LIVRE TROISIÈME
)) n'auront rien à «lire. Ne ciaignez pas que je » contredise M. de Moaux; je n'en parlerai jamais » que comme de mon mailie , et de ses piopo- » sitions ' , c<jmme de la règle de la foi. ie cou- « sens qu'il soit victorieux et qu'il m'ait ramène » de toutes sortes (rètfaremens ; il n'est pas ques- » tion de moi , mais de la doctrine qui est à cou- » vert; il n'est pas question des termes que je ne » veux employer qu'a son choix , pour ne le point » scandaliser, mais seulement du ibnd des choses, )' et je suis content de ce qu'il me donne. 11 pa- » roifra eu toutes choses que je ne parle que son » langage, et que je n'agis que de concert et par » son espjit ; sincèrement je ne veux avoir (pie » dèféience et docilité pour lui.
« Si je croijuis que rous fussiez dans la dispo- » sition ou vous étiez , (juaud ro».s me fîtes l'Iioii- » neur Je m'écrire la dernière fois à Cambrai , » de l'envie que vous aviez de recevoir de mes » lettres , je vous écrirais avec mon ancienne » siinplicité , et je crois que vous n'y trouveriez » aucun venin. Je fus ravi de \o\r lundi le goût » que vous C(mserviez poui' les œuvres de saint » François de Sales ; celle lecture vous est hien » meilleme que celle de M. Nicole, qui a voulu )' décide!' d'un style moipieur sur les voies inté- » rieures, sans traiter de l'amour désintéressé, » ni des épreuves des saints , ni de l'oi-aison pas- " sive. Rien ne seroit plus aisé que de confondi-e » cet ouvrage; mais l'esprit de contention n'est » pas celui des enfans de Dieu.
» Tout ce que je prends la liberté de vous ■••> dire , Madame, pour vous rassurer , est dit sans » intérêt. Je ne veux rien de vous que votre bonté « pour niûi ; je ne puis laisser rompre des liens » que Dieu a formés pour lui seul.
On voit combien Fénelon , dans un très-court espace de temps , avoit perdu dans le cœur et la contiauce de madame de Maiutenon ; nous ne pouvons plus espérer désormais de retrouver entre elle et Fénelon la plus foible trace du sentiment qui les avoit unis si long-temps. Sa coirespondanceavec le cardinal de Noailles laisse assez apercevoir (pi'elle avoit déjà transporté en lui , <luoi(pu' avec des nuances différentes, le goùf et la contiauce qu'elle avoit eus en Fénelon. L'espiil et l'imagination du cardinal de Noailles ne poiivoient pas lui rendre tout ce que Fénelon lui donnoit ; mais sa douceur, sa piété, sa candeur le rendoient au moins susceptible de recevoir tout ce que madame de Maintenon avoit besoin de lui confier.
Cependant il étoit encore possible (|ue ce clidc de sentiinens et d'opinions, concentré parmi un très-petit nondjre de personnes , ne produisît an dehors ni éclat ni scandale. Mais il survint im incident qui devint l'occasion on plutôt la véritable cause de la controverse si vive et si anim('e qui divisa pour toujours Bossuet et Fénelon.
' l.i's 34 arlicU-s d'Issv.
IJVRK TROISIÈiMK.
SiriK liE LA CONTROVERSE DE BOSSLET ET DE FÉNELON.
Hossucl compose rinstniclion sur les Étals d'oraison.
Immkdiate.ment après les conférences d'Lssy , Bossuet s'étoit occupé avec ardeur d'étudier' à fond tous les auteurs mystiques qui avoient parlé ou traité de VJ'Jtat d'oraison. Les trente-quatre articles lui avoient paru suffisans pour arrêter les principaux abus qui commençoient à s'introduire ; mais ces articles se réduisoient à quelques principes généraux, (pii ne formoient pas un coips de doctrine assez développé pour l'instruction des fidèles et la conduite des ministres de l'Eglise. Ce fut l'objet d'un travail considéiable et d'une infinité de recherches , qui occupèrent Bossuet plus d'un an. Il s'étoit déjà assure de l'approbation du cardinal de Noailles et de l'évèque de Chartres , et il ne lui venoit pas même dans l'esprit que Fénelon osât lui refuser la sienne. Mais dans cette dernière supposition , il étoit décidé à l'attacpier personnellement , et il paroissoit peu redouter l'événement d'un combat qui devoit ajouter un nouveau triomphe à sa gloire. La malignité a supposé à Bossuet des sentimens peu dignes d'une si grande ame , et des vues ultérieui-es d'ambition , qui ne s'accordoient pas plus avec .son âge déjà avancé, qu'avec l'histoire du reste de sa vie.
11 avoit déjà piévenu Fénelon qu'il travailloit à une Instruction sur les Etats d'oraison , et qu'il se proposoit de la soumettre à son examen. Fénelon lui avoit répondu de Cambi-ai ' : a Quand )) vous voudrez, je me rendiai à .Meaux et à Ger- «rnigny, pour passer quelques jours auprès de » vous , et pour prendre à votre ouvrage toute » la part i|ue vous voudrez bien m'y donner. Je » serai lavi, non pas d'en augmenter l'autoiité, » mais de témoigner publi(pienïent combien je » l'évère votre doctrine. »
Madame f.uyon n'('toit point encore arrêtée ^ , lorsque Fénelon éciivit cette lettre. On a vu, par la lettre de Fénelon à madame de Maintenon*, combien cet événement , auquel Bossuet avoit eu tant de part, avoit aUéré ses dispositions envers lui. C'est ce qui se fait assez apercevoir dans sa lettre à Bossuet, du 0 mai 169G. « Si vous avez , )) Monseigneur , quelque chose à m'envoyei- , je » vous supplie de ne me l'envoyer pas sitôt. J'ai » attendu à CamJjrai le plus long-temps (pj'il m'a » été possible ce que vous m'aviez fait l'honneiu'
18 (Kv.' Kilo 11.
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(/^ Ffiu-lou, t. IX, p. 77.
juuis :iiii.'s. — ï Du 6 mais
FENELON. TOME X.
HISTOIRE DE FÉNELON
» de me promettre. Je suis occupé à la visite de » mon diocèse ; quand elle sera finie , j'irai faire » un tour à Versailles , et je crois qu'il vaut mieux » remettre à ce temps-là ce que vous voulez que » je fasse *. »
Bossuet fut sans doute un peu surpris de cette réponse vague et dilatoire ; du moins on peut le présumer par une seconde lettre de Fénelon , du 24 mai 1696- : « Si j'avois reçu pendant le carême » ce que vous voulez que je voie, j'aurois été dili- » gent à vous en rendre compte. Dès que je serai » débarrassé de ma visite , je partirai pour aller à » Versailles recevoir vos ordres ; en attendant , je » vous supplie de croire. Monseigneur, que je » n'ai besoin de rien pour vous respecter avec un » attachement inviolable. Je serai toujours plein » de sincérité pour vous rendre compte de mes » pensées , et plein de déférence pour les sou- » mettre aux vôtres. Mais ne soyez point m peine n (le moi , Dieu en aura soin. Le lien de la foi » nous tient unis pour la doctrine ; et pour le » cœur, je n'y ai que respect , zèle et tendresse )) pour vous. Dieu m'est témoin que je ne ments » pas. »
Fénelon , à son retour à Paris , fut assez positivi>m(ei>t instruit de l'esprit dans lequel Bossuet avok composé son ouvrage , pour se décider à ne point y attacher son nom. 11 ne put d'ailleurs ignorer que cette approbation ne lui étoit demandée, que pour arracher de lui une véritable rétractation sous un titre spécieux; et Bossuet luimême ne le dissimula pas dans la suite. Fénelon prévit et il dut prévoir que son refus alloit l'engager dans une controverse très-délicate et trèsanimée avec un homme aussi imposant par son génie et ses lalens , que par la considération dont il étoit environné. 11 sentit qu'il avoit deux objets indispensables à remplir, l'un pour l'intérêt de sa [iropre réputation , et l'autre pour celui de sa tran(piillité.
Il ciiil donc devoh' s'attachej- d'abord à ne pas laisser subsistei' le plus foible nuage sur l'exactitude de sa doctrine et la sincérité de ses sentimens. i'.c fut dans celte vue qu'il rédigea une explication très-détaillée des trente-quatre" articles d'Issy U exposa avec candeur ses maximes sur la charité et sur Voraison passive. Il soumit cette explication au cardinal (le Noailles et ;i M. Tronson; l'un et l'autre avoient assisté aux conféi'ences d'Issy ; ils coimoissoienl les véritables principes de la matière, et l'esprit des trente -quati-e articles qui étoient leur ouvrage. L'un et l'autre approuvèrent l'explication de Fénelon, et n'v remarquèrent aucune erreur. C'est un fait impoitant qui n'a jamais été contesté; et une lettie d<> M. Tronson'' nous en ollVe la 1 neuve.
Wkaouo ilo Fénelon à niarlame de Maintouon, pnnr s'fxcii«ir d'approuver le livre de Hossuet.
Mais il restoit à Fénelon un second objet à remplir , non moins important sous un autre rap-
' (uirexp. de Fénelon, t. ix. p. 86. — ■= Il)i<l. |). 8 » Du 22 mar» <696. Corresi:. de Fénelon, t. ix, p. 8ti.
port ; c'étoit de prémunir l'esprit de madame de Maintenon contie les impi-essions que Bossuet chercheroit à lui donner , en lui dénonçant le refus d'approuver son Uvre comme un indice certain de sa complicité avec madame Guyon : il mit im soin particulier à justifier les motifs de ce refus . en les exposant avec autant de franchise que de fermeté. Il réunit , le 2 août 1696, à Issy, chez M. Tronson, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, le cardinal de Noailles et l'évèque de Chartres , et il leur lut son mémoire, dont nous avons la copie origmale. On y remarque en tète ces mots écrits de la main de Fénelon : Mémoire que je fis pour montrer que je ne de vois pas appruuvi'r le livre de M. de M eaux , et que M. de l'aris fit approuver par madame de Maintenon. Ce n'est pas sans intention que nous appuyons sur ces circonstances. On verra que ce mémoire, qu'il adressa à madame de Maintenon , sous la forme d'une lettre , fut la principale pièce dont Bossuet se servit dans sa Relation sur le Quiétisme , pour traduire Fénelon devant le public comme complice, et pour ainsi dire, comme fauteur de tous les égaremens de madame Guyon i.
Fénelon exposoit dans ce mémoire les considérations impérieuses qui ne lui permettoient pas d'approuver le livre de Bossuet ; mais il y prenoit en même temps l'engagement formel de rendre compte au public de sa "doctrine sur les matières contestées , et de soumettre cette espèce de profession de foi au jugement du cardinal de Noailles, de M. Tronson et des ecclésiastiques les plus vertueux et les plus éclairés du diocèse de Paris. Le cardinal de Noailles, l'évêquc de Chartres, et madame de Maintenon elle-même, parurent convaincus de la force des raisons présentées par Fénelon; et l'engagement qu'il prenoit, acheva de les convaincre de sa bonne foi.
Fénelon refuse d'approuver le livre de Bossuet. Mécontentement de Bossuet.
Fénelon , se confiant en leurs dispositions , se hâta d'annoncer à Bossuet sa détermination. Il étoit au moment de partir pour Cambrai ; et en partant , il i-emit le manuscrit de Bossuet au duc de Chevreuse , avec la lettre suivante * pour ce prélat :
« J'ai été très-fàché. Monseigneur, de ne poui> voir emporter à Cambrai ce (jue vous m'avez » fait l'honnem- de me confier ; mais M. le duc de » Chevreuse s'est chargé de vous expliquer ce qui » m'a obligé à tenir celte conduite. 11 a bien )) voulu, monseigneur, se charger aussi du dépôt, » pour le remettre ou dans vos mains à votre re- >' tour de Meaux , ou dans celles de quel<iue per- » sonne (juc vous aurez la bonté de lui nonnner. ■) Ce qui est très-certain. Monseigneur, c'est que » j'irois au-devant de tout ce qui peut vous plaire, » et vous témoigner mon extrême déférence , si » j'élois libre de suivre mon cu.'ur en cette occa- ») sion. J'espère que vous serez peisuadé des rai-
' Du j aoul Hi»0. torrcsp. de Fcnclon , I. ix, p. «».