‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 232 sur 422 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

On peut être surpris sans doute fiue Bossuet ail cherdic dans la suite à désavouer un fait aussi simple ei qui sembloit si étranger a toutes leurs controverses; mais les choses a voient change de face Bossuet avoit écrit dans sa lldation sur le quiétisme . qu'il regardoit depuis long-lomps beiiclon comme infecté de cette erreur, cl comme le Montan d'une nouvelle Prisville. Fenclon avoit alors le droit de lui demander pourquoi il avoil montré tant d'empressement à sacrer de ses propies mains ce nouoeau Montan, sans exiger prealableiiionl de lui aucune rétractation de ses erreurs. ,

Ouoi qu il en soit , la difticullé survenue a 1 occasion du sacre, fut écartée. Bossuet fut consccrateur , l'évèque de Chàlons premier assistant et on substitua pour second assistant l'éveque d Amiens à révèquc do Chartres. Cette cérémonie lut célébrée dans la chapelle de Sainl-Cyr , le 10 juin ■1683 , en présence de madame de Maintenon cl des pelits-fils de Louis XIV , qui eurent la satisfaction de voir leur précepteur élevé a une dignité (lui étoil la juste et honorable récompense des soins donnés à leur éducation. Personne ne prevovoit encore que ce jour de gloire et d'ediiication, dont tout l'appareil extérieur annonçoil 1 éclat de la faveur et le triomphe de la vertu , seroit bientôt suivi d'une longue disgrâce et des plus ameres contradictions.

Immédiatement après le sacre de Fénelon , Bossuet se pressa de retourner à Meaux , pour terminer l'ailaire de madame Guyon , qui s'y etoit retirée depuis six mois au monastère de la ^ isitation. 11 avoit pris . dans ce long intervalle , les informations les plus exactes sur les bruits peu avantageux , et même sur les inculpations tresc^raves qu'on avoit répandus contre elle. Il ne les avoit point trouvés assez fondés pour balancer les témoignages favorables qu'il recevoit de sa conduite , depuis quelle étoil, pour ainsi dire, sous ses yeux.

Bossuet donne un cei-tificat avantageux à madame Guyon , le 1" juillet 1095.

sentimens et de ses dispositions. Bossuet ne crut donc pas devoir hésiter de lui accorder le certihcat le plus avantageux sur sa conduite, ses intentions et ses dispositions. . , , ,

Ce certificat faisoit mention de deux actes souscrits par madame GuNon, d'une soumission et d'une Oévlaration. Par le premier, elle se soiimettoil à l'ordonnance du prélat, du ll> avril KiDri (lui a\oit condamné ses ouvrages, et qui reiifcrmoil les trente-quatre articles d'issy. Cet acte de soumission étoit suivi de la déclaration suivante : « Je déclare néanmoins, avec tout res- » pect et sans préjudice de la présente soumission ,) et déclaration que je n'ai jamais eu mie nt ton » de rien a\ anccr (pii fût contraire a 1 esprit de » l'Eglise catholique, apostolique et romaine, a )) laquelle j'ai toujours été et serai toujours sou- » mise, Dieu aidant, jusqu'au dernier soupir de » ma vie ; ce que je ne dis pas pour me chercher )) une excuse , mais dans l'obligation où je crois )) cire de déclarer avec simplicité mes inten- » tions '. )> > ,, 1

Et au bas de la souscription a l ordonnance ou Bossuet avoit censuré les livres de madame Guyon, ce prélat lui lit ajouter : « Je n'ai eu aucune des )) erreurs expliquées dans ladite lettre pastorale , » avant toujours eu intention d'écrire dans un sens » très-catholique , ne comprenant pas alors qu'on » en pût donner un autre. »

11 faut observer , au sujet de cette déclaration et de cette soumission, que Fénelon se crut autorisé dans la suite à s'en servir, pour montrer qu il avoit droit de justifier les intentions de madame Guvon puisque Bossuet les avoit justifiées luimême dans deux actes dont il avoit dicté les expressions. , , ...

Le ceitificat que la supérieure et les religieuses du monastère de la Visitation de Meaux donnèrent à madame Guyon , étoit encore plus honorable ^ ; elles y joignirent , deux jours après , une lettre qui renfêr'nioit les expressions les plus fortes de leur estime et de leurs regrets.

Madame Guyon sort mystérieusement de Meaux.

L'équité naturelle de Bossuet ne lui permettoit pas de sacrifier à des rumeurs vagues la réputation d'une femme qui s'étoit abandonnée volontairement à ses conseils avec toutes les apparences de la candeur et de la bonne foi. Les religieuses de Meaux se réunissoient pour ^ anter sa picte , sa douceur , sa résignation ; elle s'étoit exactement conformée à toutes les lois que Bossuet lui avoit imposées ; elle n'avoit entretenu aucune correspondance au dehors, eUe avoit accepte le confesseui' que ce prélat lui avoit donné , et ce confesseur manifesloit une satisfaction entière de ses

(le Chartres ccilàl la première l'iace dans son diocèse a l'évéque de Meaux, quoique Bossuet fut plus ancien évùque que M. de Chartres. ,. , ,

» C'est sur la foi de La Beaumelle que le cardinal de Bausset écril que le sacre de Fénelon eut lieu le 10 juin, ni lieu de 10 juillet. Trompé par cette date, il a un peu diaugc l'ordre des évèuemens. {Note des Editeurs.)

Il paroit , par ces deux dernières pièces , que madame Guvon partit de Meaux le 7 juiUet 1695 ; elle mit dans ce départ une espèce de mystère et de précipitation qui dut choquer Bossuet. On a vu que ce prélat n'avoit eu pour elle que les procédés les plus honnêtes , et lui avoit même rendu des services essentiels ; il est vrai ([u'il lui avoit laissé la liberté de sortir du couvent quand elle le iucreroit à propos. 11 avoit seulement exigé d'elle qu'elle ne s'arrêtât point à Paris ; qu'elle n'y vit point les personnes de la cour qui passoient pour s'être mises sous sa direction , et qu'elle se rendit immédiatement aux eaux de Bourbon , comme elle en avoit annoncé le projet.

La première chose qu'elle fit , fut de manquer à toutes ses promesses ; elle voulut d'abord voiler une conduite aussi peu convenable sous des formes

Manuscrits. — * Cernes/'' <i» r$nelon ,

Page 1