ÉLOGE DE FÉNELON A I/ACADÉMIE FRANÇAISE
avoit si heureusement travaillé an salut de ses peuples.
Dois-je vous rappeler, éducation précieuse , disne objet de l'attention du plus jrraud des rois, honneur immortel de ceux qu'il a daigné y commettre sous ses yeux? Augustes disciples ! vous avez trop tôt rempli les espérances de votre guide : il souhaitoit de vous voir parfaits, que ne l'ètes-vous devenus plus lentement ? Le ciel, qui n'a fait que vous montrer à la terre , vous a cueillis counne des fruits déjà mûrs : vos jours ont été comjjtés par le nombre de vos connoissances, et ce qui manquoit à votre âge a été nîmplacé par vos \erlus.
Heureuse la nation que Dieu a traitée moins sévèrement que nous, et à qui il accorde de posséder encore dans son roi ' ce qui reste de celle noble portion de la sagesse de Louis et des soins de Féuelon !
Jl sut, messieurs, vous intéresser ; il vous associa presque à un si glorieux emploi. Il désira, il obtint une place parmi vous ; il vint y puiser celle dernjère perfection , dont il n'y a point de règles écrites, et qui ne peut s'acquérir que par un commerce intime avec les plus grands maîtres. De là ces beautés naïves et riantes , ces tours nobles et hardis, ces expressions fines et délicates, ces grâces vives et légères , qui caractérisent tous ses ouvrages , el qui jamais peut-être ne se sont montrées si abondamment que dans ceux qu'il refusoit d'avouer, parce que , échappés aux heures perdues d'une plume facile, ils exposoient trop la fécondité de l'imagination.
Les besoins d'un grand diocèse vous arrachèrent bientôt cet illustre confrère. Obligé de s'y livrer tout entier, il y porta en quelque sorte les trésors de l'Académie; ces trésors qui, pour être répandus avec profusion , ne sont jamais dissipés : celte lumière dont l'éclat augmente à mesure qu'elle éclaire plus d'endroits dilférens. Par lui , la théologie reçoit des ornemens qui, sans la rendre moins respectable ou moins profonde , raniment sans cesse le courage des lecteurs. Lettres, sermons, mandemens , Fénelon ramène tout à votre goùl: il marque tout au coin de l'immortalité.
Mais où m'engage insensiblement une matière réservée à des boucb-es évangéliques ? Qu'elles publient à la face des autels ce que sa piété ajoutoit à son éloge; ce qu'une charité sans bornes lui faisoit entreprendre de grand . de pénible , souvent même de supérieur en ap-
' Philippi; V, roi d'E>pîgne.
parence à toutes formes humaines. Qu'elles le représentent transporté de ce zèle , de cet amour si naturel , auquel s'abandonnant dans la chaleiu' d'un premier combat , il fit craindre aux légions du Seigneur (pi'il ne lournâtcontre elles le glaive de la parole. Qu'elles expriment , s'il se peut , l'heureuse el surprenante rapidité de son relourà l'inuMuable drapeau , dès qu'il enlendit la voix du chef : pour moi , j'ose à peine porter jusque-là mes regards: je croirois entrer dans le sanctuaire , et toucher d'une main profane ces vases sacrés, dont la seule vue inspire une certaine crainte religieuse. M, l'archevêque de Cambrai ne doit s'offrir à moi qu'en qualité d'académicien; qualité que l'éloignement el l'épiscopat n'avaient pu rendre stérile , et qu'il a méritée jusque dans les derniers temps de sa vie , par d'amples mémoires sur ce que l'éloquence et la poésie attendent encore de vos recherches.
Il sembloit, messieurs, avoir appris de votre fondateur même de quelle conséquence il est de joindre les richesses de la science aux dignité de l'Église, et d'unir la littérature à la religion pour les faire concourir au bonheur de l'Étal.