LIVRE DEUXIÈME
perinettoit plus de remplir ses devoirs de mère de famille. Mais en blâmant sa résolution , ils rendirent justice à son désintéiessement ; elle leur abandonna la garde noble de ses enfans , qui la faisoit jouir de plus de 40,00U li\ies de rente, et ne se réserva qu'un revenu assez modique.
11 paruil (pie l'évèque de Genèvo conyut quelque méliante de Tattrait quelle niarquoit , ainsi que le père Lacombe , poui- un geme de dévotion qui poUNoit conduire à des illusions dangereuses; ce qu'il y a de certain , c'est qu'il relii'a sa confiance et ses poa\oirs à ce religieux.
11 ])aroit aussi que la communauté de Gex auroit désiré que madame (iuyon disposât en faveur de cet établissement du i)èu de fortune qui lui restoit ; (ju'elle s'y refusa , et qu'il en résulta un mécontentement niutuel , qui détermina madame (iuyon à s'en séparer.
Ine séparation aussi brusque commen(;a à lui faire des ennemis. La meilleure manière d'expliquer ou de justifier sa conduite, eût été sans doute de choisir un autre asile , où elle auroit pu suivre, selon les règles comnumes , et sous l'autorité des supérieurs ecclésiastiques , son attrait pour les bonnes œuvies et pour una vie chrétienne et reliiée.
Le parti qu'elle prit éloit plus prctpre à entretenir (ju'à dissipci- les préventions qui s'élevoient déjà contre elle. Elle suivit le père Lacombe à Tlionon, dans le Lhablais ; elle se logea à la vérité dans un couvent d'I'rsulines ; mais elle y voyoit habituellement ce religieux , qui étoit devenu son disciple , bii'n plus que son directeur ; elle fut ensuite à (iienoble , où elle tint des conférences publiques; s"\ lit des eiinefuis et des partisans, et parut même troublei- un moment , par ses nouvelles maximes , la paix et le silence des déserts de la grande Chartreuse.
Elle alla rejoindre le père Lacombe à Verccil, où ce religieux ctoit venu prêcher. Mais on doit dire en même tenq>s qu'elle avoit cédé aux vives instances de révoque de cette ville, prélat d'une grande vertu , dont elle ejnporta l'estime , lorscjue sa mauvaise santé l'obligea de quitter Verceil.
Madame Guyon avoit déjà demeiué à Turin , où elle avoit laissé une réputation honoi-able par ses liaisons avec les personnes les plus respcelables , et surtout avec la sœur du premier minislie du duc de Savoie, chez laquelle elle logeoii.
En revenant <ritalie, elle l'epassa par Grenoble, où elle se flattoii d'avoir laissé des disciples zélés. Mais le caidinal Le Camus, évèque de Grenoble, étoit déjà un peu prévenu contre elle ; il étoit blessé de quelques singularités qu'il avoit remarquées dans sa doctrine , et il l'obligea honnêtement de partir de Grenoble.
Elle levint donc à Paris en l(î87 , après six ans d'absence, de voyages, de couises, de conférences et de prédications, (jui ont donné à ses ennemis lieu de hasarder les reproches les plus graves contre ses opinions et même contie ses mœurs , et à ses amis beaucoup de peines et de soins pour justifier une conduite aussi exlraordinaiie pendant ces premières années.
Ce fut pendant ces voyages qu'elle composa deux ouvrages qui ont fourni des motifs plus lé-
gitimes de censure. L'un est intitulé : Moyen court, rt tres-facile pour l'oraison ; et l'autre , Explicalioii mystique du Cuntiijxtc des cantiques. Ses amis lui rendirent le funeste service de faire imprimer le premier à Grenoble en 1683, et le second à Lyon. Us parurent à la vérité munis de quebiues approbations respectables ; mais ces sortes d'approbations ne l'oimcnt jamais une autorité suffisante contre un evanien plus sévcie , lorsque des maximes on des expressions indiscrètes peuvent conduii-e à des interprétations ou à des conséquences dangereuses.
A peine madame Guyon fut-elle de retour à Paris, t(u'on écrivit contre elle et conti-e le père Lacombe des lettres de presque tous les lieux <]u'elle avoit parcourus.
M. de Harlay gouvernoit alois le diocèse de Paris. ^,»uels que"^ soient les reproches qu'on ait pu faii-e à ce prélat , il avoit au moins la sagesse et le mérite d'apporter un soin extrême à combattre toutes les nouveautés qui pouvoient troubler la paix de l'Eglise et l'ordre public.
La condamnation récente que le pape Innocent XI \enoilde prononcer contre les ouvrages et contrôla personne du piètie Molinos, l'abus criminel que ce prétendu mystique avoit fait d'une fausse spiritualité , justitioient le zèle de l'archevêque de Paris. On' n'ignoroit pas que cette doctrine avoit trouve des partisans secrets en France même, et on ne pouvoil apporte)" trop de vigilance pour en arrêter on pour en prévenir les progrès.
Arreslalion du P. Lacombe et de madame Guyon.
Les dénonciations qu'on porta à M. de Harlay contre madame Guyon et le père Lacombe, lui parurent exiger de s'a part des mesures de précaution et de sévérité ; il crut trouver quelque conformité entre leur doctrine et celle de Molinos. Il demanda et obtint un ordre du Uoi pour s'assurer de leurs personnes.
Le père Lacombe fut arrêté au mois d'octobre 1687, détenu d'abord à la maison des Pères de la doctrine chrétienne , et enfermé ensuite à la Bastille. L'official de Paris lui fit snbn- plusieurs interrogatoires; et comme il continuoit à marquer un attachement opiniâtre à la doctrine de son livre de VAvaltjsp de l'oraison mentale , on le transféra dans i'ile d'Oléion , ensuite au château de Lourdes dans les l>yrénce.s, où nous le retrouvei'ons encore en 1698.
Madame (iuvon fui arrêtée au mois de janvier 1688, et conduite aux religieuses de Sainte- Marie de la rue Saint-Antoine. Elle y subit aussi plusieurs intei'rogatoires en présence de l'official et de son vice-gt-rant. Les pièces de cette procédure non! jamais été cuimues. Mais il est bien évident que cette instiuctioii juridique n'avoit fourni aucune j)reu\e des accusations si graves qu'on avoit iiiti'utées contre ses mœurs. Il eût été bien facile à M. de Harlay de fermer la bouche aux amis de madame GÙvon et aux personnes vertueuses (|ui agiient daiis la suite en sa faveur , si la procédure a\oil laisse le plus léger nuage sur des accusations d'une nature aussi délicate. Le
HISTOIRE DE FÉNELON
seul doute auroit suffi pour rendre madame de Maintenon inaccessible à tout intérêt pour une femme qui aui-oit cherché à couvrir ses désordres du masque de la religion.
On doit encore observer que partout où madame Guyon arrivoit, chargée de pi éventions qui auroient dû éloigner d'elle, et d'humiliations qui sembloient supposer la conviction d'un grand délit, elle parvenoit bientôt à dissiper tous les nuages par la simplicité de ses mœurs, à toucher tous les cœurs par le spectacle de l'innocence opprimée , et à inspirer aux persomies les plus sévères un intérêt et un zèle qui les transformoient en ses disciples.
Madame Guyon recommandée à madame de Maintenon par des personnes en crédit.
Pendant la détention de madame Guyon aux filles de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, madame de Miramion eut occasion d'entendie parler d'elle aux religieuses de ce monastère; elles ne cessoicnt de lui vanter sa piété, sa douceui-, sa résignation , l'onction de ses discouis , et l'attrait qu'elle leur inspiroit pour les choses spirituelles. Madame de 5liraniion voulut la connoiti-e, et elle fut aussi édifiée de ce qu'elle vit et de ce qu'elle entendit , que de tout ce qu'elle avoit entendu dire. Blessée d'une injustice qui lui paroissoit un scandale pour la rehgion , elle réclama le crédit de madame de Maintenon, protectrice généreuse de tous les malheureux , et toujours disposée à accueillir les personnes de son sexe qui annon(,"oient le goût de la vertu. Madame de Miramion jouissoil d'une considération qui étoit la récompense d'une Me pleine de bonnes œuvres aux yeux de Dieu et des hommes. Un témoignage comme le sien étoit fait poui- inspirer une juste confiance à madame de Maintenon. Elle avoit déjà entendu parler avec éloge de madame (iuyon à deux autres personnes, dont le sufliage, réuni à celui de madame de Miramion , ne pou\ oit manquer de faire impression sur elle.
Madanie Giiyoji avoit à Sai)il-(^yr une -parente que Madame de Mninlcuon alfcctionnoil singulièrement , et (preile .lésiroit d'attacher à cette maison. Madame de la .Maisonforl , née d'une famille ancieime et pauvre du Uerry , et chanoinesse de Poiissay en Lori-aine , avoit été attii'ée à Sainl-Cyi- dans le temps où l'on n'y étoit point assujettie à des vœux absolus. Elle avoit beaucoup d'(!spril , de \erlu. l'iie imagination aimable et brillante n'excliioit point en elle les qualilés nécessaires pour le gouvernement. Madame de Maintenon se plaisoil à voir en madame de la Maisonfort , celle <|ni devoil un joiu' la remplacer pour entretenir à Saint-G\r l'esprit et l'ordre qu'elle vouloil y établir. Ce "lut peut-être, de tontes les dames de Saiiit-(;\r, celle qui inspiin d'abord l'attrait le plus \'iï à madame ûv. Maiidenon. On voit [lai- les leltr<'s (pii nous restent , et qui l'cmonteiit à cette époque de leur liaison , avec quel abandon elleaimoil à lépandrc tous ses sentimens <Ians un co'ui' caijable de les recevoir et de les partage!'. Ses lettres à madame de la Maisonforl
respirent une délicatesse, un goût et une confiance , qui ne se retrouvent jamais qu'avec un mélange de conti-ainte dans ses autres correspondances. 11 étoit naturel que madame de la Maisonforl s'intéiessàl poui- sa parente souffrante et persécutée.
La duchesse de Béthune , née Fouquet , l'amie la plus zélée de madame Guyon , et la cause indirecte de tous les malheurs de Fénelon , voyoit souvent madame de Maintenon à l'hôtel de Beauvilliers ; car la piété avoit formé la liaison la plus intime entre les filles de Colbert et la fille de Fouquet. Elles n'avoient point héiité de la haine et des longues inimitiés de lein-s pères ; et la cour étonnée admiroit ce miracle de la religion et de la vertu. La duchesse de Béthune étoit liée depuis long-temps avec madame Guyon. Enveloppée dans la disgrâce du surintendanr Fouquet , son père, elle avoit connu bien jeune le malheur , et suivi dans l'exil sa respectable aïeule *. L'une et l'autre avoient ensuite obtenu la permission de se rapprocher de Paris ; elles s'étoient fixées à Montargis. La duchesse de Béthune avoil logé longtemps chez le père de madame Guyon; c'est là qu'elle avoit contracté pour elle une amitié et une estime , que les contradictions et les événemens ne firent que fortifier. Aussitôt qu'elle apprit que son amie étoit enfermée au monastère de la Visitation , elle chercha à adoucir et à abréger sa captivité. Sa propre expérience lui avoit appris qu'on peut être persécutée et imiocente. Elle en parloit souvent chez madame de Beauvilliers à madame de Maintenon. Malgré son penchant naturel à obliger, madame de Maintenon se faisoil une peine d'intervenir dans une affaire , où elle supposoit que des raisons indispensables avoient pu seules forcer le supérieur ecclésiastique à faire agir l'autorité ; mais les témoignages uniformes de trois personnes aussi recommandablesque madame de Miramion , la duchesse de Béthune et madame de la Maisonforl , triomphèrent de ses scrupules. On voit , par une de ses lettres, qu elle épiouva d'abord (juelques difficultés de la part du Roi.
ElarL'issemont de madame Guyon; ses premiers rapports avec Fénelon; son ascendant sur plusieurs personnages distingués.
M. de llarlav n'avoil rien apeiçu dans la procédure d(! son officiai, qui pût inculper les mœurs de madame Guyon ; et comme elle protestoit ' !()UJoui-s (pi'elle n'étoit point attachée a ce qu'elle a\oit écrit; qu'au moment qu'on lui déclaroit qu'elle étoit dans l'erreur, elle y renonçoit , et «[u'elle étoit même prèle à brûler ses écrits, ce lirélat se flatta (|u'une captivité de huit mois la renrlroit désormais plus circonspecte. Mais il exigea d'elle une soumission conforme à ses déclaralions , et elle l'ccouvra sa liberté.
A celle époque, ir'uelon ne connoissoit point encore madame (in von. A la vérité, il en avoil
' Mi.ri.' <lr .M(Niui.iHj MiHinsnils .U- l'irot.
hilciiJiml rouiiui'l.
LIVRK DEUXIÈME.
souvent entendu parler à la duchesse de Béthune, qu'il rencontroil habituellement chez madame de Beauvilliers. Mais le genre de vie si singulier de madame C.uyon , le parti qu'elle avoit pris de s'éloigner de ses enfans pour aller exercer une espèce d'apostolat dans des provinces éloignées , sa juste méfiance des dons extraordinaires que madame de iséllnme lui supposoit , l'avoient plutôt indisposé contre elle , <|ue prévenu en sa faveur. Ce|)endant , à son retour des missions du Poitou , passant par .Monlargis , il voulut prendre lui-même des informations parmi les personnes qui avoient été témoins de sa conduite pendant les pi-emicres années de sa jeimesse et de son mariage. 11 fut touché des témoignages unanimes qu'il entendit rendre à sa piété et ù sa charité, lue opinion si peu suspecte et si contraire à celle qu'il s'éloit formel', changea ses premières impressions eu une disposition beaucoup plus fcivorable.
Aussit(M que madame tiu\on fut leudue à la liberté, la reconnoissance la conduisit aux pieds de madame de Maintenon ; elle lui fut présentée par la duchesse de Céthune , ({ui l'introduisit en même temps dans la société de madame de Beauvilliers. C'est là que Fénelon la vit fréquemment , lorsqu'il fut devenu précepteur de M. le duc de Bourgogne ; et c'est là que madame Guvon obtint cet ascendant si extraordinaire sur àes personnes d'un esprit et d'un mérite si supérieur.
On ne peut en eflèt contester que tous les amis qu'elle se fit dans cette société ne fussent des hommes très-distingués : il suffiroit de nommer Fénelon. L'esprit de parti a pu refuser à M. de Beatnilliers un génie f rès-élevé , parce que sou extrême modestie et sa réserve naturelle lui commandoient une circonspection habituelle. Mais M. de Saint-Simon , qu'on n'accusera jamais de prodiguer la louange , et qui avoit vécu intimement avec M. de Beauvilliers , lui accorde de l'esprit et beaucoup d'esprit.
Le duc de Chevreuse , qui devint l'ami le plus actif et le plus zélé de madame Guyon , réunissoit, de l'aveu général, beaucoup d'esprit à des connoissances très - variées et très-étendues. Le nom de M. de Chevreuse reviendra souvent dans la suite de la \ïe de Fénelon , et leur correspondance nous fournira beaucoup de faits intéressaus.
Si l'on résistoit au préjugé que doivent former en faveur de madame Guyon l'estime et la confiance que lui marquèrent des hommes tels que Fénelon , M. de Beauvillieis et M. de Chevreuse , si on les suppose aveuglés par une malheureuse illusion , on ne peut pas accuser de la même prévention madame de Maintenon , qui lui fut dans la suite aussi opposée qu'elle lui avoit d'abord été favorable. L'ne imagination naturellement froide et une raison sévère la préservoient de tout engouement. 11 falloit au moins que madame Guyon eût dans son langage, dans son commerce et dans ses manières quel(|ue chose d'assez attachant , et même d'assez entraînant , pour surprendre l'estime et l'intérêt d'une personne qui avoit autant de pénétration que madame de Maintenon. On doit ajouter que son caractère la portoit à la méfiance . et que l'expérience de la flatterie et de la fausseté , dont elle étoit sans cesse environnée ,
la tenoit toujours en garde contre ses propre^ penchans.
Cependant madame de Maintenon désira ellemême de voir- et de connoifre une femme dont elle entendoit vanter le mér/te à toutes les persoimes qu'elle aimoit et qu'elle estiinoit. Lorsqu'elle l'eut vue et entendue , elle désira de la voir encore plus souvent, l'ne pareille disposition iudiciue assez que les bruits injurieux qu'on avoit répandus contre madame Guyon, n'avoient laissé aucune impression dans l'esprit de madame de Maintenon.
La duchesse de Béthune attiroit souvent madame Guyon dans sa maison de Beynes , près de Versailles , et c'est de Beynes qu'elle venoit souvent à la Cour pour y voir M. et madame de Beauvilliers. Les premiers entretiens se changèrent bientôt eu des conférences pieuses, où madame Guyon expftsoit sa doctrine sous les formes les plus séduisantes et sous les couleurs les plus pro-
Eres à la faire goûter par des âmes pui-es et régleuses. Fénelon , qui avoit fait dans sa jeunesse une étude particulière des auteurs mystiques, fut enchanté de retrouver leurs maximes , leur langage , leurs senlimens et leurs expressions affectueuses dans la bouche d'une femme qui avoit fait de grands sacrifices pour se a ouei' au même genre de perfection. Familiarisé depuis long-temps avec un langage qui ne pouvoit être bien entendu que des âmes pieuses, il croyoitque l'on ne devoitpas soumettre aux règles d'une critique vulgaire , ou aux caprices d'un goût profane , des expressions exagérées , des comparaisons singulières , des vœux trop passionnés. 11 se justifioit à lui-même son estime pour madame Guyon , par les ex))!!cations particulières qu'il lui avoit demandées sur ce que sà doctrine pouvoit offrir d'obscur ou d'excessif, et il avoit cru reconnoitre dans ses réponses toute la candeur d'une ame vivement éprise de l'amour de la perfection , et toute la simplicité d'un esprit sincèrement soumis à l'autorité des supérieurs.
Madame de Maintenon attire madame Guyon k Sainl-Cyr.
.Madame de Maintenon assista à quelques-unes de ces conférences , ei elle en fut édifiée. Alors elle forma le dessein de faire jouir Saint-Cyr des instructions d'une femme qui avoit le don d'inspirer le désir de la perfection à tous ceux qui renlendoient. Elle fut entretenue dans cette pensée , non-seulement par Fénelon , mais encore par les vives instances de madame de Brinon , aloi-s supérieure de Saint-Cyi'. .Madame de la Maisonfort , dont nous avons déjà parlé, réunit ses .sollicitations à celles de madame de Brinon. Lu goût extrême de spiritualité ' avoit rendu madame de la Maisonfort la disciple la plus affectionnée de Fénelon ; et cette conformité d'opinions , jointe aux liens de parenté qui l'unissoient à madame
• Otoil d'elle que inadiimc i\v M:iinlenon ('crivoit : La chanoinesse est plus dévote , plus abstraite , plus aimable el plus élounlie que jamais.
HISTOIRE DE FENELON.
Guyon . lui faisoil souhaiter passionnément d'entendre de sa bouche ces maximes si pures de charité , de perfection , d'abnégation de soi-même , pour lesquelles elle se sentoit tant d'attrait.
C'est ainsi que madame (iuyon arriva à Saint- Cvr , précédée de toute la célébrité et de toute la considération (ju'elle avoit obtenues à Versailles. Madame de Maintenon lui permit même d'y faire de temps en temps de courts séjours. F^oui- mieuv étabhr sa doctrine , madame Guyon coutia à madame de la Maisonfort et à celles des autres religieuses qui marquoient le même goût , quelquesuns de ses écrits, où elle avoit dévelojypé toutes les parties de son système.
L'appui de madame de Maintenon , la confiance des hommes les plus vertueux de la Coui' , l'enthousiasme qu'elle avoit inspiré à Saiul-Cyr, persuadèrent sans doute à madame Guyon qu'elle étoit appelée h une mission extraordinaire ; mais si elle se laissa séduire par une pareille illusion , elle eut tout lieu de s'en repentir.
Madame de Maintenon avoit été touchée du goût de vertu et de piété qu'elle avoit observé eu madame Guvon ; mais son excellent esprit l'avoit défendue de celte espèce d'enthousiasme qui avoit gagné toute la société de Beauvilliers ; la faveur qu'elle lui avoit accordée étoit plutôt l'eflet de sa confiance et de son estime pour Fénelon , l't pour les autres amis de madame Guyon, qu'un goût bien décidé pour sa personne et sa doctiine. Elle n'apei-cevoit pas sans doute dans ses opinions toutes les erreurs qu'elle y découvrit dans la suite ; maison voit par quelques-unes de ses lettres, avant même qu'elle se fût déclarée contre madame Guvon , et dans un temps où elle lui accordoit encore de l'intérêt et de l'estime , qu'elle ressentoit déjà une méfiance intérieure sur la singularité de ses maximes , dont la nouveauté l'étonnoit avec raison. Elle écrivoit à madame de Saint-Géran : « J'ai eu pendant deux mois une » Ea-plkation du Cavtiqnc des caJitiqups. 11 y a « des endroits obscurs; il y en a d'édifians; il y )) en a que je n'approuve en aucune manière. « L'abbé de Fénelon m'avoit dit que le Muynt » court contenoit les mvstères de la plus sublime » dévotion, à quelques petites expressions près, » qui se trouvent dans les écrits des mystiques. » J'en lus un morceau au Roi , qui me dit que » c'étoient des rêveries ; il n'est pas encore assez )) avancé dans la piété pour goûter celte perfection . »
Caractère de M. Godet-des-Marais, évèque df. Cliarfios. — Il prémunit madame de Maintenon contre la nouvelle spiritualité.
L'abbé Godet-des-Marais, directeur de madame de Mainleniiu, éloit devenu évêque de Chartres après la mort de M. de Villeroy. Il l'avoit prémunie de b.iime heiu-e contre les dfuigers de cette nonvelle spiritualité, qu'on |,réteTidoit introduire avec des caractères et des circonstances extraordinaires. Ce prélat eut tant d'inllueuce dans l'affaire du «luiétisme, «lu'ilest intéressant de le faire comioitir. M. de Saint-SiuK.n , qui considère toujours lei personuage» dont il parle, sous les vues
d'intrigues et d'ambition ipi'il leur suppose, nous en a laissé un poilrait ressemblant à beaucoup d'égards, et peu exact sous d'autres. 11 sera facile de rectifier ce iiu'il peut offrir de défectueux , si Ton sépare ce que la disposition habituelle de l'auteur , et les pensées toujours un peu profanes d'un homme du monde, ont pu prêter au caractère d'un évêque entièrement étranger au monde et à l'ambition.
u Ce prélat, dit M. de Saint-Simon ', étoit fort » savant , et suiiout profond théologien. Il y joi- » gnoit beaucoup d'esprit , de la fermeté , même » des grâces ; et ce qui étoit le plus surprenant )) dans un homme qui avoit été concentré dans » son métier, il étoit tel pour la coui- et pour le » monde , que les plus fins courtisans auroient eu » de la peine à le suivre, et auroient eu à profiter » de ses le(;oiis. Mais c'étoit en lui un talent en- » foui pour les autres, parce qu'il ne s'en servoit » jamais sans un vrai besoin. Son désintéresse- » ment , sa piété , sa rare \)robité étoieut son seul » lustre, et madame de Maintenon, au point où » il en étoit, suppléoit à tout, il tenoit à elle par » les liens les plus intimes ; il étoit évêque de » Saint-Cyr en sa qualité d'évêque de Chartres ; » il en étoit le directeur unique ; il étoit de plus )i celui de madame de Maintenon. Ses mœurs, sa » doctrine, ses devoirs épiscopaux , tout étoit irré- » prochable. 11 ne faisoit à Paris que des voyages » courts et rares, logeoit au séminaire Saint-Sul- )) pice , se montroil encore plus rarement à la » cour , et voyoit madame de Maintenon lon"- » temps et souvent à Saint-Cyr , et faisoil d'ail- » leurs par lettre tout ce qu'il vouloil. »
Si, à l'idée que M. de Saint-Simon vient de nous donner de l'évêque de Chartres , on ajoute les témoignages que nous avons trouvés dans les écrits de ses contemporains , on prendra une juste opinion de l'un des évèques les plus vertueux qui aient honoré l'Eglise de France. Dès l'âge de quatorze ans, l'abbé Godet-des-Marais avoit été {)ourvu de l'abbaye d'igny, dans le diocèse de Reims ; et le seul emploi qu'il se permettoit de son revenu , étoit de le distribuer aux pauvres. 11 fut attiré au séminaire de Saint-Sulpice par la réputation de M. Tronson ; il fut l'ami , le disciple , l'admirateur de ce vénérable ecclésiastique. Il y trouva l'abbé de Fénelon, qui , selon la réflexion d'un écrivain ^ « étudioil les mystiques » ([ui régai'èreiit , taudis i|ue l'abbé Godet-des- » Marais étudioil rEcrilure sainte qui n'égare ja- » niais^; )) il <levinl son ami, combattit ensuite ses opinions , et ne cessa jamais de l'aimer et de l'estimer, il parut en Sorbonne , il y fut admii'é, et ne le sut pas. Devenu supérieur du séminaire des Trente-Trois , il y conrnit l'abbé (Jobelin, qui le fit connoitre à madame de Maintenon. U hésita
1 Mcmoirrs .!.• S.iinl-Simon , I. n, p. 310. — ^ L'alM Rcrihier. — 'Si nous in' nniis étions pus lail un devoir de l'PSpPcU'r li> tcxlo (lu cardinal dp Raussi'l , nous aurions suprinit? cplle léflexion lU- l'abbé Bcrlhicr qui n'i-nt ni jusle ni l'xacli'. Fi'ucb)ii itudia (res-peu les inysliqui.'» au séniinairi», cl il nf ui'Rliiica nulliMucnl riùiiluri! sainte. Au ri'slc l'Eirilure sainli' "uaïc aussi bien que le» mystiquen lutiti reui qui substituent leur jugenicul priTé h l'aulurilé de l'Fglise. C'isi ib' lu que décoiibi.t toute* les erreur* Je» Prolcslaul». iSolv Uea Hiliteum.}
LfVHE DEUXIÈME.
long-temps à so charger de sa direction , ci ne céda
Îu'aiix avis et même à la décision de M. Tronson. elui oui lui apporta la nouvelle de sa nomination à révèché fie Chartres, le trouva à genouv devant un crncilix, dans une petite chambre <pii n'avoil pour tous nii-ubles ipTune chaise et une table, et pour toute tapisserie qu'une carte de la terre sainte. l/ai»i»é Codet-des-.Maiais fondit eu pleurs , repoussa le l'ardeaii qu'on lui imposoit , et n'accepta que par déféience pour- M. Ti'onsou. En 169Ô, il abondonna tous les reveiuis de son évèchéau\ pauvres de son diocèse, qui soulVroient beaucoup de la ihsette des grains. Toute sa vaisselle d'jugenl consistoit en une cuiller et une fourclielle, et il les vendit. Louis XIV voulut lui donner une place de conseiller d'Etat , et le chapeau de cardinal; il i-efusa l'un et l'autre; il prèchoit souvent , ne plaisoit pas : il convertissoil. Ennemi de toutes les nouveautés, invariablement attaché à la saine doctrine, il combattit toiu' à tour ses deux collègues les plus chers à son cœui', Fénelon et le cardinal de .Noailles , sans cesser un moment de lendrc justice à leurs vertus. Ses lettres à Louis .XIV , aux princes , au pape, au roi d'Espagne , étoient dignes des premiers siècles de l'Eglise. On a imprimé long-temps après sa mort ses lettres de direction à madame de Maintenon ; et on admire la sagesse, la mesure, l'habileté, lu piofonde science du monde, avec laquelle ce prélat , qui n'avoit jamais vu le monde , et qui n'étoit jamais sorti de l'obscurité d'un séminaire ou de la solitude de sa maison épiscopale , conduit madame de Maintenon dans tous les détails de sa singulière position.
Tel étoit révèque de Chartres. On doit bien croire que madame de Maintenon consulta son directeur sur l'opinion qu'elle devoit prendre des maximes de madame Guyon. L'évèque de Chartres fut d'abord étonné de voir une fenune s'immiscer, pour ainsi dire , dans le ministère ecclésiastique , et s'asseoir dans la chaire pour enseigner un système de spiritualité , dont elle s'attribuoit l'invention. Mais, aussi sage (|ue modeste, il fut arrêté (luelque temps par l'estimable scrupule de condamner avec trop de précipitation une personne dont la piété étoit honorée par tout ce qu'il y avoit alors de plus vertueux à la cour, et qui avoit le sufl'rage de P'énelon , dont il estimoit la droiture elles talens. D'ailleurs, ses opinions personnelles, comme nous aurons lieu de l'observer, se rappi ochoient à quelques égards de celles qu'on lui exposoit. Avant de fixer son jugement, il voulut prendre une connoissance plus approfondie des maximes (pi'on introduisoit à Saint-Cyr, et de l'usage qu'on en faisoit. 11 se borna, dans le premier moment , à recommander de ne lire qu'avec précaution les ouvrages et les éci-its de madame Guyon , à lui interdire l'accès habituel fju'elle avoit obtenu à Saint-Cyr, et à réprimer dans les religieuses de cette maison le penchant extrême qu'elles montroient pour toutes ces nouveautés.
On voit par plusieurs lettres de madame de Maintenon qu'elle suivit fidèlement un si sage conseil , et qu'elle conserva encore pendant quelque temps, non pas du goût, mais de l'estime pour madame Guyon.
Elle s'attacha surtout à fi.xer madame de la
Maisonfort dans des maximes plus simples, plus sùi-es et plus convenables aux personnes de son état. Elle airuoit extrêmement son esprit et sa candeur ; HIp la tlpstinoil à être une pierre fonilawrntiil,' ,1e Saint-Cyr; mais elle redoutoit son iniaginalion troj) .iclive , trop délicate et trop coumuuiicalive. hlle lui mandoit : « Rendez-vous >' simple à l'abbé «le Fénelon et à M. de Chartres. » Je serai moi-même loujoui-s soumise à l'oiiinioti » (le ces deux minis. .\ccoutumez-vous à vivre » avec eux ; mais ne répandez point les maximes » de l'abbé de\ant des gens <jui ne les goûtent » point. Vous parlez sans cesse de l'état le plus » parfait , et vous êtes encoi-e remplie d'imper- « lections. Onant à madame Guyon , vous l'avez » trop pj'ôuée. [Ifaat nous contenter delà garder » pour nous, il ne lui convient pas , non plus rju'à » moi, (pi'elle dirige nos dames ; ce seroit lui at- » tirer une nouvelle persécution. Elle a été sus- » j)ecle ; c'en est assez pour qu'on ne la laisse » jamais en repos. Elle m'a paru d'une discrétion )) admirable ; elle ne veut de commerce qu'avec » vous; tout ce que j'ai vu d'elle m'a édifiée et )) je la verrai toujouis avec plaisir ; niais il faut » conduire notre maison par les règles ordinaires )> et tout simplement. Ce sera une perfection en » vous de n'aspirer point à être parfaite. »
Elle ajoute dans une autre lettre : « Mon peu » d'expérience en ces matières me révoltoit contre » M. l'abbé de Fénelon , quand il ne vouloit pas » que ces écrits fussent montrés. Cependant il » avoit i-aison. Tout le monde n'a pas l'esprit droit )) et solide. On prêche la liberté des enfans de » Dieu à des personnes qui ne sont pas encore ses » enfans, et qui se servent de cette liberté pour » ne s'assujettir à rien : il faut commencer par s'a';- » sujet tir... Ou je me trompe fort , ou vous prenez » la piété d'une manière trop spéculative. Vous « faites tout consister en mouvemens subits en » abandons, en mouvemens.... » '
Cependant l'é\èque de Chartres, après s'être instruit avec toute l'attention dont il étoit capable , des maximes de madame (ùivon , fut justement alarmé d'une doctrine « qui invitoit à ne se " gêner en rien , à s'oublier entièrement , à n'a- )> voii- jamais de i-etour sur soi-même , et à cette » liberté des enfans de Dieu , dont on ne se ser- » voit que pour ne s'assujettir à rien. » Il voulut prévenir les mauvais effets qui pourroient en résulter pour un établissement aussi précieux. 11 eut à lutter contre le sentiment de la véritable amitié qui l'attachoit à Fénelon. 11 s'expliqua avec franchise et fermeté à madame de Maintenon en ol>servant pour son ami tous les égards que lui prescrivoit la haute opinion qu'il avoit «le sa vertu • mais , en sa qualité d'évêque de Saint-Cvr il l'invita à prendre les mesures les plus pfonipfes et les plus efficaces pour préserver cette maison du danger qui la mena«^oit, et lui dénonça les ouvrages de madame Guyon comme remplis de nouveautés suspectes et d'erreurs dangereuses.
HISTOIRE DE FÉNELON
Madame de Maintpnon consulte, sur ce point, phisieui?; ecclésiastiques distingués. — Réponses du P. Bnurdaloue et de M. Tronsoii.
Il faut rondre justice à luadaine de Maintennn : elle sentit que dans une matière aussi délicate et aussi étrangèie au gonie d'instiiiction et de connoissances qui appartiennent à son sexe , ses lumières naturelles ou acquises ne })uuvuient pas suffire pour fixer a\ec confiance son opinion. Il étoit bien difficile que son goiit pour Fénelon ne lut pas combattu par sa juste déférence aux avis de révèque de Chartres, son directeur. Elle connoissoit sa vertu et même sou aiuiiié pour Fénelon; mais elle ne crut pas de\oir s eu tenir exclusivement à son opinion. Elle consulta de vive Aoix Bossuel qui étoit déjà instiuit en détail de la doctrine de madame Cuyon , pai' une ciiconstance particulière , dont nous aurons bientôt à rendre compte; cl Bossuet fut du uièine avis que Tévêque de Chartres : elle s'adressa égalejnent à M. de Noaillcs, alors évoque de Chalons-sur-Marne , qu'elle commençoit déjà à distinguer; et M. de Ncailles se déclara encore plus fortement contre les maximes de madame Cuyon.'
Le témoignage de trois prélats aussi recommandnbles suffit à peine pour triompher du sentit ment qui Tattachoit toujours à Fénelon ; elle crut devoir s'environner de toutes les lumières qupouvoient répandre (juclque clarté sur des (jucstions aussi obscures; elle consulta des hommes entièrement étrangers à toutes les passions et à tous les intérêts de la cour; elle ne pouvoit faire un choix olus judicieux que celui auquel elle s'arrêta pour fixer toutes ses incertitudes. Elle interrogea secrètement le père Bourdalouc , M. Jol\ . supérieur général de Saint-Euzare , .\1M. Tiberge et Brisacier, supérieurs des missions étrangères, et M. Tronson. Ce choix n'auioit pu être suspect à Fénelon s'il en eût été instruit. Bouidaloue appartenoil à une société (jui faisoit profession de fui être attachée ; MM. Tiberge et Brisacier éloient en relation de coidiancc avec lui ; M. Joly étoit généralemeni estimé, et ne connoissoit que la l'ciigion et la vérité ; M. Tronson avoit dirigé les premiers pas de Fénelon , h; chérissoit avec la tendresse d'un père, et se plaisoit à le considérer comme appelé à la cour, pour y établir le règne de la piété et des bonnes mœurs.
Leurs réponses furent uniformes , et ne permirent [dus à madame de Maintenon de rester indécise. ,
En lisant la lettre de Bourdaloue a madame de Maintenon , il n'est personne qui ne soit frappé de la simplicité, de l'onction et de la clarté ({u'il a su n'pandre sur la rpiestion soumise à son examen. Il sépare avec la plus exacte précision le point oii doit s'arrêter Vnmc la plus exaltée , lors même (pi'elle tend avec elTort à s'élever à la plus haute i»eirection, de celui oîi commencent des illusions dangereuses pour la moi-ale. On reconnoit bien dans son langage cet homme vraiment a[)Osl(dique, dont la vie étoit encore plus éloquente que SCS sermons mêmes. On voit dans celte lettre
combien l'expérience lui avoit donné de lumières pour la direction des âmes, en lui lévélant les dangers dont ce ministère peut n'être pas exempt avec les intentions mêmes les plus pures. « Ce qui seroit à souhaiter dans le siècle où nous sommes, « écrivoit Bourdaloue , ce seroit qu'on parlât peu » de ces matières, et que les âmes mêmes qui » pourroient être véritablement dans l'oraison de » contemplation , ne s'en expliquassent jamais » entre elles, et même rarement avec leurs pères > spirituels '. »
M. Tronson se boriioil à conseiller à madame de Maintenon « de regarder les écrits de madame » Guyon comme suspects, eu attendant que des » personnes habiles et revêtues il'une autorité suf- >> fisante . en eussent examiné les maximes , et » condamné ce qu'elles pouvoient renfermer de '1 pernicieux. » Le plan que proposoil M. Tronson fut suivi peu de temps après.
-Madame de Maintenon, entièrement affermie yKtr des témoignages aussi décisifs , n'hésita plus sur l'opinion qu'elle dovoit avoir de la doctrine de madame Guyon. Nous verrons dans la suite si elle sut toujours renfermer son zèle contre Fénelon dans les bornes que le souvenir d'une ancienne amitié auroit pu lui indiquer.
Fénelon engage madame Guyon i se soumettre à l'esamen (le tîossuet.
Fénelon voyait sans s'en étonner , et presque sans s'en apercevoir , un orage se former contre lui. Sincèrement convaincu de la pureté des sentimens de madame Guyon , parce qu'il les jugeoit conformes aux idées pures et sublimes qu'il s'étoit faites de l'amour de Dieu ; non moins convaincu de sa vertu , il ne chercha point à éluder les contradictions imprévues qu'il rencontroit , en feignant d'abandonner l'opinion qu'il avoit de son innocence. Mais en même temps il entra de bonne foi dans les vues de madame de Maintenon pour éloigner de Saint-Cyr ce goût de nouveautés dont elle étoit alarmée ;' il fut le premier à lui conseiller de retirer des mains des dames de Saint- Cyr , non - seulement les ouvrages de madame Guyon, mais même ses propres écrits.
Madame de Maintenon ne lui avoit point dissimulé que l'évêque de Chai très pensoit d'une manière <liirérenle de la sienne , et l'évêque de Chartres le lui avoit décluié à lui-même. Fénelon ci'ut alors que l'autorilé de Bossuet pouiToit être utilement employée à éclairch- une <|uestion qui commençoit à s'obscurcir par la manière dont elle étoit présentée ou entendue.
11 venoit d'avoir une preuve bien récente de la discrétion et de la modération de Bossuet au sujet de madame Guyon elle-même ; car on ne peut guère douter que ce ne fût Fénelon qui eût inspiré quchjues mois auparavant à madame Guyon , l'idée de s'adresser à Bossuet pour lui exposcr'tous ses sentimens, lui confier tous ses écrits les plus secrets, et se soumettre à sa décision.
' Voyez icb Pwies JusUjUaliien du livic dcuxibiuu , u. il.