‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 222 sur 422 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

Fénelon est reru à l'Académie française.

On voit par le discours que lui adressa le directeur de l'académie française , que l'opinion publique étoit déjà fixée sur toutes les parties brillantes de son génie et de son caractère. La mort de Péhsson ' avoit fait vaquer une place à l'académie , et elle s'étoit empressée de lui donner labbé de Fénelon pour successeur. In usage constant a appelé à l'académie française tous les piécepteui-s des princes de la famille royale. On est dispensé d'observer que Fénelon n'avoit pas besoin de ce titre pour y être admis *. On peut seulement remarquer dans le comphment que lui adressa le directeur de l'académie ^ , le jour de saiéception * , que Fénelon étoit déjà jugé par ses contemporains , comme il l'a été par la postérité.

Cependant il n'avoit encore donné au public que son traité de l'Education des Filles , et celui du Ministère des Pasteurs. Mais l'éducation de M. le duc de Bourgogne étoit un ouvrage d'un tout autre genre et d'une toute autre importance. Cet ouvrage étoit déjà , pour ainsi dire . jugé par le public , et le directeur de l'académie n'étoit que l'organe de la France entière , lorsqu'en pensant à tout ce qu'avoit dû coûter cette éducation , et à tout ce qu'elle avoit produit '^, « il admi- •) roit dans Fénelon la vaste étendue de ses con- » noissances en tout genre d'érudition , sans con- » fusion et sans embarras; sou juste discernement » pour en faire l'application; cet agrément et » cette facilité d'expression qui venoit de la clarté » et de la netteté des idées ; cette mémoire pro- » digieuse dans laquelle, comme dans une biblio- » thèque qui le suivoit partout, il trouvoit à pro- » pos les exemples et les faits historiques dont il » avoit besoin; enfin, cette imagination, de la » beauté de celle qui fait les plus grands hommes «) dans tous les arts; cette douceur qui lui étoit » prupi-e, et par laciuelle il avuil su rendre le » travail aimable aux jeunes princes , et leur faire » trouver du plaisir dans l'étude. »

Ce jugement porté sur Fénelon , dès l'entrée de sa carrière , et avant qu'il eût écrit tous les ouvrages qui l'ont placé au premier rang des auteurs du siècle de Louis .VIV, annonce qu'il s'étoit déjà montré tel qu'il a toujours été. Si on veut peindre aujourd'hui Fénelon, on est obligé d'emprunter les mêmes traits et les mêmes expressions.

Fénelon prononça, selon l'usage, le jour de sa réception , un discours qui est trop connu * pour

' En 1603. — ^ Poiirriiiiix-unus le rraire si les registre» df l'aciidémie française ne l'atlesloicnl , que Ir jiiur où Fénelon fut élu par relie compagnie , deux aradémiciens ne rouj/irent pas de lui donner chacun une boule d'exclusion ? Heureusement pour eux , et surtout pour nous qui devons (Ire leur historien , ils seront à jamais inconnus. (D'Aleinberl. Hisl. «le» .MembiiB de l'Aradc^mie française, t. i", p. SOC,.; — s M. Dorgercl. — * Lo 31 mars «693. — » Réponse d.' M ltcrg.<rol a VahM <h' F.^iirl.in . le Jour de »a rétcption. — " Lib îiuiL'urii (lu lu Uibliutliiijue britannique, en parlaut d« c« di»couri du Féuulou , ditttnt : (( qu'il biilU dtni le

IJVHE PREMIER.

tiiril soit besoin de le i-apporter en cnlicr. Il suffira de rappeler te rju'il dit du cai'dinal de Richelieu , qu'il représente« constant dans ses maximes , » et inviolable dans ses promesses , faisant sentir )) ce (|ue peuvent la lépiilation du gouvernement » e[ la conliaiue des alliés. Le temps, (pii efface » les autres nums , fait croître le sien ; et à me- » sure qu'il s'éloigne de nous , il est mieux dans >) son point de vue. «

Fënelon , en faisant l'éloge de Pélisson , qu'il rernplaçoit à l'académie, rappelle ses disgrâces , ses longs malheurs, sou noble courage, sa généreuse lidëlité à l'amitié. Fénelon , destiné à éprouver à son tour la disgiàce de son souverain , écrivoit sans le savoir sa propre histoire, et sepeignoit lui-même tel qu'il devoit être un jour, lorsqu'il dit de Pélisson : « Pour montrer toute sa vertu , » il ne lui manquoit que d'être malhem-eux , il » le fut. »

II fait connoitre le véritable mérite des grands écrivains d'un siècle auquel il devoit lui-même ajouter tant de gloire, en montrant comment ils avoient su éviter cette recherche d'expressions , cette afiectation d'esprit (ju'on avoit justement roprociiées h l'hôtel de Hambouillet. « On n'abuse » plus, comme on le faisoit autrefois , de l'esprit » et de la parole ; on ne s'attache plus aux paroles » que pour exprimer toute la force des pensées , » et on n'admet que les pensées vraies , solides et » concluantes pour le sujet où l'on se renferme. » L'érudition, autrefois si fastueuse , ne se montre » plus que pour le besoin : l'esprit même se cache, » paice <iue toute la perfection de l'art consiste » à imiter si naïvement la simple nature , qti'on » la prenne pour elle. Ainsi^ on ne cl mine plus le » nom d'esprit à une imagination éilouissante ; » on le réserve pour un f/énie réqlé et correct qui » tourne tout en sentiment , qui suit pas à pas la » nature toujours simple et gracieuse , qui ramène » tontes les pensées aux principes de la raison , )) et qui ne trouoe beau que ce qui est véritable. » Le vrai sublime dédaigne tous les ornemens em- » pruntés, et ne se trouve que dans le simple... » La passion est l'càrne de la parole. »

C'est dans ce même discours que Fénelon donne la notion la plus simple et la plus exacte de l'esprit et du goût qui doivent régnei- dans tous les genres de compositions. « On a reconnu , dit » Fénelon , que les beautés du discours ressem- » blent à celles de l'architecture: les ouviages les » plus haidis ne sont pas les meilleurs. II ne faut » admettre dans un cdiRce aucune partie destinée » au seul ornement ; mais, visant toujours aux » belles proportions, on doit tourner en orne- » mens toutes les parties nécessaires à soutenir un » édifice. »

Seroit-il permis d'observer , an sujet de la réception de Fénelon à Tacadi^nie française , que madame de Maintenon le plaisantoil quelquefois sur sa qualité à\icadvmicicn. Elle écrivoil aussi à madame de Dangeau , dont le mari étoit de l'académie , *< on m'a toujom-s leproché que je

» reoioil de» harangues acailëniifims , vehii iiiteii(/in:s liiiia )) minores; qu'on y voit son goùl pour Honieir, pour la i) poC-tii" naïve el touchante , pour ii's traits ifun»" noble siin- » pliiile il. t H.iphaèl el des (Narrai hcs, qu'il a i>i hien in'.iles » a sa nijuière. o '1742, aviil. mai , juin, ly vol., v- 34.,

» ne regardois point l'académie comme un corps » sérieux. » Nous ne rapportons point cette opinion de madame de Maintenon conmie un jugement , mais seulement coiimie un trait de caractère (jui montre combien cette femme, qui avoit tant d'esprit, étoit peu portée à ce gotît de bel esprit (|ue Louis XIV lui avoit supposé , et qui lui avoit d'abord inspiré tant d'éloignement pour elle. Ce fut probablement cette plaisanterie de madame de Maintenon , (jui inspira dans la suite à Fénelon l'idée de doim(*r, aux travaux de l'académie française , une direction vraiment utile el sérieuse.

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