‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 241 sur 422 · VU · texte numérisé non relu

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Lonis XIV en est instniil [liir Bussnet.

Ce fut alors que Louis XIV hit instruit pour la première fois de la diversité d'opinions (jui exisloil entre les évèques les plus recommandables de sa cour 1 ; car tels étoient ces hommes estimables, ([u'au milieu m(jme de leurs controverses, ils s'éloient attachés depuis trois ans à en dérober le secret à la coniioissaiice (hi public et à l'inquiétude du souvci-ain. Miiis entin madame de Maintenon crut ne pouvoir dissinuiler plus long-temps l'éclat fâcheux <pie faisoit dans le clergé le livre des Maximes des Saints.

Jugement du cliancelier d'Aguesseau sur les opinions et les vues de Fénelon.

Fénelon n'éloil défendu dans le cœur de Louis XIV par aucun sentiment de goût et de préférence; soit <pie ce prince (c craignit naturelle- )> ment., comîne le soii|)!.onne le chancelier d'A- )) guesseau ^ , les esprits d'un ordre supérieur , » soit ({u'une certaine siiigularilé, et ([nehiue chose » d'extraordinaiie (([ue ce magistrat se plait àsup- » posej- dfuis le caractère et dans les manières de » Fénelon) n'eût pas plu au Roi , dont le goût se » poitoit de lui-in('>me au simple et à l'uni , soit » enfin ([ue l'éiielon voulant paroitre se renfermer » dans ses fonctions, eût évité, par une politique ■)} profonde , de s'insinuer dans la familiarité du )) Uoi , ou (pi'il eût désespéré peut-èti'e d'y réus- » sii', il est au moins bien certain (pie Louis XIV )) n'a jamais paru le goûter, et qu'il n'eût aucune 1) peine à le sacrifier. »

Avec de pai'cilles dispositions , la prévention de Lonis XIV (lut encore s'accroître en voyant Bossuet venir lui demander pardon de ne lui avoir

• (orresp. de Fàich.n, t. ix , Ik-lalion sur le Quiclismc. — ^ I (lo Chartres, 13 février 1697. d p. 130, note \,

\-y<,. — 2 ROiioiisc a la Ire (lo Uossui^l a rovf'-iiue ■s/;, d:; Fi'iieloii, I. IX ,

' Il p.iroll inie le Itil M. di- Ponkharlraiii (lui iiarla le premier ;iu Roi des rumeurs que le livre de l'arclieveiiuc de Cambrai cxciloil dans le public, — ^ Mémoires du chancelier dWjjucsseau , l, xui, p. 171.

HISTOIRE DE FÉNEI.ON

pas révélé plutôt le fanatisnu; de son confrère '. Louis XIV n'ctoit point obligé d'avoir une opinion sur une question de théologie; mais un prince aussi religieux, aussi déclaré contre toutes les nouveautés , devoit être justement alarmé en voyant un évoque du rang , de 1 âge et de la considéiation de Bossuet, un évèque qu'il i-egardoit avec raison comme l'oracle de l'Eglise de" France , se croire forcé par un de\ oir sacré de venir dénoncer lui-même celui de ses confrères qu'il avoit paru jusqu'alors le plus affectionner. Louis XIY dut naturellement croire le mal encore plus grand, et Fénelon encore plus coupable qu'on ne le présumoit.

II est inutile d'examiner s'il n'eût pas été plus convenable <à Bossuet , comme le pensoit Fénelon, de dire simplement au Roi * : « Je crois voir dans » le livre de M. de Cambrai des choses où il se -» trompe dangereusement , et auxquelles je crois » qu'il n'a pas fait assez d'attention ; mais il atr> tend des remarques que je lui ai promises. Nous » éclaii-cirons avec une amitié coixliale ce qui » pourroit nous diviser, et on ne doit pas craindre « qu'il refuse d'a\ oir égard à mes remarques , si « elles sont bien fondées. Un tel discours auroit « rassuré le Roi , auroit fait taire tous les criti- » (jucs , auroit arrêté le scandale , et préparé un -» éclaircissement nécessaire à l'édification de l'E- » glise. ))

Ce fut au moment de celte effervescence, que Fénelon revint à Pai-is , et il eut lieu de leconnoître qu'elle étoit encore supérieuie à l'idée qu'il avoit pu s'en former. Ses arnis les plus chors paroissoient eux-mêmes accablés sous le poids de la prévention générale. Madame de Maiutenon ueint cette disposition de tous les esprits dans une lettre au cardinal deNoailles^. « J'ai vu nos amis « (M. de Beauvilliers et Fénelon) ; nous avons été » fort emballasses les uns des autres. M. l'arche- » vêque de Cambrai me parla un moment en par- )i ticulier; il sait le mauvais effet de son livre, et » le défend par des l'aisons (jui me persuadent de n plus en plus (juc Dieu veut humilier ce grand n es[)rit , (pii a i)eut-être trop conq>té sur ses pi-o- » près lumières. 11 me dit que le père de la Chaise » lui avoit rendu comple d'une conversation qu'il » avoit eue avec le Roi , après laquelle il ne pi>u- » voit se dispenser de lui pailci'. Je lomltai d'ac- » cord de tout ; mais par les dis|H>sitions que je y vois dans le Roi, M. de (Cambrai aui'a peu dt; » satisfaction de cet éclaircissement. J'ai parlé » aussi un moment à .M. le duc de FJeauvilliers , » qui me montia sa jK'ine du silence du Roi. J'ai » fait ce que j'ai pu jiour gagnci' qu'on veuille le » prévenir; mais on ne veut point , et cette con- >' vei-sation ne sera pas moins froidcî que l'autre, n Cette opposition n'a ]>as été inspirée [>ar moi ; y> elle est dans le cœur du Roi sur toutes les nou- >' veautés ; je vois bien (ju'on me l'inqiulera ; -!> mais je vous dois la vérité, Monseigiieui' , et » je vous la dis; du reste, je suis i>rèle, à faire » mon devoir dans une occasion si iiu|)oi-latile. » Je u";ii piiirit vu M. de Meiiuv, (pi()i(pie j'aie

' r\(ipoiisi; ;i la ndalion sur le (,)uirlismc. Vie rlc Fi'ticldii, )iar Raiiisny cl le iiiiirc|uis rlp Fi'iiclon. — * Ri^poiisn n h Itclalion sur lu Quiétiniiu'. — » Du 21 ft-viier 1097.

» fait <]uelque diligence pour cela. J'ai pensé qu'il » veut peut-être pouvoii- dire qu'il ne m'a point » \ue pendant tout ce vacarme : on dit qu'il est » grand. »

On a peine à comprendre conmienl on a pu snpposer à Fénelon des vues d'ambition dans l'affaire du quiétisme. On a vu que Louis XIV avoit naturellement peu de govit pour lui. Ses amis les plus chers et les plus dévoués étoient des hommes paisibles, retirés, étrangers à toutes les intrigues. Tous ses moyens d'ambition, s'il en avoit eu, reposoient sur l'amitié de madame de Mainlenon, et madame de Maintenon s'étoit ouvertement déclarée contre ses opinions. Les deux honnnes ' (}ui influoient le plus sur ses sentimens dans ces sortes de inatièi'es , étoient encore plus prévenus qu'elle-même contre les idées de spiritualité de Fénelon. Il est donc bien é\i(ient, qu'en s'obstinant à suivre la marche ({u'il s'étoit tracée , il alloit diiectemenl au but contraire à celui qu'on a voulu lui supposer. Les ennemis mêmes de Fénelon lui accordent un esprit supérieur , et lui attribuent toute l'adresse et toute la souplesse d'un habile courtisan. Comment peuvent -ils, d'après une pareille opinion . lui prêter des fautes de conduite dont l'homme le plus médiocre et le plus étrangei' à la science de la cour, n'auroit jamais pu se rendre coupable?

On est fâché de voir un homme aussi grave et aussi judicieux (jue le chancelier d'Aguesseau paloitre adopter a\ec trop d'indifférence ces imputations indiscrètes. Nous avons (page 31) rapporté l'éloge brillant (ju'il fait dans les Mémoires de la vie de son père ^ de l'esprit et des talens de Fénelon ; mais il le termine en se rendant l'interprète trop docile des adversaires de l'archevêque de Cambrai.

« Un naturel si heuieux , dit le chanceliei- » d'Aguesseau en pai-lant de Fénelon ^, fut per- » verti comme celui du piemier homme par la » voix d'une femme; et ses talens, sa ibitnne, sa » réputation même, furent sacrifiés, non à l'illu- » sion des sens, mais à celle de l'esprit. On vit ce » génie si sublime se boi-ner à de\ enir le prophète » des mystiques et l'oracle du (piiétisme. Kbloui » le premier par l'éclat de ses lumières, el éblonis- )) sant ensuite les anii-es, suppléant au défaut de » science par la beuulé de sou esprit , fcrlile en » images spécieuses el séduisantes, plutôt qu'en M idées claires el précises , voulant toujours pa- )) roîtie jihilosophe ou théologien , et n'étant ja- » mais (|u'ofateur, c;u-actère qu'il a conservé dans •» tous les ouvrages (pii sont sortis de sa plume » jusqu'à la fin de sa \ie; elli'ayé des excès de » .Molinos que son cœur détestoit , et que la pu- » jeté de ses jnœurs ne «lésavouoit pas moins ; )) mais trompé par la i)révenlion d(! son esprit, » (|ui a\oil saisi forleineni ime fausse idée de per- » fection, il loinia le dessein hasardeux de con- » diinnii'r- les conséquences , sans abandonner le » iir'iiici|>e, et il osm se donner à lui-même la mis- » siou de |)uiger le (piiélisme de loul ce (pie c(!tte )) secte avoit d'odieux , de le renfermer dans ses » véritables bornes, de fciii'e le [tersonnage d'intei-

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