné qu'on le voudra; qu'enfin, dans mon Mandement, nonseulement j'adhère au Bref , mais encore je condamne comme lui? Or, qui dit condamnation dit quelque chose d'intérieur. J'y ajoute une soumission sincère , une docilité sa7ïs réserve , avec une simplicité d'obéissance , dont je veux donner l" exemple à mon troupeau Jusipïau dernier soupir de ma vie. En effet , je veux toute ma vie préférer l'autorité et les lumières du saint siège sur mon livre , à mon propre sens, delà foiblesse duquel je dois me défier. Je ne puis empêcher que des gens indiscrets n'écrivent ; mais en tonte occasion , je condanmerai ouvertement tout écrit qui tiendroit à excuser mon livre. [,es prétendus Augustiniens triomphent de toutes parts. Les disciples de M. de Meaux ne veulent plus souffrir les mystiques les plus approuvés , ni le désintéressement de la charité sur la béatitude. Rome dort pendant la tempête : mais Dieu sait ce qu'il veut faire. Tout à vous mille et mille fois.

DCXXXIIL

(l)CXXXll.)

DE L'ABBE DE CHANTERAC A FEXELON.

/I lui inaiidc iju'il a pris congé du I^apu et des cardinaux. Il lui annonce un Bref du saint l'ère , et les intrigues de ses adversaires pour en faire supprimer les expressions trop favorables.

J'ai reçu , monseigneur, votie lettre du I 7 d'avril avec la copie de celle de l'auteur au<jnyme, dont je n'ai point ouï piU'Ier du tout on ce pays, et dont par conséquent je ne [)arl(;i'ai point.

J'ai pris congé du Pape , et ensuite de tous les cardinaux du Saint-Office, il ne m'en reste plus que trois à voir, chez lesquels j'ai déjà été |)lusieurs fois ; mais je veux y retourner encore d(;main , afin de ne manquer à rien de tout ce qui peut lein- être dû. Le saint Père me témoigna avoir toujours une estime particulière pour vous, et s'empressoit à louer votre soumission. 11 me chai'gea môme de vous en assurer de sa part , et pour marquer son all'(Mli(Mi , il répéla plusieurs fois ces paroles . L'abOiomo in cuore ,

joignant ses mains sur sa poitrine, comme pour embrasser tendrement. Il ajouta de lui-même qu'il vouloit vous écrire. Il me demanda quand je parlirois ; et comme s'il avoif conqité en luimême les jours qui étoient nécessaires pour écrire cette lettre , il me dit qu'elle seroit faite samedi , qui étoit aujourd'hui , et qu'on me la remetiroit entre les mains, et pour cela que j'allasse chez le cardinal Albano , qui est le secrétaire des Brefs généraux ; mais c'est le cardinal Spada , comme premier ministre, qui fait expédier les Bi'efs qu'ils appellent ad principes , et sous ce nom ils comprennent tous les Brefs que le Pape écrit à des particuliers. Sortant du Pape , j'allai cliez le cardinal Spada, qui me dit que le Bref étoit tout prêt , et qu'il me l'enverroit incessamment. Je m'offris à le revenir prendre chez lui ; mais il dit d'un air d'honnêteté qu'il n'étoit pas nécessaire , et qu'il auroit soin de me l'envoyer d'abord qu'il seroit en état. J'attendis deux jours entiers , après quoi je priai M. de La Templerie d'aller attendre >L le cardinal S[)ada , lorsqu'il sortiroit de chez le Pape, pour lui dire que je n'avois point reçu ce que son Eminence m'avoit fait l'honneur de nï'assurer qu'elle vouloit m'envoyer. Le cardinal , assez embarrassé , lui répondit qu'il ne l'avoit pas encore pu , mais qu'il ne manqueroi t pas de me l'envoyer ; et lorsque M. de La Templerie lui demanda quel jour son Eminence agréoit qu'il revint [)Our le prendre, il lui dit qu'il n'éloit jias nécessaire , et qu'il l'enverroit sans manquer. Le secret de ce retardemeni , comme je l'ai su ce matin, est que nos parties, ayant su que le Pape vouloit vous écrire , ont fait tous leurs elforts pour l'empêcher ; et qu'ayant vu la lettre que vous écriviez en promettant votre Mandement, et depuis, celle qui accompagnoit le Mandement , ont fait de gi'andes plaintes et de grands conunentaires sur ces ])ai'oles : Non commemoro probra , et tout ce que vous ajoutez : œrumnas , tribulationes , crucem ; conuwG ai tout cela les faisoit passer pour des calomniateurs , et la condanuiation comme une injustice et une persécution '. D'abord on paroissoit indigné contre eux de les entendre faire ces réllexions ; mais ensuite on se laissa épouvanler à leurs menaces et à leur fierté , et les cardinaux leurs amis se servent de ce prétexte pour intimider le Pape , et pour lui faire craindre que la cour ne sera pas contente des louanges (ju'il \(iul<)it vous doinier dans ce

»Sr/. 1,-S IcIlll'S de l'ubb.:- 11..S^MP(

iiiiil toinpic lies iiiduvcniciis ([u'il llii'l; I. M,M , 11. -iVB cl suiv.

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CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

Bref. Il a fallu . pour les apaiser, revoir utie et deux fois toutes les expressions de ce Href, en retrancher certains mots qui leur paroissoient trop avantageux pour vous ; et entin on l'a réduit à si peu de chose , que ceux qui l'avoient dressé en ont un vrai dépit , et avouent euxmêmes qu'il ne mérite plus qu'on en fasse grandcas. Ue peur encore que ce Href ne fût trop tôt connu , si on me l'avgit promis pour vous le porter, comme le Pape et M. le cardinal nie l'avoient dit , on veut à présent l'envoyer au nonce , qui vous le fera tenir; et sans doute il aura ordre de le faire voir auparavant , afin de s'assurer davantage que la cour en sera contente. Je pourrai hien néanmoins en avoir une copie en secret , mais ce ne sera que demain. Pour agir dans votre esprit , je n'ai témoigné ni peine ni empressement là-dessus, et sans paroîlre appliqué à cette négociation , j'ai dit que je parlirois d'ahord que j'aurois achevé de voir les cardinaux. En effet, toutes nos affaires sont prêtes pour mardi matin , et je ne tournerai plus la tête de ce côté-là.

Je dois vous dire que tous les cardinaux que j'ai vus ont extrêmement loué votre conduite , et je ne me souviens que d'un seul qui ne m'ait pas chargé de vous assurer de leui- estime , de leur respect, de leur vénération ; qu'ils auroient un plaisir infini de vous en pouvoir donner des marques, et d'autres choses encore plus fortes, ei que je réserve à nos conversations.

On m'assure de tous côtés qu'il n'y a rien à craindre sur les deux choses que vous me marquez, comme les seules qui pourroient mériter un plus long séjour ici; et tous conviennent que je dois me retirer tout le plus vite que je pourrai , afin qu'il ne soit plus parlé que de votre soumission.

Mais l'on m'assure que cette soumission, qui vous attire tant de louanges de tous côtés , irrite plus que jamais vos parties, et que vous n'avez jamais eu tant de besoin d'observer toutes vos paroles et toutes vos démarches, pour ne leur donner aucune prise sur vous. On voit, et on me le dit plus ouvertement que jamais , que c'est à votre personne qu'ils en veulent ; qu'ils vouloient vous écraser entièrement, et qu'ils sont au désespoir d'entendre de tous côtés que le public vous estime , vous honore et vous loue plus que jamais. Je n'entre ici dans aucun détail , parce qu'il est mieux de le réserver à Cambrai, et de plus, il est fort tard, parce que j'ai couru tout le jour pour les visites nécessaires avant mon départ. Dans la route, je pourrai nous parler plus à loisir. Que j'ai d'im-

patience de me retrouver auprès de vous, et de vous [)Ouvoir donner toujours des preuves à". mon respect et de mon attachement ?

DCXXXIV. (DCXXXIII.)

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