‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 146 sur 422 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Lt' mépris qu'il faisoit du la vit\

M. l'archevêque de Cambrai étoit parvenu à un tel mépris de la vie , qu'elle lui sembloit un exil iusupportable. Continuellement il parloit de la mort avec épanchement de cœur. S'il prêchoit , s'il écrivoit à ses amis de confiance , s'il conversoit familièrement avec quelqu'un . il

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faisoit tomber insensiblement le discours sur le peu de peu de fonds qu'il y a à faire sur la vie, el sur la ceililude de la mort, dont on ignore le moment fatal, n On i-egarde la mort comme » bien éloignée , disoit-il, quoiqu'elle soit Irès- )) proche ; hélas ! elle est au milieu de nous. » Nous me dites que vous pouvez vivre long- » temps , et luoi je vous réponds que vous pou- » vez mourir tout à l'hein-e. Vous êtes jeune ; hé » bien 1 il meurt tous les jours des gens à la » fleur de leurùge : un tel se porloit fort hi«u » hier , que j'apprends aujourd'hui être mort » subitement. Notre corps diminue chaque jour; » ce qu on boit, ce qu'on mange , devient la ^ matière de notre mort. Lesalimens se gâtent » dans noire estomac ; les remèdes , en guéris- » saut le mal , altèrent le tempérament et usent » les organes. Le doigt de Dieu écrit contre la » muraille l'arrêt de notre destruction , et si » l'on pouvoit , ou en appelleroit encore. »

Dans l'automne de l'année 171 i, trois mois environ avant sa mort , il lui arriva un accident qui faillit à le faire périr de dessus un pont de la rivière de Somme. Connue je lui en témoignois, quelques heures après, ma frayeur : « Bon , n bon , me dit-il , à quoi est-ce que je sers dans » ce monde! Grand avertissement , au reste, de » me tenir sur mes gardes , puisque j'ai pu » mourir lorsque je m'y attendois le moins. » Dès là il regarda ce terrible événement comme le présage d'une mort prochaine. Il se prépara depuis plus particulièrement au grand passage de l'éternité; et dans les lettres qu'il écrivit à quelques personnes , il leur fit une espèce de testament spirituel, comme s'il eut été à la veille de mourir , bien que , pour le fond de sa santé , il se trouvât comme à l'ordinaire. Dès le premier jour qu'il fut attaqué de la maladie qui l'enleva de ce monde , il se prépara à la mort. « Je n'en réchapperai pas, dit-il à un ecclésias- » tique de sa maison ; je ne dois plus que songer » prochainement à mourir. » Le lendemain, il voulut se confesser ; il demanda le troisième jour , dans une sainte impatience , le viatique , auquel il se disposa avec une ferveur inexprimable; après quoi on lui admnistra l'extrêmeonction. On le vit en ce moment recueillir toute son attention pour donner au Roi les dernières preuves de son respect et de sa parfaite soumission à l'Eglise. La lettre qu'il dicta à son secrétaire pour le confesseur du Roi en est un monument authentique \ Cela étant fait, il ne pensa

' C'est la i)xxxi\« des Lettres diverses , déjà Litéc. En envoyant une toide de celte lettre à la marquise de D***, l'akbé

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