DE FÉNELON A L'ABBÉ DE CHANTERAC
Il lui annonce son assemblée provinciale , et lui donne quelques instiuclions sur la conduite a tenir avant son départ de Rome.
A Canilsrai, 15 mai (!699).
J'ai reçu, mon très-cher abbé , votre lettre du 25 avril ; j'y vois qu'on ne reuïue rien à Rome , et qu'il n'y paroît aucun sujet de craindre , ni une Bulle , ni de nouvelles qualilications, ni un formulaire; mais je vous conjure néanmoins de veiller, et de ne vous lier point à ce calme apparent. Vous connoissez l'esprit de mes parties , et vous ne savez que trop , par expérience , conibien ils sont accrédités dans la cour où vous êtes. J'attends de moment à autre des nouvelles de l'assemblée provinciale qui doit avoir été tenue à Paris avant-hier mercredi, 13 de ce mois. Nous devons tenir la nôtre le 25 ici. Dès qu'elle aura été tenue, je vous en enverrai le procès-verbal. En attendant, vous aurez présenté au Pape ma lettre avec mon Mandement. Je ne souhaite point un Bref en réponse pour me faire honneur des termes lionnêtes cpi'il pourra contenir, mais seulement pour avoir une acce|)tation i)ar écrit de ma soumission , qui soit une lin de l'atlairc. Dès que vous aurez fait accepter mon Mandement , et que notre assemblée provinciale aura été linie paisiblement , il me semble (pie vous n'aurez plus un moment à perdre pour vous en revenir. Mais il faut prendre bien juste vos mesures pour partir avant les chaleurs, ou pour ne partir qu'après. Ne vous exposez point à sortir de Rome dans les temps où l'on dit qu'il est si dangereux de le faire. Je ne me lasse point de vous proposer les bains de Baies, supposé qu'on les croie utiles à vos jambes que je prétends exercer ici. En cas (jue ces bains vous convinssent, j'aimerois beaucou[) mieux vous
« Vi.yrf 11 II.'
ipiTs, 1.. 3:2.
CORRESPOiNDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME.
■voir plus tard , et vous voir plus agile. Le plus grand service que vous me puissiez rendre , mon trcs-clicr abbé, est de me conserver une santé si précieuse. Je vous prie de témoigner aux Jésuites avec quelle cordialité je piends part à ce qui les toudie dans la fâcheuse scène que vous me défieignez. Les trois personnes choisies pour l'examen doivent les alarmer ' ; mais il faut voir la suite , et je prie Dieu qu'ils fassent un saint usage de cette croix. Pour moi. je serai toute ma vie dans leurs intérêts , comme ils ont été dans les miens, et cela du fond du cœur.
Il paroil , Dieu merci , que les honnêtes gens ne s'éloignent point de moi , et qu'au contraire beaucoup d'esprits prévenus reviennent, depuis qu'ils ont vu mon Mandement. Mais je sais à n'en pouvoir douter que mes parties sont en secret plus envenimées que jamais. Ils disent que-, ma soumission si fastueuse est courte, sèche, contraire, superbe, purement extérieure et apparente; mais que jaurois dû reconnoître mes erreurs évidentes dans tout mon livre , rétracter les subtilités pernicieuses de mes défenses , gémir du scandale que j'ai causé , renoncer à mes scntimens, revenir pleinement aux leurs qui sont les seuls bons, et les remercier de m'avoir ouvert les yeux -. S'ils peuvent trouver le moindre prétexte de chicane pour prolonger, pour aigrir la cour, et pour me pousser encore , ils n'y manqueront pas. Dieu surtout. Il est bon que les amis de Rome soient avertis et précautionnés là-dessus. Je salue M. de La Templerie , et je le prie de vous ramener gras, vermeil, vigoureux et dispos. Tout à vous , mon très-cher abbé , sans réserve.
' L'abbé Rossufl éoiivoil, If 5 mai, que i^eUa affaire des Jcsiiiles étoil enclouée. Il trouve que c'est une espi'ce de miracle, que la condamnation de M. de Cambrai, l xi.ii, p. i89. — * Voyez la note 1 di- la lettre dcxxvi , ci-;lessus, p. <6 ; ot la Icllre de Bussuel a son neveu, du 25 mai ; I. xi.n, 1». 507.
DCXL. (OCXXXIX.)