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rnonumensdesongoûl el de son génie. Tout porle a croire que cet ouvrage étoif digne du héros et de l'hisloiieu. U est vraisemblable qu'il aura péii avec beaucoup d'autres écrits que Fénelon , dans l'incendie qui consuma la plus grande partie de son palais au mois de février 1097.
Dialogues des Moi (s, de Fénelon.
Lorsque Fénebju crut ivniarquer que le duc de Bourgogne avoit fait des progrès assez rapides dans rétude de Fhisloije ancienne et moderne , il conçut le projet de lui faire passer successivement en levue les principaux personnages qui ont majqné sur la scène du monde. Non-seulement il V trouvoit l'avantage de lui i-etracer la mémoire âes é\éneniens auxfjuels ces personnages avoient pris part , mais il se proposoit surtout de fixer Topinion du jeune prince sur leur mérite réel. Il vouloit empêcher que son jugement se laissât trop iacilemcnt surprendre par cette espèce d'éclat , (|u'une grande célébrité répand sur la mémoire des hommes fameux. Cette illusion est assez commune à la jeunesse ; elle est naturellement poilée à admirer sans mesure tous ceux ijue la fortune a favorisés par de grands succès, ou dont les noms ont retenti d'âge en âge , et laissé un long souvenir dans la mémoiie des hommes. U avoit déjà essayé avec succès cette méthode dans les fahlpn qu'il avoit composées , pour coi'riger les défauts de caractère de son élève, et pour nourrir sa jeune imagination de toutes les riantes fictions de la mythologie.
Mais il embrassa dans ses Dialogues des Morts un projet plus vaste et d'un plus grand intérêt pour un prince. U voulut apprendre au duc de Bourgogne à juger et à réduire à leur juste valeur tant de réputations usurpées. C'est à l'histoire «pie Fénelon demande tous les interlocuteurs dont il a besoin pour faire entendie d'utiles vérités. 11 choisit presque toujours ses personnages parmi les hommes qui, par leur lang , leurs places ou leurs actions, ont influé sur la destinée des peuples , ou ont laissé un nom célèhi-e par de grands talens et des ouvrages immortels.
Fénelon composoit ces Dialognps à mesure que M. le duc de Bouigogne avançoit dans la connoissance des auteurs et des faits historiques. Uy passe en revue presque tous les personnages connus de l'histoire ancienne et moderne. U les met en présence les uns des autres ; il les suppose dégagés de tous les pi-éjugés et de tous les intérêts qui les avoient séduits ou égarés pendant leur vie ; il les fait parler, sans déroger à la vérité de leur caractère , avec une franchise et une liberté qui n'appartiennent qu'à l'histoiie et à la postérité. 11 fait ressortir par leurs propres aveux , ou par le combat de leur amour-piopre , tous les défauts de leur caractère, tous les torts de leurs conduite, tous les crimes de leur tuiibition ; et il annonce ainsi au jeune prince comment il sera jugé à son tour par l'histoire et la postérité. On trouve dans ces Dialogues le même naturel et la même facilité qui caiacléiisent tous les écrits de Fénelon. On y voit jusqu'à quel point il sétoit rendu rnaitre
de tout ce qui appailieut à l'histoire, à la politique, à la littérature el à la philosojjhie. On est suiluiil fiappé de la justesse de ses jugemens et de SCS réflexions. Le lecteur se les approprie surle-champ , comme si Fénelon n'eût fait que le prévenir ; Fénelon jnontre dans ses jugemens et dans ses opinions une sincérité qui prouve jusqu'à quel point il éloil supérieur à ces a(hnirations exagérées ou à ces tiaditiiins peu lélléchies , i[ui ont consacré tant de réputations. On peut y observer aussi que les maximes i]u'il développa peu de temps après dans son Télémaque , n'éloi»;nt que Fexpression du sentiment habituel qu'il portoit au fond de son cœin-, et (|ui lui inspira des vœux si constans pour le soulagement des peuples et le bien de riuimanifé.
On adniir(! la singulière variété des sujets que Fénelon a choisis pour ses Dialogues des Mnrls. On seroit d'abord porté à croire qu'il ne faisoit qu'obéir à sim imagination , selon qu'elle l'inspiroil, ou selon (pi'un sujet paroissoit lui olTrir un couliaste plus ou moins piquant. Cependant il est facile d'observer qu'il n'avoil qu'une seule pensée, celle de tout ramener à l'éducation de son élève. Celte pensée unique el constante se retrouve jusque dans ceux de ces Dialogues qui paroisscnt avoir le moins de rappoit avec les devoirs d'un prince destiné à régner , tels que les deux dialogues de Panhusius et du Poussin^ de Léonard de Vinci et du Poussin. Fénelon savoit qu'un roi , et surtout un roi de Fiance , ne doit se montrer ni étranger ni indifl'érent aux progrès des beaux-arts. Us supposent dans ceux qui les protègent une certaine élévation dans le caractère ou dans l'esprit, et annoncent souvent l'inspiration du génie. Ils contribuent toujours à l'éclat , et quelquefois à la ])iospérité d'un grand empire. Indépendamment de l'estime et de la protection qu'un prince éclairé doit accorder à tout ce qui porte l'empreinte du génie et de la grandeur , les princes ont euxmêmes un intérêt personnel à entretenir une noble émulation entre ces hommes supérieurs, à qui il est réservé d'attacher au siècle qui les a vus naître , le nom du monarque qui les a protégés.
Peut-être sans l'historien du célèbre Mignard, que sa qualité de premier peintre de Louis XIV lixoit prcsqu'habituellemcnt à Versailles , on ignorcroit que « ' Fénelon alloit quelquefois le sur- « pi-endre dans les heures de son travail , pour » parler peinture avec lui , et qu'il le prévint par » toute sorte de marques d'estime et de considé- » ration, w
On ne soupçonnera certainement pas Fénelon d'avoir voulu étudier la peinture, ni d'avoir voulu faire un artiste de M. le duc de Bourgogne ; mais il aimoit les arts par ce même goût naturel qui a répandu tant de grâce et de douceur sur son style. Selon l'heureuse expression d'un écrivain *, Fénelon avoil le beau dans l'esprit et le bon dans le cœur, el ne ntoniroit jamais l'un tfue pour faire aimer l'autre. La facilité singulière dont il étoit doué, lui fit ac(|uérirdans ces courts et rapides entretiens avec Mignard ^ , « non-seulement la » connoissance des termes et du fond même de
' Vie tk- M'giiar.i , par fshb.* de M:>nTil!e, 1730. — LeUres sur k's Anglais el les Fiançais. —3 Vie de MiguerJ.
HISTOIRF. DE FÉNELOX.
» Tart , mais le mit à portée de saisir le caractère p desmaitres anciens et modernes. «C'est ceiiu'ii est aisé d'observer en lisant son dialogue de Pnrrhasius et du Poussin ; on y trouve une desciiption intéressante du fameux ttibleau des funérailles de Pliocion par le Pomsiu : et on s'étonne avec laison de l'art , du goût et de la propriété d'expiessions avec lesquels Fénelon a su rendre les beautés de ce tableau , et révéler toutes les pensées et toutes les inteiitions du peintre '.
On conçoit à peine comment les occupations et les études religieuses qui avoient rempli jusqu'alors toute la vie de Fénelon , avoient pu lui laisser le temps et la liberté de se livrer à des études si différentes et si variées.
Progrès étonnants dii linc de Bourgogne.
Si l'on est étonné du génie du précepteur, on a le droit de s'étonner encore plus à quelques égards de celui d'un élève de treize à quatorze ans , déjà assez instruit pour être en état de saisir et d'embrasser tous les objets d'une éducation si avancée.
Les Dinlofiuos seuls que Fénelon composoit pour son instruction, supposoicnt nécessairement une connoissance détaillée des événemens de l'histoire , ainsi (]ue du caractère et des écrits des pei'sonnages qu'on rncttoit en scène devant lui. Car on n'imaginera pas, sans doute, que Fénelon eût eu la maladresse de les faire parler , de les faire ,
f)Our ainsi dire , agir en piésence de son élève , si e jeune prince ne les eût pas déjà assez connus pour les j-econnoître , et les retrcuner tels qu'il les avoit vus dans lexu's uiivj-aues uu dans les récits de l'histoiie.
Cette espèce de phénomène paroi Ira cependant moins étonnant , si on se rappelle ce que nous avons déjà dit au sujet de tous les auteurs anciens, ([ue M. le duc de Bourgogne étoit parvenu à entendre , à expliquer et à traduire dès l'âge de dix ans.
El quelle idée doit-on se former des instituteurs qui avoient réussi à placer dans l'esprit d'un enfant de quatorze ans, tout ce que la religion , considérée sous le double rapport de sa doctrine et de son histoire, peut renfermer de plus instruc-
1 On {iiililiii on 1712, piui ili' Icnnis ;ipi('s la iiiiprl de M. Il- duc (if Hourdognc , une partie des Dialof/iica pl <l('s t'ahles de Fénelon, sans lt> nom do l'auloiir, ol sans son avon. En 4718, on 17-21 ol on 1727, on on puldia dr nouvcllos (éditions, plus oorrooips ol plus i^londuos; mais on ne lionvoii dans anrnnc de oos C-dilions les doux dialogues do Pari/iashis ci du Puiissin , cl do Léonard de l'invi ol du Ponsxin. FiMiolon nvoil allaciie si |>ou d'imporlauro u ces facili's produrlinus (ju'il no ooniposoil tiuo selon la circonslaneo cl l'inli^rM du nnnnt ni . iju'il n'en avoil pas mfine gardf^p do oopio. Il osl vraisomblalile (lu'aprôt avoir lail lire cos d<Mi\ dialogues à M, lo dui' de U>iur(!Mj;iio , il ou avoil remis le inanusi rit a Mignard , ilonl il avoil placc^ a<lr(dlenionl rologo <iaus la bouiho du l'uussin. Migiiaid les avoil eouservi's soigueuspuionl, eoinino un nn)nument de l'osliuio doul Fénelon l'avoil luuuiré. Ce no lui donc qu'on ITao, lorsqu'à lu juK-ie (le la coniiosso do Fouquioros, sa tille, l'abbi? do Monvillo pillilia la vie de le eelclire peintre, (ju'il y iri&éra tes deux dialogues, que l'on avoil uuuvés parmi les papiers de .Mignard.
tif et de plus merveilleux ; tout ce «jue la mythologie, qui a donné naissance au v chefs-d'oèuv're de la littérature et des arts , peut offrir de plus enchanteur; tout ce que le magnitlque spectacle de l'histoue ancienne et moderne peut présente)' de grandes leçons politiques et moi-ales.
On doit ajouter qu'on lui avoit donné une connoissance assez exacte de quelques autres sciences, pour lui laissoi- la faculté de les approfondir , si son attrait lui en inspiroit le désir , ou si les circonstances lui en faisoienl sentir Futilité. L'abbé Fleury , dont nous aimons toujours à réclamer le témoignage , parce que jamais ni l'intérêt ni la flatterie n'ont altéré la vérité dans sa bouche ni dans ses écrits, disoit de M. le duc de Bourgogne , « qu'il eût été difficile de trouver dans le i-oyaume, » non pas un gen4illioninie, mais quehpie homme « que ce fût de son âge, plus instruit que lui. o
Ce prince eut même dès sa première jeunesse \m talent qu'ont très-rarement les jeunes gens les mieux élevés et les plus instruits, parce qu'il semble exiger une grande habitude et un grand usage du monde. 11 n'avoil que dix-huit ans , et ses lettres étoient déjà citées pour le naturel et le bon goût qui s'y faisoient remarquer. C'est le témoignage (pie liii rend madame de Maintenon ' , la femme de son siècle qui écrivoit avec le plus de goût , comme madame de Sévigné écrivoit avec le plus de grâce.
Nous nous sommes attachés à retracer avec une ariention particulièi-e le tableau de l'éducation de M. le duc de Bourgogne; elle fut le chef-d'œuvre de la vertu et du génie; sa mémoire est encore chère à tous ceux qui ramènent leurs pensées sur ces temps déjà si loin de nous. Fénelon avoit placé sur ce jeune prince tous les vœux et toutes les espérances de la patrie.
F.ducation du Ane d'Anjou.
Mais ce seroif bien méconnoitre le caractère et les vertus de Fénelon , que de supposer qu'il n'ait pas apporté des soins aussi assidus à l'éducation des deux jeunes princes , frères de M. le duc de Bourgogne.
On doit seulement observei- que Fénelon fui éloigné de la cour très-peu de temps après que M. le duc de Berrv fut confié à ses soins ; c« couil intervalle fut même leinpli pardefiéquens voyages à Cambrai.
Quant à M. le duc d'.\njou (depuis Philippe V) , il est facile de reconnoitre un élève de Fénelon dans les parties les plus estimables de son caractère. La nature lui avoil sans doute refusé cette iinaginalion heureuse , cette conception prompte ci pénétianle , celle ardeur démesurée pour tout appieiidre et tout savoir , qui se montroienl avec tant d'éclat dans .M. le duc de Bourgogne. Mais elle lui avoil donné une âme honnête et vertueuse.
' « M. le duc do nmirgoRue iMil avec (..n'it, lo rni il'Ka- » pagne de fort bon sons, M. le duc de Mon y lorl mal. il » o-il ici grand bruit des belles. b.innoB et londr.s lollros de n M. le duc de nourgi.giio. o ( Lettre de madame de Maintenon uu dui.- di Souilles, Il el la décembre 1700.)