‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 239 sur 422 · I.IVKE TROISIÈME · texte numérisé non relu

I.IVKE TROISIÈME

» sons qui ni'aiTêtent , nuand M. le dut- de Che- » vreuse vous les aura expli(iuées. (Jorume vous » n'avez rien désiré ([ue par bonté puni- inoi , je » crois que vous voudiez bien entrer dans des » laisonsqui me touchent d'une manière capitale ; » elle ne diminuent en lien la leconnoissance , le M lespect , la déféience et le zèle avec lesquels je » vous suis dévoué. »

Bossuet peint assez naluivllenient d;;ns sa Relation sur le Qnii'tisiiie, rimpres^ion que lit sur lui celte lettre de Fénelou, lorsqu'elle lui lut remise par le duc de Chevreuse. « (Juoi ! M. de Cambrai » va montrer que c'est pour soutenir madame » (ùnon qu'il se désunit d'avec ses conlrèies ! » Tout le monde \a donc voir <ju'il en est le pro- » tecte(u-! ce soupçon cpii le déshonoi'oil dans tout » le public , va donc devenir une certitude! (jnel » seroit l'étonnement de tout le monde de voir » paroitje à la tète de mon livre l'approbation de » M. rarche\èque de Paris et de M. de Chartres " sans la sienne? n'étoit-ce pas mettre en évidence >' le signe de sa désunion d'avec ses confrères , ses » cnusécraU iirs , ses plus inUmes amis? Quel scan- » <lale ! quelle lléliissure à son nom ! de quels •> livres vouloil-il être le martyr? pourquoi ôtcr )) au public la consolation de voir dans l'approba- » lion de ce prélat le témoignage solennel de notre >■ unanimité. »

Fénelou l'épondoit (ju'il n'étoit point le protecteur des eri-eurs de madame Guyou, mais son ami ; l'interprète de ses véritables sentimens qu'il connoissoit , mais non pas l'apologiste de ses expi-essions qu'il condaimioil ; que le public étoit instruit de ses relations d'amitié avec elle, et ne pouvoit ^tre surpi-is de sa répugnance à Ilétrii' une femme dont il jugeoit les intentioiis pures et innocentes ; qu'en lefusant d'approuver l'ouvrage de Bossuet, il ne se séparoit point de l'archevêque de Paris cl de l'évèque de Chartres, (jui n'e.vigcoit pas son concours et ne blàmoient point son refus ; que sa foi et sa réputation n'étoient point attachées à l'ouvrage de l'un de ses collègues ; qu'il en devoit compte à l'Eglise seule , et qu'il seroit fidèle à remplir ce devoir sacré.

C'étoit en elfet un engagement qu'il avoit contracté. Cette obligation étoit devenue encore [)lus indispensable depuis son lefus d'approuver le li\ re de Bossuet. L"archevè([ue de Paris , l'évèque de Chartres et madame de Maintenon n'avoieut consenti à excuser son refus, qu'à condition qu'il donneroit une exposition publique de ses véritables sentimens.

Fénelon compose le livre fies Maximes des Saints.

Ce ne fut donc point par un élan indiscret que Fénelon provoqua les scandales et les malheurs dont son livre devint l'occasion , et l'auteui- la victime. Son vcpu sincère eût été de continuer à garder le silence qu'il s'éloit prescrit sur ces matières. 11 est possible que le chancelier d'Aguesseau n'ait pas été instruit de tous ces détails, lorsqu'il a écrit que Fénelon s'étoit dunrié à lui-même la mission de purf/er le quiétisme de tov.t ce ijiie cette secte avuit d'odieux.

Fénelon avoit pris avec madame de Maintenon l'engagenjenl de ne rendre son ouvrage public , qu'après l'avoir soumis à l'examen du cardinal de Xoaillos et de M. Tronson. C'est ce qu'il fit , « et il w remit à ce prélat ' le manuscrit de son Expli- » cation des .\la.Linies des Saints sur la vie inté- » rii'urc. Cl'I ouvrage étoit dans l'origine beaucoup » plus étendu qu'il n'a paru dans le livre imprimé ; » il y avoit mis tous les i^incipaux témoignages » de la tradition. Le cardinal de .Xoailles le trouva n trop long ; par défér-encc pour lui , Fénelon l'a- » brégea; il le rapporta en cet état au cardinal de » Noailles , qui le relut encore avec lui et l'abbé » de Beaufort , principal gr-and vicaire du diocèse » de Paris. Non conlent de ce premier examen , » Fénelon laissa son mamiscrit entre les mains >• du cardinal de Noailles. » 11 lui écrivit même pour provoquer de sa part l'examen le plus rigouleux-. » Rien ne presse, Monseignetri- , pour don- » ner au public l'ouvrage que vous lisez. Vous » savez mieux ([ue personne ce qui m'a engagé à » le fair'e — C'est de bonne foi que je me siris livié )' à vous pour supprimer, retrancher, corriger, " ajouter ce (pie vous croirez nécessaire. Encore » une foi , je ne presse ni ne retaide; c'est à vous ,

>' Monseigneur, à décider à l'égard du choix

>- d'un homme qui puisse vous aider dans un si » grand ti'avail , vous savez que je vous ai donné '■ tout pouvoii- sur moi et sur mon ouvrage.

H Le cardinal de Noailles garda le manucrit » de Fénelon en\ iron trois semaines , et le lui "lendit, en lui monliant des coups de crayon n (ju'il avoit donnés dans tous les endroits qui » lui paiurent devoir être retouchés pour une » plus grande précaution ; Fénelon retoucha en » sa présence loul ce qu'il avoit marqué , et il » le lit pr-écisément comme ce prélat l'avoit dé- » siré. Le cardmal de Noailles . touché de tant de

confiance , ne put s'ernpèchei- de dire peu de » jours après au duc de Chevi-euse, qu'il ne trou- >> voit à M. de Cambrai qu'un défaut , celui d'èti-e >' trop docile. »

Fénelon a publié ces faits à la face de toute la Fiance et de toute l'Europe, et le car-dinal de Noailles ne les a jamais contredits. « 11 a seule- « ment prétendu ' qu'il a\oit représenté à Féne- » Ion que le projet étoit hardi; mais malgré la » hardiey.se du projet , il en approuva l'exécution, » et jugea le livre correct et utile. Il refusa à la » vérité de Ini donner son approbation par- écrit , 'i mais ce fut uniquement pai'ce qu'il a\oit des » mesures à garder' avec Bossuet , dont il avoit » promis d'approuver le livre. >»

Fénelon fit plus encore : « Le cardinal do. a Noailles désira * (pi'il montrât son ouvrage à » f^uelque théologien de l'Ecole, qui fût plus ri- » goureux que lui. Fénelon se rendit avec em- » pres.sement h son vœu ; il prévint même sa pen- » .sée, en lui proposant pour' examinateur M. Pirot, » docteur de Sorbonrie , homme aussi savant que » judicieux , examinateur habituel de tous les li- » vres et de toutes les.thèses de théologie, le même

• UoiMiiiM- a la R.l.Éliun sur le Quunismc — 4 l.vHit de

F<'[iclon au lard iii.il do Ni>aill.'s, 17 orrobic J696. (hrresp.

de Ftiu'hiii , 1. IX, ]). 103. -^ 3 lU-p.inse a la Rolaliou suite Qui<^lisii;e. — ^ Ibkl.

» qui avoit travaillé sous M. de Harlay , à la cen- « stu-e de madame (luynn , qui a\oii été chargé V de riuterroger, qui él'oit peu préveuu poin- elle » et pour sa doctrine , qui étoit dévoué depuis »> long-temps à Bossuet, et qui alors même étoit « occupé à examiner l'ouvrage que ce prélat alloit » publier.

» L'archevêque de Cambrai se renfei-ma avec H M. Pirot , et ils examinèrent ensemble le livre » si court des Maxiiiips des Saints , en trois » séances de quatie ou cinq heures chacune. M. » Pirot avoit un manuscrit devant les yeux, et » Fénelon en tenoit un autre semblable ; ils li- » soient ensemble ; M. Pirot arrêtoit Fénelon sui- » les moindres difficultés , et Fénelon changeoit » sans peine tout ce qu'il vouloit. M. Pirot tinit » par déclarer qup ce livre étoit tout d or ; et le >• cardinal de Noailles écrivit quelques jours après M à Fénelon et à M. Tronson , que M. Pirot étoit » charmé de cet examen. »

Nous avons entre les mains im manuscrit de M. Pirot lui-même , qui constate la vérité de tous ces faits.

Fénelon avoit également communiqué sou ouvrage à M. Tronson, qui l'avoit examiné avec une attention particulière', avoit fait des observations judicieuses, et persistoit à penser, avec le cardinal de ÎNoailles , qu'il étoit correct et utile.

Après tant de précautions , après avoir déféré

avec tant de docilité à toutes les observations des

hommes les plus vertueux et les plus éclairés du

clergé de Paris , Fénelon devoit naturellement se

croire à l'abri de toute censure. Il eut au moins

le droit de penser et de dire : « Uni est-ce qui ne

„ voit pas ^ la candeur et la simplicité avec la-

„ quelle je ne craignois que de me trompci- et

„ d'être flatté? INe choisissois-je pas tous ceux qui

„ pouvoient être le plus en garde contre moi , et

„ me redresser si je n'établissois pas assez préci-

„ sèment toutes les vérités , et si je ne condam-

„ nois pas avec assez de précautions toutes les

„ erreurs ? N'étoit-ce pas vouloir être imi de sen-

„ limens avec M. de Meaux , lors même que ses

„ préventions , son procédé, et les discours de

„ s(>s amis m'avoient mis hors d'état d'agir de

„ concert avec lui ? Je ne pioposois point à i\I.

H rai'chevè(iuc de Paris et à AI. l'évêquc de Chai-

„ très d'adoucir leurs censures contre madame

„ (Jnvon, ni d'ébranler les trente-quatre articles.

>, Je ne voulois point les empêcdier d'approuver le

„ livn^ de M. de Meaux; je voulais sciilcmcnl ,

„ poin- ma ((induite itarticuhère, pr(M\(h(' les con-

„ scils des autres, ne pouvant pins demander

„ ceux (le M. de Meaux. M. rarclie\èqiie de Paris

>, et M. Tés (''(pie de Chartres n'a voient-ils pas paru

„ jx'rsnadés par les raisons de mon mémoire',

„ (jiie je pfjuvois me dispenser d'approuver son

>, livre? 11 esl vrai qu(î M. de Meaux aumil |iii

„ aider , p;n' ses lumières , M. rar(liesè(|Me de

« Paris et les autres doctenrs dans rexamen de

). mon livre ; mais aussi il anioit pu les endiar-

V lasser par ses pi-évenlions. Je n'avois qu(î Uoy

), (■pi-ou\é combien ce pi(''1;it éloil préoccupi'; n'y

« avoit-il au monde (pie lui seul tpii fût capable » d'examiner mou livre ? M. l'archevêque de » Paris , M. Tronson, M. Pirot, étoient-ils si » faciles à séduire , eux qui dévoient être si bien » avertis et si précautionnés contre mes préven- » lions? Quand même ils aiu'oient cru avoir » besoin de ([uelques secours , n'en pouvoient-ils » trouver ailleurs qu'en M. de Meaux? manquoit- " on dans Paris de théologiens capables de dire » tout ce qui est essentiel au dogme sur la charité » et sur l'espérance ? ce prélat devoit-il montrer » tant de vivacité sur ce que je consnltoisles autres » sans le consulter? y a-t-il rien de plus libre que » la confiance? Ah! qu'importe que je fisse les )) choses sans lui , pourvu que je ne les fisse pas » mal? Supposé même que je me fusse éloigné de » lui mal-à-propos , il devoit ménager ma foi- , » blesse , et être ravi (pie les autres me menas- M sent doucement au but. C'est ainsi qu'on » est disposé quand on se compte pour i"ien , et » qu'on ne recherche que la vérité et la paix. Tout )) au contraire , M. de Meaux regarde comme un » outrage que j'ai voulu lui faire , en (*onsultant » les autres sans le consulter : ne le considérer » pas , c'est rompre l'unité , c'est faire un scau- » dale , c'est attaquer les censures , c'est éludci- » les articles , c'est défendre madame Cuyon. »

Rassuré par toutes les précautions qu'il avoit prises pour donner à l'exposition de ses principes toute l'exactitude qu'on nvoit droit de lui demander, Fénelon partit pour Cambrai * ; en partant il prévint le cardinal de N(willes qu'il alloit livrer son ouvrage à l'impression. Ce prt'dat , loin de s'y opposer, parut seulement désirer « qu'il ne devînt » public qu'après celui de P.ossnet , qu'on étoit » alors occupé d'imprimer. >■ Fénelon y consentit avec empi'essement , et recommanda de la manière la plus formelle , le jour même de son dépai't , à son ami le duc de Chevreuse , qui s'étoit charger de veiller à l'impression , de ne le publier que (le l'aveu du cardinal de Noailles ; par malheur, le duc de Chevreuse supposa trop légèrement ([ue Bossuet auroit le crédit d'arrêter la publication (lu livre de Fénelon , si on la diflëroit plus long-temps; il se hâta de prévenir le cardinal de Noailles de cet incident inattendu, et le pria de le dégager de la promesse que Fénelon lui avoit faite. Fe cardinal ne crut devoir ni y conscmtir , ni s'y opjxiser; il se contenta de répondre au duc de Chevi(^use (pi'il éloil le maître de faire ce qu'il jiigeroit à propos.

Il paroit qu'en ell'et Bossuet avoit été inslriiil de (■('(jui se passoil ; et il esl l'acile de juger par sa lelliv à l'abbé de Maidevrier , .lu'il "éloit déleriiiiiié à atla(pier h; livre de l'énelou avant même (le l'avoir lu-. « Je sais, à n'en pou\oir douter, que >) M. de Cambrai veut éciire sur la spiritualité.... » Je suis assuré ipie cet écrit ne peut que causer » ?(u finind scandale..., ; je ne puis en conscience » /(' supporter , et Dieu niohliife ù faire voir qu'on » ve\d soutenir des livres dont la doctrine est le

n renversement de la piété Je suis assuré qu'il

» laissera dans le doute on. dans l'(d)sc}irité ptu- » sii'ins articles sur lesquels il me sera aisé de faire

1 LHIic .!.• M.To.i.s.Mi u I-.

16»7. (urresp. de Fnirlon , I.

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