‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 145 sur 422 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le soin de sa propre peifectioii.

(T Qi oiQLE ce soit la volonté de Dieu ;, disoit » un saint prêtre ' si connu par ses ouvrages » de piété , que nous soyons tous des saints, ce- » pendant nous ne sommes pas tous ajjpolés au » même degré de sainteté . ni par les mêmes » voies. Dieu tout bon ne demande; pas de tous » les mêmch choses. » Tous doivent être saints, mais d'une sainteté convenable à leur état, condition et attrait. Tous doivent être parfaits , mais d'une perfection proiiortioimée à leur degré de grâce. Tons doivent être des lumières , mais non pas également brillantes, puisqu'il est certain, connue le dit l'Evangile '' , qu'on cxùjeni davantage de celui (ini aura reçu plus de choses. Autre , par consé(jucnt , doit être la vertu d'un laïque , engagé |)ar sa [)rofession à vivre dans le monde ; autre la perfection d'un ecclésiastique , que Dieu a tiré du siècle pour être sa

• Lettre A' mr l'autorité de l'Iù/line , OLiivres, t. i", y. 2ot. — ' Eccli. XXXI. H. — 'M. Boudoii , arrhidiaciid'EvrfU)i, iiiorl cii 1702. — * Lkc. \ii. 48.

portion et son héritage , bien qu'ils soient obligés les uns et les autres de convenir dans un point essentiel , qui est d'aimer Dieu parfaitement , et de préférer en toutes choses sa gloire et son bon plaisir. M, l'archevêque de Cambrai sentoit également la vaste étendue de la justice chrétienne et de la sainteté épiscopale. Appliqué , comme le reste des fidèles , à s'acquitter des observances communes , il travailloit de plus à atteindre à la perfection qu'exigeoit de lui le caractère éminent d'évêque dont il étoit honoré. Ces paroles de l'apôtre \ il faut que Vévêque soif irrépréhensible ,\m étoient toujour's présentes ; sans cesse il les envisageoit comme un modèle sur lequel il devoit régler si généralement sa conduite, qu'elle en fût trouvée un jour , au tribunal de Dieu , une copie tout-àfait ressemblante.

La tiédeur avoit pour lui une laideur si affreuse , qu'il ne pouvoit y penser sans horreur. Son cœur fait pour Dieu n'étoit susceptible de lâcheté ni d'ingratitude. Pénétré d'une ferveur toujours nouvelle, il ne pouvoit s'empêcher de s'écrier quelquefois de l'abondance du cœur : « J'ai tant d'obligations à Jésus-Christ , il m'a » fait des grâces si prodigieuses , il m'a con- » duit avec une bonté si singulière , que je ne » saurois commettre contre lui la moindre in- » fidélité , sans être au même instant l'homme » le plus ingiat et la créature la moins ex- » cusable. Mon Dieu ! quand, malgré tout cela, » je pense que je vous sers avec tant de négli- » gence , quelle est ma confusion ! Non , je ne » veux plus vivre , puisque la vie m'est une » occasion de vous déplaire; ou si c'est votre » volonté de prolonger encore mes jours , que M ce ne soit donc plus que pour vous aimer , » éternelle beauté qui ne vieillissez point , et » qui empêchez de vieillir tous ceux qui n'ai- » ment que vous. »

L'oubli de soi-même mène à grands pas à la perfection , si ce n'est la perfection même. Que peut-on en effet ajouter de plus au sacrifice de s'être renoncé et de s'être quitté pour Dieu? Adhuc autem et nnimarn suara - ? Ce pas fait une bonne fois , tout le reste ne conte plus rien. Notre saint prélat l'avoit franchi avec courage , ce [)as si difficile à l'amour-propre. Crucifié au monde , mort aux dignités , insensible aux faux biens du siècle , dépris des joies les plus innocentes , il ne vivoit plus à lui , mais à Jésus-Christ. A son exemple , il ne pouvoit se rassasier d'anéantissemens et de soufl'rances.

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PRINCIPALES VERTUS DE FÉNELON

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SouIlVir lui paroissoit un pain savoureux dont sa faim ne se rassasioit point. Qu'on lui applaudît ou qu'on le contredît ; que la Providence l'éprouvât pur des malheurs et par des disgrâces. ce semble , accablantes, il vouloit tout ce qui lui arrivoit , et ne vouloit rien de ce qui lui manquoit. On auroit dit qu'il ne s'agissoit pas de lui. La pratique des vertus les plus difficiles , la perfocliou la plus héroïque , loin de surcharger cesaiul prélat , lui faisoit trouver le joug du Seigneur moins [)csantel plus aimable. Ainsi l'obligatiou de renaître , de se renoncer , de se haïr , de se dépouiller, de devenir enfant, d'être pauvre d'esprit , de pleurer, de se persécuter, de n'être point du monde, qui est maudit ù cause de ses scandales ' ; vérités effrayantes pour bien des gens, tuais inllniment consolantes pour le saint prélat, (jui savoit que, par sa religion et par son caractère , il étoit obligé de se porter à la perfection pour ressembler à son Père céleste. Quelle impression doit faire sur nous cet exemple , qui condanme si hautement notre lâcheté ! Tantôt à Dieu , tantôt au monde : un peu de l'un et de l'autre tout à la fois , ne comprendrons-nous jamais que par là nous courons risque d'être de ces tièdes dont il est dit que Dieu les vnmira -? Que dirionsnous d'un serviteur qui craiudroil de se trop ailéctionner à notre service , qui auroit honte de paroître , aux yeux du public , s'attacher à nous ? Mais que nous dira le Dieu de toute majesté, si nous sommes partagés entre lui et le siècle , si nous craignons ses jugemens, et ceux des mondains ; si nous avons horreur du mal , et honte du bien ; si nous faisons moins pour lui que pour les hommes ; si tout nous coûte dès qu'il est question de lui ? U qu'il est à craindre que nous n'ayons eu en ce monde toute la peine de la vertu , sans être en droit d'en espérer la récompense !

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