AVERTISSEMENT SUR LA LETTRE SUIVANTE
Pour l'intelligence de la lettre suivante, noui dirons ici en peu de mots quelle en fut l'occasion .
iHlet lui l'crivoil en ces Icniies : « .V.jilaine, dans la iloukuianuTC ou m'a ploinjti ]a inoil j)récipitée de M. l'aiclicvfque de Cambrai , je n'ai d'autres consolations que de penser fréquemment a lui, et de làtlier k le l'aire rcTivre, pour ainsi dire, en rappelant il tout le monde la n^émoire d'un si dicne prélat. C'est dans letic vue, madame, que j'ai pris la liberté de vous parler ce malin des dernières dispositions avec lesquelles il a Uni sa vie, vie trop ulile a l'Ej-lise, trop nécessaire a son dioièse , trop essenlielle a ceux qui étoient honores de son alfection. Vous trouvère/., madame, dans l'écrit que j'ai l'honneur de vous envoyer , des traits qui vous allcnilrironl : vous n'y apercevrez, que docilité, que soumission , (jue /.éle , que désintéressement, vertus familières du saint prélat. Humble dans une grandeur éclatante, pauvre dans des richesses consiilérables , simple dans l'ériidilion la plus délicate , tout aux autres, rien a lui-même, il a vécu dans l'exercice d'une charité trés-ardente, dont il a été enlin la pure victime. J'ai l'honneui' d'élre avec un profond respect , etc. »
' ISum. XMii. 10.
Isaac de Beausobrc , célèbre ministre [)rolestant . ayant publié, en 4 73-i , son Histoire du, Manichéisme {t vol. in- 4"), les journalistes de Trévoux signalèrent , dans plusieurs articles ', les princi[)ales erreurs théologiques de cet ou- \rage, et spécialement le profond mépris que l'auteur y marquoit pour l'autorité des saints Pères , à l'occasion des relations qu'ils nous ont laissées des faits concernant les hérésies de leur temps. A cette critique , Beausobre opposa une réponse pleine d'amertume et d'emportement , qu'il inséra dans la Bibliothèque (jerinanigue , dont il étoit un des principaux rédacteurs '. Entre autres argumens qu'il employoit dans cette réponse pour justifier ses déclamations contre les Pères , il rernarqiioit qu'on ne doit pas les croire infaillibles sur les faits , puisque les Papes eux-mêmes n'ont pas cette infu/llibilité , de l'aveu de leurs plus gruïuJs flatteurs. Là-dessus Beausobre accusoit Fénelon d'avoir penché vers le fanatisme sur la fin de sa vie , et d'avoir été plus loin que tous les flatteurs des Papes, en leur attribuant V infaillibilité dans les faits. «Les plus grands flatteurs des Papes, » disoit le critique ■', n'osent leur donner cette n intaillibilité. H est vrai qu'un fort bel esprit % » mais qui , sur la fin de sa \\q, pencha vers le » fanatisme, soit par politique, et pour tromper » l'espérance de ses ennemis , qui n'en vou- » loient à sa doctrine que parce qu'ils en vou- » loient à son archevêché, soit par quelque » autre motif; il est vrai, dis-je , qu'un célèbre » archevêque de France en vint jusqu'à cet » excès , que d'attribuer aux évêques de Rome » l'infaillibilité dans le fait. Mais quel homme w raisonnable voudra le suivre dans cet égarew ment , à moins qu'il n'y soit contraint par les )) mêmes intérêts ? Quoi qu'il en soit, les habiles )) catholicjues romains refusent même aux con- » ciles généraux cette dernière infaillibilité. »
Celte violente sortie contre Fénelon étoit d'autant plus déplacée, (lu'elle n'avoit aucun fondement dans ses éiM-ils (tublics, les seuls que Beausobre put connoître. Il est vrai que l'ar-
^ Mnnoiros de Trcvoux , fi'vrier i735, et janvier 1736. — '- liibitittliuijite (iermouiqitc, année t739, article t" ; année 1738, article 2; t. xxxMi et xvxviii. — ■' Jiibliolliéque Omna nique , t. xxxviii, p. 3i. — ^ « M. de Fénelon, ar- » chevOque de Cambrai , attaque par l'evéque de Meaux et )i |ijr une dame qui gouvernoit la Fiance , et dont , k ce qu'on » (lit, M. de Cambrai avoit traversé les ambitieux projets. )> On sait k quoi elle aspiroit. » C.ette note de Beausobre suppose que Fénelon avoit encouru la disgrâce de madame de Maintenon , en traversant le projet ((u'elle avoit conçu de faire déclarer publiquement son mariage avec Louis XIV. Le cardinal de Baussel remarque que cette supposition est lout-a-fait dénuée de preuves, et même de vraisemblance. [Hisl. (le Fencloit , Pirccs juslij. du liv. m, n. j,).
LETTRE A BEAUSOBRE SLR Fl'NELON.
clievèque de Cambrai croyoit le Pape infaillible dans ses dé/initions dofj mut iq lies adres-itk'sù toute l'^ijlise ; mak il e5«l également certain qu'au temps où Beausobre ocrivoit, aucun écrit public de Fénelon n'avoit manifesté son opinion particulière à cet égard. 11 aNoit même eu soin de ne supposer en aucune manière l'intaillibilité du Pape , dans ses écrits de controverse contre les Jansénistes, et de se fonder uniquement sur le principe de l'inlaillibilité de l'Eglise , comme nous l'avons remar(|iié ailleurs '.
L'abbé (ialel , justement clioqué d'une accusation aussi injuste (jue violente, adressa donc à M. de Beausobre la lettre suivante, qui fut insérée en 1739 dans le loin. XLVI de la Jiibliothèque Germanique. Elle éloit précédée d'une note des rédacteurs , qui apprenoit au public que M. de Beausobre n'avoit pas eu le temps de répondre à cette lettre , ne l'ayant reçue que pendant sa dernière maladie, dont il étoit mort vers la fin de l'année 1738.
LETTRE