X.XMll
Porliail de Fénelon pai- K^ rliancftlicr (J'Aguesseaii , e( ]i:iv le duc de Saiiit-Siinon.
Tel étoit le charme exti-aordinaire de Fénelon, et l'ascendant irrésistible qu'il oblenoil sur tous ceux qui l'approchoient , que ni la diflérence de l'âge, ni la prééminence du rang et des dignités, ni même la supériorité des talons ou des connoissances dans les parties qui lui éloient étrangères, ne dispensoient ses amis de devenii- ses disciples, et de l'interroger comme un oracle investi du droit de disposer de toutes leurs pensées et de toutes lem-s affections. C'est l'idée qu'en donnent tous ses contemporains; et leur témoignage est d'auiajit moins suspect , qu'il nous a été transmis par des personnes que la différence diîs opinions , ou une certaine malignité d'esprit, dcvoit naturellement porter à juger Fénelon avec sévérité.
Le chancelier d'Aguesscau nous a laissé dans les Mémoires de la vie de son père •' , un porti'ait intéressant de Fénc^lon.
« L'archevêque de Cambrai étoit un de ces ») hommes rares ^ , destinés à faire ép(jque dans » leur siècle . et qui honorent autant l'humanité »> par leurs vertus, qu'ils font honneur aux lettres » par des talons supérieurs; facile, biillant, dont
' Cl' fui plus l:>ril, fil 1603, qiir l'nbW i\o Bfaumoii( fui ii6si>oi(i a ViihW Floury. (\o1e des Editeurs.) — 'Ce ne fui qu'apiTs l:i inurl do F(*iifloii, el .tu c'onini(?iii ciiieiil du r«gno suivaiil , qup l'aMx^ de Ut-aumoiil irçiil la ivcoiii pense tic se» «rrvicfs ; il lui iioiniin'' a l'^iv^'ctii- île Saintes en 171lJ, el l'est à lui que nous ileTons imi gramie parlie la eonservalioii des manuscrit de Fiîneloii. — ^ OKuvrcs ilii cliuncelicr d'Aguesseau . t. xiii. — '* Voyez les Pièces jiistijicaliven du livre prcniit'i, u. (i.
» le caractère étoif une imagination féconde , gra- » cieuse, dominante, sans faire sentir sa domi- » nation. Sou éloquence a voit en effet plus d'insi- )) iiuation que de véhémence, et il réguoit autant » par les cliarines de la société tpio par la supé- » liorité (les talons ; se mottaiil au niveau de tous "les esprits cl ne disputant jamais; paroissunt » même céder aux auti'os , dans le temps qu'il les » entrainoil. Les grâces couloient de ses lèvres, » et il senil)loil traiter les grands sujets, pour » ainsi dire, eu se jouant ; les plus petits s'emio- » blissoienf sous sa plume, et il otit l'ail nailre » (les Heurs du sein des épines, lue noble singu- » larité répandue sur loiile sa personne, et je ne » sais quoi de sublime dans le simple, ajoutoient » à son cai-actère un certain air de prophète. Le » tour nouveau, sans être afl'ecté, qu'il doimoit » à ses expressions , faisoit croire à bien des gens «qu'il possédoit toutes les sciences comme par » insph-alion ; on eût dit (jii'il les avoit inventées » i)lul('»t (lu'il ne les avoil apprises; toujours ori- » ginal , toujours ciéatetir, n'imitant personne, » et paroissant lui-même inimitable. Ses lalens, « long-temps cachés dans l'obscurité des sénii- )) naires , et môme peu coiunis à la cour, lors » même qu'il se fui attaché à faire des missions » pour la conversion des religionnaires , écla- » tèrent enfin par le choix que le Roi en fit pour » l'éducation de son petit-fils , le duc de Bour- » gogne. Un si grand théâtre ne l'étoit pas trop » pour un si gi-and acteur, et si le goût qu'il con- )i (;ut pour le mystique n'avoit trahi le secret de )) son cœur et le foible de son esprit, il n'y eût » point en de place que le public ne lui eût des- » linée, et qui n'eût paru encore au-dessous de )î son mérite. »
Un homme bien plus sévère que le chancelier d'Aguesscau, un honnne que son caractère misanthrope et son esprit satyri([ue portoient naturellement à la censure , bien plus qu'à la louange , le duc de Saint-Simon , le plus observateur des courtisans el le plus amer des historiens, nous représente Fénelon sous les mêmes traits *.
11 le peint « doué d'une éloquence naturelle , » douce, fleurie, d'une politesse insinuante, mais » noble et proportionnée , d'une élocution facile , » nette , agréable , embellie de celte clarté néces- )) saire pour se faire entendie dans les matières » les plus embarrassées elles plus abstraites; avec » cela , un homme qui ne vouloit jamais avoir » plus d'esprit que ceux à qui il parloit ; qui se )i metloit à la portée de chacun , sans se faire ja- » mais sentir; qui les mettoit à l'aise, et qui sem- » bloit enchanter; de façon qu'on ne pouvoit le » quitter, ni s'en défendre, ni ne pas chercher à » le retrouver. C'est ce talent si rare et qu'il avoit » au dernier degré, (jui lui tint ses amis si élroi- » tement atUichés toute sa vie malgré sa chute , » et qui , dans leur dispersion , les réunissoit pour )> se parler de lui, pour le désirer , pour se tenir » de plus en plus à lui. »
' Meiiioiiis . I. II. p. 327
HISTOIRE DE FÉiNELON.
DiftinctioiîB accoidéps h Féiielon. — Ids-e qu'il se fontie de son emploi.
Le nom que portoit Fénelon le lit jouir à la Cour des distinctions auxquelles sa naissance lui donnoil droit de prétendre , et qui n'appartenoient pas immédiatement à ses fonctions de précepteur. Louis XIV lui accorda la permission de manger à la table de M. le duc de Bourgogne et de monter dans son carrosse'. Cet honneur n'ajouloit sans doute rien au mérite de Fénelon. On doit bien croire qu'il ne s'en fil pas un titre pour se croiie supérieur à Bossuet qui n'en avoit pas joui; on doit également être bien convaincu que Bossue! ne s'enestimoit pas moins, et qu'il ne lui vint seulement pas dans l'idée d'envier à l'abbé de Fénelon , des honneurs accordés au hasard de la naissance. Nous ne faisons mention d'une circonstance aussi indillérente , que pour faire remarquer jusqu'à quel point Louis XIV, qui posséda si éminemment l'art de régner , apportoit d'attention à maintenir ces distinctions honorifiques , qui ne pou\oient humilier aucun esprit i-aisonnable et qui acquittoienf la reconnoissance du souverain sans coûter aucun sacrifice au peuple. C'étoit avec cette monnoie d'opinion qu'un roi de France pàvoit le sang et les services de ces anciennes familles qui, ne pouvant acquérir des richesses, espér oient des honneurs , et qui se consolaient de ne les aroir pas obtenus , en pensant qu'elLs avuient acquis de l'honneur^-.
Une âme telle que celle de Fénelon dut sans doute s'enflammer des plus nobles sentimens, au premier moment où il ajierçut la cari'ière qui s'ouvi'oit à ses regards et à sa pensée. L'idée d'élever un roi , le roi d'une monarchie parvenue au plus haut degré de splendeur, le maître presqu'absolu de vingt millions d'hommes, dont le bonheur ou le malheur étoit attaché aux vertus ou aux vices, à la force ou ;i la foibles>;e , aux talens ou à l'incapacité du souverain , dut , en exaltant son imagination, communiquer à son àme un effroi invdontaire. Son âge, celui du Roi, celui du jeune prince, durent aussi l'avertir qu'il étoit peut-être destiné à l'ccueillir la reconnoissauce ou les reproches de plusieurs généralions.
Quelque confiance qu'il pût avoir en la pureté de ses intentions, en ses talens, en son caractère , et dans h; concoui-s heureux de tous les moyens et de tous les secoiu's (|u'il voyoit réunis autour de lui , ne de\ oit-il pas ledouler d'avoir peut-être à vaincre une nature rebelle à tous ses etlorts , à flonner une àme, un esprit , un caraclère à une .statue inanimée; à extirper le germe des vices que tant de passions et d'intérêts chercheroient à développer; à commander H l'imagination d'un enfant , que lout averlissoit de sa grandeur actuelle et de la puissance que l'avenir- lui l'éservoil?
Fénelon avfii! sous les \eiix le père même (Us()nélè\e, piiiice bon et doux, mais dont le caractère , exempt de veitus et de \ices , itulifférent au bien et au mal, peu sensible à la gloiie , aux
sciences et aux arts, n'annonçoit à la Francequ'un règne obscur et des destinées incertaines ; et cependant ce prince étoit le fils de Louis XIV , et l'élève de Bossuet et de Montausier.
Mais au moins Bossuet et Montausier n'avoient point eu à combattre des défauts effrayans , un caractère indomptable , un orgueil révoltant , des penchans irascibles, et toutes ces passions violentes que beaucoup d'esprit naturel , et une extrême aptitude à acquérir tous les talens et toutes les connoissances, pouvoient rendre encore plus fatales au repos et au bonheur des hommes.
Caiaclère du dur de Bourgogne.
Car tel est le portrait que tous les historiens nous ont laissé , du caractère que le duc de Bourgogne avoit apporté en naissant ; tel étoit le prince que Fénelon étoit chargé d'élever. Sans doute un enfant de sept ans ne pouvoit pas encore s'être montré sous des formes aussi redoutables ; mais il falloil bien qu'il eût laissé entrevoir dès son premier âge et pendant les premières années de son éducation, tout ce que Ton avoit à craindre de lui , puisque ceux qui ont vanté avec la plus juste admiration ce qu'il étoit devenu, rappeloient encore avec une espèce d'effroi ce qu'il avoit été.
« M. le duc de Bourgogne , ait M. de Saint- » Simon ' , naquit terrible , et dans sa première » jeunesse fit trembler. Dur , colère jusqu'aux » derniers emportemens contre les choses inani- » mées, impétueux avec fuieur , hicapable de » soull'rir la moindre résistance, même des heures » et des éléniens, sans entrer dans des fougues à )) faire craindre que lout ne se rompit dans son » corps, c'est ce dont j'ai été sourent témoin; opi- » niàtre à l'excès , passionné pour tous les plaisirs, » la bonne chère , la chasse avec fureur , la mu- » sique avec une sorte de lavissement , et le jeu , y> encore oi'i il ne pouvoit supporter d'être vaincu , )) et oii le danger avec lui étoit extrême ; enfin , » livré à toutes les passions et transporté de tous » les plaisirs; souvent farouche, naturellement » porté à la cruauté , barbare en raillerie , sai- » sissant les ridicules avec une justesse qui assom- » rnoit ; de la hauteur des cieux , il ne regardoit » les hommes que comme des atomes avec qui » il n'avoit aucune ressemblance , quels qu'ils » hissent. A peine les princes ses frères lui pa - » rois.soient intermédiaires entre lui et le genre » humain , quoiqu'on eût toujours affecté de les » élever tous trois dans luif étjntité parfaite : Tes- » prit, la pénétralion brilloient en lui de toutes " parts, jusque dans ses emportemens; ses repar- » lies étonnoient ; ses réponses tendoient toujours » au juste et au profond, même dans ses fureurs; )' il sejouoit des connoissances les plus abstraites; )• l'étendue et la vivacité de son esprit étoient » prodigieuses , et l'empêchoient de s'appliquer à >' une seule chose à la fois , jusqu'à l'en rendre » incapable. »
Tel étoit le pi'ince qui fut confié à Fénelon : tout étoit à craindi-e d'un pareil caractèi'e , tout
.VJoultsquit'U , Liprit dos Luit.
Voyez bci .Méuioiio».
i.ivnK rniiAiiEH.
ëtoil à espérer d'une âme qui annimcoit taii( d'énergie. Ecoulons encore le duc de Saint-Sinioii.
« Tant d'esprit et une telle iurce d'esprit, joint » à une telle sensibilité , à de telles passions , et » toutes si ardentes, n'étoienl pas d'une éducation w facile. Le duc de Beauvilliers, qui en sentoit » exactement les difficultés et les conséquences . » s'y surpassa lui-même par- son application, «sa patience, la variété des lenièdes. Fénelon , » Fleury, ipieiques gentilshonuiies de la .Manche, » Moreau , premier valet de chambre , fort au- » dessus de .sim état , quelques rares valets de l'in- » térieur, le duc deChevrcuse, seul du dehois, » fous furent mis en u-uvre . et tous du même » esprit , travaillèrent chacun sous la direction du "gouverneur, dont l'art déployé dans un récit » seroit un ouvrage également curieux et instruc- )' tif. Le prodige est qu'en tiès-peu de temps la » dévotion et la grâce en firent un autre homme , » et changèient tant et de si redoutables défauts » en vertus parfaitement contraires. De cet abime » sortit un prince afl'able , doux , humain , mo- » déré , patient , modeste , humble et austère pour » soi, tout appliqué à ses obligations , et les coni- » prenant innnenses; il ne pensa plus qu'à allier « les devoirs de fils et de sujet à ceux auxquels il » se voyoit destiné. »
Mais "que de soins, d'attention, de patience, que d'art , d'habileté , quel esprit d'observation ; que de délicatesse et de variété dans le choix des moyens ne iallul-il pas ]ioui' opérer une" révolution aussi extraordinaii'e dans le caractère d'un enfant, d'un prince, d'un héritier du tronc? Je dirai plus ; si ses instituteurs n'avoicnt pas été les plus vertueux des hommes ; si leur élève, dont la pénétration étoit si redoutable , avoit surpris en eux la plus légère apparence de foiblesse ou d'inconsécmence , tout leur art , tous leurs soins , toute leur application étoient perdus. Ils durent bien moins le succès inespéré de cette éducation à leur génie et à leurs talens , qu'à leurs vertus et à leurs qualités.
Education inoralo du duc de Bourgogne.
Fénelon reconnut bientôt que la partie de l'éducation qui excite ordinairement le plus le zèle des instituteurs et l'amour-propre desparens, la partie de l'instruction seroit celle qui lui donucroit le moins de peine. Il pressentit qu'avec l'esprit et les dispositions singulières que son élève avûit reçus de la nature, il^feroit des progrès rapides dans tous les geni-es de connoissanccs qui distinguent les esprits supérieurs, et qui n'appaitiennent pas toujours aux enfans des rois ; mais le plus difficile éloit de dompter d"abord cette âme si violemment constituée, d'en conserver toutes les qualités nobles et généreuses , d'en séparer toutes les passions trop fortes , et de former de cette nouvelle création morale , un prince tel que le génie de Fénelon l'avoit conçu pour le bonheur de l'humanité • en un mol, il voulut réaliser le beau idéal de la vertu sur le trône , comme les artistes de l'antiquité cherchoient à imprimer à leurs ouvrages ce beau idéal, qui
FÉNELON. TO.ME X
donuoil aux formes humaines une expression suinalurelle et céleste.
L'enfant confié aux soins <le Fénelon étoit appelé à régner , et Fénelon voyoit , dans cet enfant, la France entière qui altendoit son bonheur ou Sun malheur du succès de ses soins ; ainsi il n'eut qu'une seule méthode , celle de n'en avoii- aucniK-, ou plutôt il ne se prescrivit qu'une seule règle, celle d'observer à chaque moment le caractèie du jeune prince, de suivre avec une attention calme et patiente, toutes les variations et tous les écarts de ce tempérament fougueux , et de faire toujours lessortir la leçon de la faute même.
Une pai-eille éducation devoit être en action bien plus qu'en instruction : l'élève ne pouvuit jamais prévoir la leçon qui l'atlendoit , parce qu'il ne pouvoit prévoir lui-même les tojts dont il se rendoit coupable par l'emportement de son humeur. Ainsi , les avis et les reproches étoient toujours le résultat nécessaire et naturel des excès auxquels il s'étoit abandonné.
Fables de Fénelon.
Si on veut connoître la méthode de Fénelon et suivre l'éducation de son élève, on n'a qu'à lire les Fables et les Dialogues qu'il écrivit pour le jeune prince. Chacune de ces fables, chacun de ces dialogues fut composé dans le moment même où l'instituteur le jugeoit utile ou nécessaire, pour l'appeler à l'élève la faute qu'il venoit de commettre, et lui inculquer, d'une manière plus sensible et plus précise , la leçon qui devoit l'instruire.
On a imprimé ces fables et ces dialogues sans y observer un ordre et une suite, dont un pareil recueil n'avoit en effet aucun besoin. Fénelon ne les composoil . comme on l'a déjà dit, que pour la circonstance et pour le moment ; mais il seroit facile d'en suivre , pour ainsi dire , la chronologie , en les comparant au progrès que l'âge et rinstruclion dévoient amener dans l'éducation du duc de Bourgogne;. On observera que ces fables et ces dialogues ne conviennent qu'à un prince , et à un prince destiné à régner. Tout se rapporte à cet objet presque exclusif; tout se rallie à ce grand intérêt auquel tant d'autres intérêts venoient se réunir. On voit par la simplicité, la précision et la clarté de quelques-unes de ces fables , qui furent probablement écrites les premières , qu'elles s'adressent à un enfant dont il falloit éviter de fatiguer l'intelligence , et à l'esprit duquel on ne devoit présenf"er que ce qu'il pouvoit saisir et conserver.
Ces fables prennent ensuite un caractère un peu plus élevé; elles renferment quelques allusions à l'histoire et à la mythologie, à mesure que les progrès de l'instruction mettoient le jeune prince à portée de les saisir et de s'en faire l'application : c'est ainsi que Fénelon le familiarisoit peu à peu avec cette ingénieuse féerie , que le:> poètes de l'antiquité avoient créée pour embellir des couleurs brillantes de leur imagination k-; preniierî événements du monde, et pour suppléer
HISTOIRR. DE FENELON.
aux faits que la révélation ne leur avoit point appris sur la véritable origine des choses.
Le style de ces Fables a toujours une élégance naturelle qui flatte agréablement Toreille d'un enfant né avec du goût , et qui contribue à lui donner de bonne heure le sentiment de la convenance, de la propriété et du choix des mots. Elles ont toujours un but moral, mais non pas ce moral vague et indéfini , dont il est difficile qu'un enfant puisse sentir le méiite et l'utilité; puisque rien encore ne l'a placé dans les cii-constances où il puisse se reconnoitre et se retrouver.
Les Fables que Fénclon écrivoit pour le duc de Bourgogne se rapportoient presque toujours à un fait qui venoit de se passer , et dont l'impression encore récente ne lui perrnettoit pas d'éluder l'application : c'étoit un miroir dans lequel il étoit forcé de se reconnoitre , et qui lui ofiroit souvent des traits peu flatteui-s pour son jeune amouipropre. Les vœux les plus tendres, les espérances les plus douces venoient ensuite embellir ces humiliantes images , dans la crainte que l'enfant ne conçut une aversion trop naturelle pour un genre d'instruction qui ne lui auroit jamais rappelé que des souvenirs affligeans ou des reproches sévères. C'étoit avec cette variété de tons , avec ces ménagements délicats, avec ces nuances imperceptibles, toujours nécessaii-es pour ne pas irriter l'amour-propre des enfans, presqu'aussi susceptible que celui des hommes, que Fénelon parvenoit à faii-e goûter au duc de Bourgogne les pi-emiers conseils de la raison et les premières leçons de la vertu.
S'il veut lui inspirer plus d'aménité dans les manières et plus de douceur dans le caractère, il suppose « que le soleil veut respecter le som- » meil d'un jeune prince , pour que son sang » puisse se rafraichii- , sa bile s'apaiser ; pour » qu'il puisse obtenir la force et la santé dont il » aura besoin , et je ne sais quelle douceur tendre » (lui pourvoit lui manquer. Pourvu ([u'il dorme, » qu'il lie, qu'il adoucisse son tempérament , qu'il ï> aime les jeux de la société , qu'il prenne plaisir ')) à aimer "les hommes et à se faire aimer d'eux , » toutes les grâces de l'esprit et du corps vien- » dront en foule pour l'orner. »
S'il veut l'exciter à mettre plus d'attention à ses ét\ides et à apporter plus d'exaclitude à ses compositions, il le peint à lui-même sous la figure du jeune Bacchus , peu fidèle aux leçons de Silène , et dont un faune liiofpieui- relève toutes les fautes en riant. Le jeune Bacchus ne pouvant soufliir les railleries du faune, toujours prêt à se moquer de ses expressions . si elles ne sont pures et élégantes , lui dit d'im ton fier et impatient : « Comment oses-tu le moquer du fils de » Jupiter? Le faime lépond sans s'émouvoir : Li » commenl le (ils de ,lM|)itfi' (w.--l-il Inire quidiiiif «faute? >.
Fénelon vcid lelracei' au duc di' Bourgogne, dans une stule fable, t<nis les défauts de son caractère, ei. il compose la fable du Fantas(iHe. Le duc de Boiu'gogne est obligé d'y lire la fidèle histoire de loides ses inégalités el de tous ses cnq)ortemens.
« Qu'esl-il donc arrivé de funeste à Mélanthe ? „ Bim .lu dehois. tout au dedans ; il se coucha
» hier les délices du genre humain ; ce matin, on )) est honteux pour lui , il faut le cacher. En se » levant, le pli d'un chausson lui a déplu; toute )) la journée sera orageuse, et toni le monde en » soulTrii-a ; il fait peur, il fait pitié; il pleure » comme un enfant , il rugit connue un lion. Une » vapeur maligne et (aiouche tiouble et noircit » son imagination , comme l'encie de son écritoire )) barbouille ses doigts. N'allez pas lui parler des » choses qu'il aimoit le mieux il n'y a qu'un mon ment ; par la raison qu'il les a aimées, il ne les » sauioit plus souffrir. Les parties de divertisse- » mens qu'il a tant désirées lui deviennent en- » nuyeuses , il faut les rompre ; il cherche à con- » tredire , à se plaindre, à piquer les autres; il » s'irrite de voir qu'ils ne veulent point se fâcher. » Quand il manque de prétexte pour attaquer les «autres, il se tourne contre lui-même, il se » blâme, il ne se trouve bon à rien , il se décou- «rage; il tiouve fort mauvais qu'on veuille le » consoler; il veut être seul, et il ne peut sup- » porter la solitude ; il revient à la société et s'ai- » gril contie elle ; on se tait , ce silence aflécté le » choque; on parle tout bas, il s'imagine que c'est « contre lui ; on parle tout haut , il trouve qu'on » parle trop et qu'on est trop gai pendant qu'il est » triste ; ou est triste , cette tristesse lui paroît y> un reproche de ses fautes ; on rit , il soupçonne » qu'on se moque de lui. Que faire? être aussi « ferme et aussi patient qu'il est insupportable , « et attendie en paix qu'il revienne demain aussi •» sage qu'il l'étoit hier. Cette humeur étrange « s'en va comme elle vient ; quand elle le prend , » on dii'oit que c'est un i-essort de machine qui se )) démonte lout-à-coup. Il est comme on dépeint » les possédés ; sa raison est comme à l'envers , » c'est la déraison elle-même en personne ; pous- » sez-le, vous lui ferez dire en plein jour qu'il » est nuit, car il n'y a plus ni jour ni nuit pour » une tète démoulée' par son caprice; quelquefois » il ne peut s'enqjècher d'être étonné de ses excès » et de ses fougues. Malgré son chagrin , il sourit « des paroles extravagantes ([ui lui ont échappé ; » mais quel moyen de prvvoir ces orages et de I) conjurei' la tempête? il n'y en a aucun; point « de bons almanachs pour prédire ce mauvais » temps. Cardez-vous bien de dire : Demain nous » irons nous divertir dans un lel jardin; l'homme « d'aujourd'hui ne sera pas celui de demain; celui >) qui vous promet maintenant disparoitra tantôt , » vous ne saurez plus où le prendre pour le faire « souvenii' de sa pai'ole ; en sa place , vous trou- « verez mi jt; ne sais ([uoi , ipii n'a ni forme ni « nom , (pli n'en i)eut avoir , el <iue vous ne sau- » liez définir deux instans de suite de la même .> manière. Eludiez-le bien, puis dites-en tout ce » (lu'il vous plaira , il ne sera plus vrai le moment .' d'ai)rès que vous l'aurez dit. Ce je ne sais quoi .) veul et ne veut pas; il menace, il tremble; il « mêle des hauleurs ridicules avec des bassesses » indignes ; il pleure, il ril ; il badine , il est fu- » lieux. Dans sa furt'ui- la plus bizarre et la plus » insensée, il est plaisant, éloquent , subtil , plein y) de tours nouveaux , quoiqu'il ne lui reste pas » seulement nue ombre de raison. Prenez bien M garde de ne lui rien dire tpii ne soit juste , précis « et exaclement rai-oniKil)le; il sauroil bien en
IJVRK PREMIEK.
>■> pivndre avanlago el vuus donner adroitement » le change ; il passeroit d'abord de son tort au » vôtre, et dcviendroil raisonnable pour it' seul » plaisir de vous convainere que vous ne Têtes pas. f C'est un rien qui l'a fait monter jusqu'aux nues; » qu"esl-il devenu ? il s\>l perdu dans la mêlée, )) il n'eu est plus (piesliuu ; il uc sait |)Uis ce qui » l'a l'àehé. il sait seulcuieut ipi'il si- l'àcbe et qu'il )' veut se fàehei- , encore mèuie ue le sait-il pas n toujours; il s'iinaiiine souvent que tous ceux (pii » lui parlent sont emportés et que c'est lui seul » qui se modère; niais peut-être (pi'il épargneia » certaines personnes auxquelles il duit plus «qu'aux autres, ou (pi'il pai'oit aimer davaii- » tage , non, sa bizarreiie ne conuoit personne, » elle se prend sans choix à tout ce qu'elle liou\e; )' le premiei' venu lui est bon pum- essuyer ses • eniportemeus; tout lui est égal [)our\u (pi'il se » fâche; il diroil des injures à tout le monde, il y n'aime plus les gens, il n'en est point aimé ; on » le persécute, on le trahit ; il ne doit lien à qui )' que ce soit; mais attendez un moment, xoici » une autre scène : il a besoin de tout le monde; » il aime, mi l'aime aussi; il tlatte , il s'insinue, » il ensorcelle Ions ceux qui ne poiivoient plus le » soudrir ; il avoue son tort, il rit de ses bizarie- » ries ; ii se cuutrefail , et vous croiriez que c'est )> lui-même dans cet accès d'empnrlemonl , tant >^ il se contrefait bien. Après cette comédie jouée » à ses propres dépens, vous cro\ez bien qu'au » moins il ne fera plus le démoniaque. Hélas! vous » vous trompez, il le fera encore ce soir, poui' » s'en moquer demain sans se corriger. »
Ne retj-ouve-t-on pas dans cet4e charmante composition , toute la finesse d'ûbser\ation que La Bruyère a mise dans ses Carartèiffs. Ne reeonnoit-on pas dans ce portrait , le prince dont M. de Saint-Simon nous a peint les premiers emportemens avec des couleurs si efirayantes. Mais La Bruyère recueilloit, dans l'observation des hommes réunis en société, Ions les traits dont il composoif ses tableaux après une étude l'éfléchie et un travail diflicile ; et l'énelon peignoit son fantasque avec l'aisance, le natnicl et Tà-propos d'un instituteur qui avertit son élève de ses torts et de ses défauts, au moment même où il le surprend dans ses écarts. M. de Saint-Simon écrivoit ses Mémoirps dans le silence de la retraite et dans le secret de son cabinet , après la moit du prince dont il racontoit les foiblesses et les vertus; et c'étoit au jeune prince lui-même que Fénelon adressoit le fidèle j-écit de ses travers et de ses extravagances; c'étoit en le forçant de fixer ses regards sur sa propre image, qu'il le faisoit rougir de ses emportemens ; c'étoit en présence de ceux mêmes qui en a\ oient été témoins, et dont il ne pouvoit démentir l'attachement et la fidélité, qu'il lui apprenoit l'art difficile de se vaincre luimême.
Fénelon imagina un jour de lii'e une leltie qu'il supposoit éci'ite par (iayle , au sujet d'une prétendue médaille récemment découverte en Hollande , et qui exerçoit toute la sagacité des sav ans. « Cette médaille représentoit un enfant d'ntie » figure très-belle et très-noble. On voit Pallas )' qui le couvre de son égide ; les trois Gi'âces » sèment des Heurs sur ses pas ; Apollon, suivi des
» Muses, lui oflre sa Ivre ; Vénus pai'oit en l'air >i dans s(Mi char attelé de colombes, qui laisse " liimber sui lui sa ceintiu'e. La victoire lui )i montre d'une main un char de triomphe, et de » l'auti-e . lui présente une couronne. Les paioles » sont prises d'Horace ; San sine ills aiiiincisus y> infans. Le revers est bien dilVéreut : il est ma- )' nifeste (|ue c'est le même enfant ; car on ivcon- » noil d'abord h* même air de tète; mais il n'a .. autour de lui que des masques grotesques et )' hideux , des reptiles venimeux, des vipères, des » sei'pens, des insectes, des satyres moqueurs, » (pii rient el qui montrent du doigt la queue d'un •) poisson monstrueux, par oii finit le corps de ce » bel enfant. Au bas, on lit ces pai'oles égale- >> ment empiunlées d'iloiace : TurpHer atrnni » ilesinit in [lisrrni. Les sa vans , disoit la préten- » due lettre de Bayle , se trouvoient partagés sur » l'expliciitiou de cette médaille. Les uns croyoienl » y reconnoitre Caligula , qui , étant fils de Gei- )) manicus, avoit donné, dès son enfance, de » hautes espérances pour le bonheur de l'empiie, » mais qui dans la suite devint un monstre. D'au- » très vouloient que ce fût Xéron, dont les com- » mencemens hu-ent si heureux et la fin si hoi- » rible. Les uns et les autres convenoient qu'il )' s'agissoit d'un jeune prince éblouissant , qui >' promettoit beaucoup , el dont toutes les espé- » rances ont été trompeuses. D'autres entin , plus « méfians, ne croyoient pas que cette médaille » fût antique. Ils s'imaginoient y voir remblême » de grandes espérances changées en de grands » malheurs , el afièctoient de faii-e entrevoir quel- » que jeune prince dont on tàchoit de rabaisseï' » les bonnes qualités par les défauts qu'on lui » imputoit. »
A ces utiles leçons, si ingénieusement amenées , succédoient les accens de la plus tendre sensibilité, et Fénelon empruntoit la voix du rossignol et de la faucelte , dont il transportoit la douce mélodie dans son style , poui- exprimer l'intérêt que le ciel , la terre, toute la nature animée prenoit aux destinées d'un prince appelé par les dieux à faii-e régner parmi les hommes la justice, la paix el le bonheur.
<i ^^>uel est donc ce berger, ou ce dieu inconnu , » qui vient orner notre bocage? 11 est sensible à 1) nos chansons; il aime la poésie; elle adoucira » son cœur, et le tendra aussi aimablequ'il est tlo!-.
» Que ce jeune héros croisse en veifu , comme » une fleur (jue le printemps fait éclore! qu'il » aime les doux jeux de l'esprit! que les Gi-àces » soient sur ses lèvres ! que la sagesse de Minerve » règne dans son cœur !
» Qu'il égale Orphée par les charmes de sa voix, » et Hercule par ses hauts faits! qu'il porte dans » son cœm* l'audace d'Achille, sans en avoir la » férocité ! qu'il soit bon , qu'il soit sage , bien- >) faisant , tendre pour les hommes et aimé d'eux ! " que les Muses fassent naître en lui toutes les » vertus !
» 11 aime nos douces chansons; elles entrent » dons son cœur, comme la rosée tombe sui' nos w gazons brûlés par le soleil. Que les dieux le mort dèrcnt et le rendent toujours fortuné ! qu'il tienne » en sa main la corne d'abondance! que l'âge d'or .) revienne par lui! que la sagesse se répande de
HISTOIHE DE FÉXEr.UN.
» son cœur sur tous les mortels . et que le? fleuis » naissent sur ses pas m !
Quelle heureuse influence dévoient avoir sur un jeune prince plein d'ame et d'esprit , des leçons présentées avec tant de charme par un instituteur qui mèloit à ses instructions tout ce que la vertu peut offrir de plus aimable et de plus enchanteur.
Caractère violent et emporté du duc de Bourgogne. — Comment Fénelon le combat.
Mais il n'étoit pas au pouvoir de fénelon de maîtriser tout-à-coup un caractère impérieux, qui se révoltoit souvent contre la main paternelle attentive à mettre un frein à ses fureurs.
Lorsque le jeune prince se livroit à ces accès de colère et d'impatience, auxquels son naturel irascible ne le rendoit que trop sujet , alors le gouverneur, le précepteur, les instituteurs , tous les ofliciers et tous les domestiques de sa maison, se concertoient sans affectation pour observer avec lui le plus profond silence. On évitoit de répondre à ses questions ; on le servoit en détournant les regards, ou en ne les portant sur lui qu'avec une espèce d'effroi , comme si on eût craint de se mettre en société avec un être qui s'étoit dégradé lui-même par des fureurs incompatibles avec la raison. On paroissoit ne s'occuper de lui que par cette espèce de compassion humiliante que l'on accorde aux malheureux dont la raison est aliénée. On se bornoit à lui offrir les soins et les secours nécessaires à la conservation de sa misérable existence. On lui retiroit tous ses livres, tous ses moyens d'instruction, comme devenus désormais inutiles à l'état déplorable où il se trou voit réduit ; on l'abandonnoit ainsi à lui-même , à ses réflexions, à ses regi-ets et à ses remords. Frappé de cet abandon universel, de cette solitude effrayante, le malheureux jeune homme , trop convaincu de ses torts et de son ingratitude, aimoit à se confier encore en l'indulgence et la bonté si souvent éprouvées de son précepteur, venoit se jeter à ses pieds, lui faire l'aveu de ses fautes, déposer dans son cœur la ferme résolution de prendre plus d'empire sur lui-même , et arroser de ses larmes les mains de Fénelon , qui le pressoil contre son sein avec la tendre affection d'un père compatissant , toujours accessible au repentir.
Dans ces combats si violens d'un caractère impétueux , avec tmc raison pi-ématurée , le jeune {(rince sembloit se méfier delui-même, et il appcoit rhonvpur en garantie de ses promesses. On a encore les originaux de deuxenuafieinens (Vhonnfui-, qu'il déposa entre les mains de Fénelon.
Je pronipt!^ , foi de prinm . à ;U. l'ahhè de Fphpiun , de faire sur-le-champ ce. qu'il m'ordonnera , et de lui obéir dans le moment qu'il me défendra quelque chose ; et si j']l manque , je me soumets à toutes sortes de punitions et de déshonneur. Fait à \ vrsaille^, le '29 novembre U'.gO.
Siijné Lotis.
Louis , qui promets de nouveau de mieux tenir ma promesse. Ce 20 septembre. Je prie M. de Fénelon de le tjunlei encore.
Le piince qui souscrivoit ces engagemens d'honneur, n'avoit encore que huit ans, et déjà il sentoit la foi'ce de ces mots magiqiies, foi de prince et d'honneur.
Dans ces nioniens [)ropices , si favorables pour graver dans un cœur sensible et honnête une im-
Eression profonde et durable , Fénelon se voyoil cureusement dispensé de rappeler avec sévérité des torts que le jeune homme se reprochoit luimême avec ameifume. 11 ne s'occupoit qu'à relever son ame abattue , à lui inspirer une utile confiance en ses propres forces , et à adoucir par les consolations les plus affectueuses , la honte de s'être avili par ses excès.
Fénelon lui-même ne fut pas à l'abri des vivacités de son élève. On nous a conservé ' le récit de la manière dont Fénelon se conduisit dans une circonstance délicate. Le \»arti qu'il sut en tirer, fut une leçon qui ne s'effaça jamais de l'esprit et du cœur de M. le duc de Bourgogne. Cette conduite de Fénelon peut servir de modèle à tous ceux qui sont appelés à exercer des fonctions du même genre auprès des enfans des princes et des giands.
Fénelon s'étoit vu forcé de parler à son élève avec une autorité et même une sé\érité qu'exigeoit la nature de la faute dont il s'étoit rendu coupable ; le jeune prince se permit de lui répondre : Xun, non. Monsieur; je sais qui je suis et qui vous êtes. Fénelon , fidèle aux maximes qu'il avoit enseignées lui-même dans son traité De l'Education , ne répondit pas un seul mot; il sentit que le moment n'étoit pas venu, et que dans la disposition où se trouvoit son élève , il n'étoit pas en état de l'entendre. Il parut se recueillir en silence, et se contenta de marquer par l'impression sérieuse et triste qu'il donna à son maintien , qu'il étoit piofondément blessé. 11 affecta de ne plus lui parler de la joui-née , voulant préparer par cette espèce de séparation anticipée , l'effet de la scène qu'il méditoit , et qu'il vouloit rendre assez imposante pour que le jeune prince n'en perdit jamais le souvenir.
Le lendemain , à peine M. le duc de Bourgogne fut éveillé , que Fénelon entra chez lui ; il n'avoit pas voulu attendre l'heure ordinaire de son travail , afin que tout ce qu'il avoit à lui dire parût plus marqué, et frappât plus fortement l'imagination du jeune prince. Fénelon, lui adressant aussitôt la parole avec une gravité froide et respectueuse, bien diflérente de sa manière habituelle , lui dit : I' Je ne sais. Monsieur, si vous vous rap- » pelez ce que vous m"a\ez dit hier : que vous )' saviez ce que vous êtes, et ce que je suis ; il est » de mon devoir de vous apprendre que vous » ignorez l'un et l'autre. Vous vous imaginez donc, » Monsieur, être plus que moi ; quehjues valets , » sans doute, vous l'auront dit ; et moi, je ne crains I) pas de vous dire, puisque vous m'y forcez, que 0 je suis plus que cous. Vous comprenez assez » qu'il n'est pas ici question delà naissance. Vous » regarderiez comme un insensé celui qui préten- » droit se faire un mérite de ce que la pluie du » ciel a fertilisé sa moisson , sans arroser celle de )) son voisin. Vous ne seriez pas plus sage, si vous
' Vil- <lo M. lo Dmpliin, prro ilf Louis XV, pir M. l'dbbé Pio)\irl.