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HISTOIRE DE FENELON.
de politesse et de reconnoissancc ; elle écrivit à Bossiict, peu de jours après son départ de Meaux*, une lettre honnête et respectueuse , et elle le supplioit d'accepter un tableau de dévotion. Bossuel étoit peu accessible à ce genre de séduction et de flatterie ; il auroit préféré une conduite plus simple et plus sincère ; elle ne faisoit point connoitre dans sa lettre le lieu de sa retraite , et ne donnoit qu'une adresse détournée. Cependant Bossuet claigna lui répondre avec bonté ' ; il mêloit à ses avis quelques réflexions sur les circonstances singulières de son départ , et un sentiment de charité le porta à lui donner encore quelques conseils , dont il eût été à désirer pour elle et pour ses amis qu'elle eût fait un meilleur usage.
Bossuet dut être étonné de recevoir en réponse à des conseils si sages et si modérés , une lettre de madame Guyon , où elle sembloit lui faire des reproches de ce qu'il s'étoit plaint de sa fuite de Meaux , et de la manière dont elle étoit revenue à Paris avec la duchesse de Mortemar et madame de Morstein , sa fille. Elle se justiûe assez mal sur les circonstances de son départ. Indépendamment du ton très-peu mesuré de cette lettre , ce qu'elle renferme de plus répréhensible, c'est (juc madame Guyon y cherche à tromper Bossuet sur le lieu de sa retraite; elle y fait entendre qu'elle n'étoit plus à Paris , qu'elle étoit à la campagne , prête a partir pour les eaux de Bourbon ; cependant on découvrit dans la suite qu'elle étoit restée à Paris , et qu'elle s'y tint d'abord cachée dans une maison du faubourg Saint-Germain. P^lle fit plus : fière d'avoir obtenu un certificat de Bossuet , elle en répandit des copies , et ses disciples eurent l'imprudence de publier cet acte comme un témoignage de la pureté de sa doctrine, tandis qu'on n'y trouvoit que l'excuse de srs inletitions. Vne pareille conduite faisoit juger avec assez de vraisemblance qu'elle s'étoit bien moins proposée de suivre les avis de ce grand évèque , (pie de surprendre sa bonne foi.
Des personnes vertueuses et éclairées , et entre autres M. Tronson ^ se crurent obligées de marquer à Bossuet leur étonnement de ce qu'il avoit accordé si facilement un acte , dont on cherchoit ù abuser , en l'isolant des actes accessoires qui en faisoient partie. 11 paroît (pie Bossuet eut alors l'intention de retirer son certificat des mains de madame Guyon ' ; mais elle ne voulut jamais le lui rendre.
Il est facile de concevoir que Bossuet dut être vivement affecté des procédés peu sincères de madame Guyon , et de l'abus peu réfléchi que quel- 3ues-uns de ses partisans se permettoient de fuin; c sa modération et de sa bonté. Depuis cette époque , on n'aper(;oit plus entre Bossuet et Fénelon cette correspondance habituelle et cette confiance intime qui les avoit unis si long-temps.
' Le saTaiit éditeur des OEuvics de tViu-lon croil que vrUc IcUie de inadanie Guyon est anlrricure h son dt^iiail de M'aiix. I^ote (le.<t Editeurs.) — * Œuvres de /{•ssiict , t. m,
f 489. — " ihid. |i. ^^^.
Mort de M. de Harlay, archevêque de Paris.
Avant de lapporter les évènemens affligeans qui en résultèrent , nous devons rendre compte d'un changement assez important , qui arriva dans l'Eghse de Fiance , et dont les suites ont laissé des traces bien plus profondes que l'affaire du quiétisme.
François de Harlay , archevêque de Paris , mourut le C août 1G95, frappé d'une attaque d'apoplexie. Ce prélat , qui avoit dans l'esprit des parties brillantes , et dans le caractère un grand art et une grande sagesse , avoit été long-temps en faveur auprès de Louis XIV. Ses manières nobles et agréables convenoient au goût de ce prince , et son habileté dans le gouvernement des assemblées du clergé , avoit long- temps assuré son crédit. Il avoit su, par un heureux mélange de douceur et de fermeté , contenir tous les partis qui divisoient l'Eglise de France. Lt's politiques et les indifférens affectèrent dans la suite de regretter la sagesse profane de M. de Harlay , pour déprimer les vertus pieuses et modestes du cardinal de Noailles. M. de Harlay avoit vu depuis quelques années déchoir sa faveur et sa considération à la cour II n'appartient pas à l'histoire que nous écrivons , d'en rappeler les causes politiques ou secrètes. Cette mort faisoit vaquer le premier siège de l'Eglise de France dans un temps oii la piété du Roi et l'esprit du gouvernement attachoient un grand intérêt aux affaires de la religion.
Les amis de Fénelon regrettèrent peut-être alors son élévation si récente à l'archevêché de Cambrai. Peut-être se flattèrent-ils qu'on auroit eu la pensée de le nommer à celui de Paris , où il auroit pu remplir avec tant d'éclat et de succès leurs vœux pour le bien de la religion et le triomphe de la piété. Mais il nous paroit peu vraisemblable que leurs espérances se fussent réalisées. Louis XIV avoit plus d'estime que de goût pour Fénelon. On a même piétendu que son cspiit trop brillant et ses tiu'ories politiques a\ oient plut(it éloigné ({u'attiié un prince, ([u'une imagination calme et un jugeiiKiiit sain et juste portoient à se méfier de tout ce qui ressembloit à l'esprit de système. Quoique madame de Maintenon ne fût pas encore entièrement opposée à Fénelon , elle étoit déjà refroidie pour lui ; elle étoit rassurée sur le fond de sa doctrine par son adhésion aux articles d'issy ; mais elle voyoil avec peine son entraincmcnf et celui de ses amis pour madame Guyon. A mesure fine ses anciens sentimens pour Fénelon s'afinihlissoient , elle prenoit un goût plus inai-fpié [)Oui' l'évêque de Chàlons. Ce goût n'étoit peul-èlie pas aussi \ if (pie celui qu'elle avoit eu si long-temps pour Fénelon ; mais elle se reposoit a\('c ])liis (le sc'ciiiilé et sans aucun mélange d'inrpiiéliide sur la douciiur , la modestie et la piété (le M. de iXoailles ; ce prélat réunissoil à toutes les vertus ecclésiasiiques le degré d'esprit et d'instruction indispensable dans une grande place. 11 ne craignoit pas d'appeler des conseils au secours de ses lumières naturelles ; et cette disposition ,