L'EDUCATION DU DUC DE BOURGOGNE
QLl A REMPORTÉ LE PRIX PROPOSE PAR l'aCADÉMIE ROYALE d'aNGERS '.
PORTRAIT DU DLT. DE BEAI VILLIKRS.
Pour ce qui regarde le premier de ces grands hommes (le duc de Beauvilliers) , qui a été honoré de la dignité de gouverneur de Mgr le Duc de Bourgogne, toute la cour fait son éloge, et rend un témoignage public de sa piété exemplaire , de sa capacité profonde, d'une grandeur d'ame héroïque qu'elle admire en lui, et d'une conduite sans reproche , qui le met à l'abri de la censure et de l'envie. Digne héritier des vertus d'un père également jaloux de la gloire des armes et de l'amour des lettres, il a mérité que Louis le Grand le fît succéder aussi à ses nobles emplois , je veux dire au gouvernement de l'une des plus considérables places maritimes de son royaume *, et au rang de ceux qui ont l'honneur d'approcher de plus près sa personne sacrée . qu'il ne confie jamais qu'à celles dont la lidélilé lui est parfaitement connue. Sa Majesté a remarqué en lui une si grande expérience dans les affaires, et tani de sagesse dans sa conduite , qu'elle l'a jugé digne d'être chef de son conseil des finances , où il remplit cette place honorable avec autant de discernement que d'intégrité.
Mais ce ne sont là que les moindres marques que le plus sage prince du monde lui a données de son estime et de sa confiance : en voici d'autres plus éclatantes, qui sont la preuve d'un mérite consommé. Ce grand monarque envoie un autre lui-même à la conquête de l'une des
' lli.st. de Féni'ton, liv. l , ii. 50 el 6G, — * Le Havredc-Grace, iloiil le duc ilo Besuvillierf fut iiommû youveincur aprce la mort de sou père.
plus importantes forteresses de l'Empire', ligué contre lui et jaloux de sa gloire : il lui associe cet illuslre duc pour l'accompagner, et pour lui faire part de ses lumières et de ses conseils. Il scmbloit qu'on ne pouvoit rien ajoutei- à des témoignages si authentiques de sa vertu. Cependant sa prudence, son courage et son zèle en cette importante occasion . comme dans les autres, lui ont mérité le |)lus grand honneur que puisse jamais souhaite r un sujet, ('ertes , messieurs, il étoit bien juste qu'après avoir si heureusement conduit le père, il eût l'avantage
de conduire le fils
Ouel zèle n'aura point pour la maison du Seigneur un prince éle\é par un gouverneur qui entretient avec tant de soin la piété dans sa famille , et qui envoie à ses dépens de saints missionnaires peur administrer le pain de la parole aux habitans des villes et des autres lieux de son gouvernement , et en même temps que . par une libéralité chrétienne, il pourvoit à leurs besoins temporels ! Nous avons tout sujet d'espérer que ce jeune prince, animé par un si bel exemple , ne s'y conformera pas moins qu'à celui de Josaphat, qui députa des grands de son royaume par toutes les provinces pour en corriger les abus, avec des lévites et des prêtres pour instruire les peuples des lois divines. Quelle prudence n'inspirera point à cet enfant auguste celui que Louis le Grand a si judicieusement appelé le père de la sagesse ! Quelle modestie n'opposera-t-il pas à sa grandeur, lui qui rejette avec tant d'humilité les éloges que l'on fait de sa vertu , et qui l'instruira fidèlement qu'un peu trop de complaisance que prit un grand roi , qui étoit d'ailleurs selon le co^urde Dieu , dans le dénombrement qu'il fit faire de son peuple, lui fit perdi'e, parle fléau d'une peste affreuse , soixante-dix mille sujets! Quel amour ne lui inspirera-t-il |)oint pour lajuslice, lui qui l'exerce avec tant d'exactitude à la tête des conseils du plus grand roi de l'univers ! Quelle douceur ne lui imprimera-t-il pas pour tons ceux qui auront recours à sa protection, lui qui, comblé d'honneurs et de gloire, se communique si favorablement, sans rien perdre de sa dignité . aux personnes qui lui exposent leurs besoins! In prince formé de cette main sera sans doute un chef-d'o'uvre de la nature , et le plus bel ornement des siècles à venir.
• V'hilisbiiurg. I.e duc de Beauvillii'is ai-coiup gns le Djuphin au licgo de eelU- plate en 1688,