CHAPITRE IV
QiEi. est riionnne sur la terre qui n'épnjuve tristement en soi le cond)at inqiorlundonl parle le grand apôtre ' ? Le corps nnitiné contre l'esprit , l'esprit en dissension et avec les autres et avec lui-même, n'allumenl-ils pas dans chacun
de nous une guerre intestine dont la violence nous désole ? Inutilement espèreroil-on de mettre la paix enlri,* ces deux tiers ennemis, en capitulant avec l'un ou l'autre au gré de leurs désirs. Pour les ranger à la raison , il faut qu'il leur en coûte à tous les deux : à la chair, d'être châtiée et abattue par une pénitence aussi longue que la vie ; à la volonté , d'être contredite sans relâche , réduite an terme de ne plus faire la maîtresse , mais de prendre humblement le ton qu'il plaira à l'esprit de la grâce de lui donner. M. l'archevêque de Cambrai passoit chaque jour de sa vie dans la mortification rigoureuse du corps et de l'espril. Il alfoiblissoit l'un pour fortifier l'autre, et de peur que celuici ne s'enorgueillît de cet avantage passager, il le subjuguoil à son tour impitoyablement. A l'imitation de l'iipôtrc S il avoit réduit de telle sorte son corps en servitude , qu'il n'éloit pas autrement que dans une espèce de milieu entre lu santé et la maladie. Pour de propre volonté, je ne sais s'il eu avoit encore , tant il avoit travaillé à s'en dépouiller , à la perdre et à la faire mourir.
Quand on n'esl [tas (idèlc dans les mortifications de [irovidence , il y a sujet de craindre beaucoup d'illusion dans les autres qu'on recherche quel(|uefois avec plus d'ardeur qfie de prudence. Je croirois qu'il seroil bon de commencer d'abord par les premières, et de s'y exercer de bonne heure , d'autant mieux que c'est un travail à durer autant que la vie. Notre saint prélat , attentif à ne se pas moi'lilier là sa mode , ne pouvoit se lasser de se laisser mortiher de moment à autre , selon les desseins de Dieu. Ce n'esl pas que dans le fond il ne fût très-dur à lui-même ; mais c'est qu'il s'obsei-voit de si près pour ne rien donnera l'amour-propre , qu'on ne remarquoil, pour ainsi dire, en lui qu'une vie unie, et en apparence toute comumne. Loin de se plaindre , il étoil toujours bien , toujours commodément, toujours à son aise ; dans le chaud comme dans le froid, jtendant les beaux jours de l'été comme durant l'alfreux hiver, il trouvoit toujours moyen de souHrir sans se plaindre. Il dormoit Irès-peu j en un mol, nulle partie de sa vie exempte de mortification ; imitation aussi sincère (jue (■ontinuelle du grand apôtixi : setnpei' niortificatiinicni Jesu in corpore nostro circuuiferentes '.
Un régime sévère qu'on se fait une loi étroite de garder, et qu'on observe journellement , sans s'en écarter le moins du monde . devient ,
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PRINCIPALES VERTUS DE FÉNELON
par celle continuité , un assujettisseinenf qui vaut lui seul une bonne pénitence . j'en atteste l'expéiience. On voit en elîet tous les jours qu'on craint nioiusde soullVir et d'être malade, que d"élre toujours aux [)rises avec soi-rnénic pour combattre ses jj;oùls; preuve cei'taine (pie (l'Ile contrainte est liès-mortiliante. iM. l'arclie- \t'(pie de Cambrai pratiquoit donc un régime l'ioimanl , certes, soit pour l'unilbrinité invalialde de la nourriture cpTil prenoil, soit [)our la très-petite quantité dont il en usoit. Je ne lis point ce que Jésns-Cbrisl dit de saint Jean-Rapliste , que je ne me sente porté à en faire l'ap- ))iicalion à notre saint prélat : V'oiit nei/iie rnon- (lucans , ueqite bibcns '. C/étoit par la crainlo de la maladie, diitt-t-on peut-être, ou par appréliension de la douleur, qu'il se porloit à cette privation : mais y pense-t-on? Jamais ou ne fut moins occupé de soi; j)orsonne ne fut |ihis éloigné que lui de se refuser à la souflrance. ]£toit-ce par altacliement à la vie? Hélas ! il la supporloit avec patience , soupirant sans cesse api'ès l'beureux moment qui devoit le dépouiller de sa mortalité.
On ne trouvera pas mauvais qu'avant de finir cet article, je fasse remarquer que M. l'archevêque de Cambrai n'étoit arrivé à cette grande mortification des sens, que par une mortification intérieure très-parfaite. Sa plus grande appréhension étoit , disoit-il, de ne pas résister assez à son propre esprit. Il mcttoil toute sa joie ;\ combattre incessamment sa volonté , son application à contredire son humeur, afin d'être en toutes choses souple sous la niain de Dieu. De là l'égalité de son esprit , ses manières enjouées, sa complaisance, son alfabilité, et pardessus tout une alleution extraordinaire à ne ujarquer nulle peine d'être importuné , interrompu , détourné , mênie au plus fort de ses occupations. Heureux d'avoir su mettre ainsi à profit toutes les occasions de se faire violence, il recueille maintenant avec une joie ineffable la moisson d'une félicité éternelle. Violenti rafiamt regnuin cœlonon '.