LIVRE THoISlKMK
» faire un njandemenl pour en défendre la lecture » dans le diocèse de Cambrai. » 11 avoil, à la vérité, ajouté (( qu'il deinanderoil sculcnienl au Pajio » qu'il eût la liituté de lui marquer précisénjenl » les endroits ((u'il auroit cou<lanuiés, et les sens » sur les([U('ls porteroil sa cnudaumatioii, afin «jne » sa souscri|)li()u fût sans i-i'ser\e , et «pTil ne cou- » rùl aucun lisqne ni de dél'endie , ni d'excuser, ') ni de tolérer le sens ct»ndannié. » Il étoit assez naturel de n'apercevoir dans ces expressions que la dispnsiliiiii Innntde et reliiiieuse d'un é\ê<|ue qui ne Mndoil po^ même consei\ei' an tond de sa pensée l'ombre d'un sentiment éipiivoijne. Mais Bossnel ciiil y voii- de 1ji |>art de l-énelon « lin- » lenlion d'éluder luie condanniation générale, et » de préparer tU'~. défaites à son obéissance. 11 l'ac- » cnsnil de vciuloii' faire renaili-e les raftinemens » qui avoieul fat i.gué les siècles passés, et qui fati- » giioienl encore le siècle où il écrivoit. » Ce sont ses ternies, dans sa Ipttrr sous le nom d'un ilncteiir.
Ce premier acte d'hostilité , par lequel l'.ossuet se déclaroit oineilemeul la partie de Fénelon, engagea ce combat interminable d'écrits qui se succédèrent avec la plus étonnante lapidilt'-. Mais s'ils ajoutèrent à l'opinion (|ue l'on avoit déjà des talens, du^géni;- et de la lécondité de ces denx gi'ands évêqnes, ils afiligèrent sincèrement les amis de la religion et de l'K'glise. ils aundent pu même produire les effets les plus déplorables, si un profond amoui- de la religion et de l'Eglise n'avoil pas toujours prévalu sur toide autre considération dans le cœur de Bossnel et de Fénelon.
Fénelon se hcàta de faii-e tomber une accusation à laquelle il étoit loin de s'attendre, parce que la pensée en étoit loin de son cœui-. Il rappelle dans sa seconde lettre à M. de lieauvilliers », a qu'il n'a » point dit qu'il ne se soumetti'oit à la condamna- » tion du Pape , qu'en cas que l'on expiàmàt dans » sa condamnation les propositions sm- lesquelles » le livre seroit condamné; que sa promesse de » souscrire et de faire un mandement en confor-
» mité, étoit absolue et sans restriction Que
» plus il vouloif sincèrement obéir, plus il désiroit » savoii- précisément en quoi consiste toute Féten- « due de l'obéissance ,• que plus il craignoit de se » tromper, ou de ne sortir pas de l'erreur, plus il )) demandoit (ju'on ne le laissât point errej-, et » qu'on lui dit tout ce qu'il falloit croire ou i-ejeter
» pour éviter l'erreiu' (Ju'en supposant que le
» Pape, par une lumière supérieure à la sienne, » prononçât une simple condamnation générale , » il renouveloil l'engagement qu'il avoit déjà pris » de souscrire , dans la forme la plus solennelle^ ') à la censure de son livre , sans équivoque, ni » même resti-iction mentale. » Une déclaration si nette et si tianiliante ne permit plus de reproduire les soupçons ([u'on avoit prétendu élever sur la sincérité des promesses de Fénelon.
Ce n'est pas seulement dans des écrits destinés au public, c'est dans ses lettres les plus secrètes, c'est dans sa correspondance avec l'abbé de Chanterac, qu'on i-etrouve la même <;andeur et la même sincérité -. « Ne regardez que Dieu dans sa cause,
» mon cher abbé; je dis souvent à Dieu, comme » Mardochée : Si'iijnein\ fout vonx rst. connu ^ et » vous savez rjup ce que j'ai fait , »V.v/ «/ par or- » (jucil , /// par mépris , ni par un secret désir de » gloire. Quand Dieu sera content , nous devons » l'être, quelque humiliation qui nons vienne de )) lui. »
[ihftruction 'pastorale de Fénelon, du 15 septembre 1697. — Les trois prélats pul}lienl leur Déclaration.
.\ peine Fénelon fut-il arrivé à Cambrai, qu'il publia une instruction pastorale poiu' expliquer ses \érilables sentirjiens sui' le fond de sa doctrine, ti'étoit nue esjx'ce d'engagement qu'il avoit pris lorscpi'il étoit encore à la cour , poui- désabuser les persoimes de bonne foi i|ni trouvoient de l'obsculité ou de rembarras dans (luelques paities de son sNstême; il la jugea d'ailleurs nécessaire pour rhonneur de sou ministère auprès du troupeau qui lui ét(»it confié. Il profita même de cette circonstance pour ne laisser snbsister aucun prétexte au reproche (pi'on lui avoil fait sur le silence qu'il avoit gardé dans son livre , au sujet du quiélisme de Molinos et des trente-quatre articles d'issy ; il plaça ces trente-ipiatre articles et la bulle d'Innocent XI contre Molinos, à la suite de son instruction pastorale. 11 est vraisemblable que s'il eût pris cette précaution en même temps qu'il publia son livre, il auroit mis de son côté un grand nombre de personnes qui le soupçonnoient d'être un peu trop favorable au quiélisme mitigé.
Les trois pi-élats a\ oient fait imprimer et répandre, dans toute la France et toute FEurope, leur déclaration contre le livre de Fénelon. Quoique si hautement attaqué , Fénelon avoit tant de répugnance à donner au public le spectacle d'une division scandaleuse entre des évêques, qu'il écrivoit à l'abbé de Chanlerac * : « .Je n'ai pas voulu dans » mon instruction pastorale faire une réponse di- » recte à tous leurs chefs d'accusation , pour ne » pas donner une scène, le scandale n'étant déjà » que li'op grand ; mais ma réponse en forme, à » leur- déclaration , ne laissera aucun mot sans » réponse précise. Je me boi-nerai à l'envoyer se- » crètement au Pape, et je désire autant épargner » mes confrères , qu'ils ont affecté de me traiter )> indignement. »
Le Pape iionime dix consiilteurs.
Bossuet étoit si loin de prévoir et de supposer que la condamnation de Fénelon pût éprouvera Rome des lenteurs et des incertitudes, qu'il écrivoit à son neveu "^ : « 11 faut bien prer dre garde de ne » faire envisager fà Rome) rien de pénible ou de » difficile. De quelque façon qu'on prononce, M. de » Cambrai demeurera seul de son parti , et n'o-
' lillc fui inipriini-e sous le lilre de seconde I^eltre ù un ami. Œuvreu de Fénelon, t. ii , p. 2S4. — - Leltie du 3 s.'pteinhic ««g?, Tocrcs/j. de lu- nt Ion, I. ix, p. 199.
' Leilic du 29 orlobre 1(197. Cnrresp. de Fénelon, I. ix , 220. — "^ [.(Mire du 2 septêinbre <697 Œuvres de Dossnet] XI, p. .561.
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HISTOIRE DE FÉNELON
» sera résister 11 est regardé dans son diocèse
» comme nu hérétique, et dès qu'on verra quelque » chose de Rome , dans Cambrai surtout et dans » les Pays-Bas , tout sera soulevé contre lui. »
Mais îa cour de Rome nétoit ni disposée, ni accoutumée à précipiter son jugement ; elle connoissoit les justes égards qu'elle devoit à deuxgrands évèques , dont la réputation étoit également chère à l'Eglise. On a souvent prétendu qu'elle cherchoit à attirer à elle le jugement en première instance de toutes les controverses de religion. Nous ne pouvons cependant douter qu'Innocent Xll n'eût sincèrement désiré que cette malheiu-euse contestation eût été étouftée en P^rance par les voies les plus douces et les plus conciliantes ; il diargea souvent son nonce d'exprimer son vœu au Roi , et ce ne fut que sur les vives instances de Louis XIV , qu'il se vit obligé de procéder à l'examen et ou jugement du livre de Fénelon. 11 nomma huit consulteurs, auxquels il en ajouta deux autres peu de temps après, poinémettre lein- vœu devant les cardinaux de la congrégation du Saint-Office.
Sitiialion embaiTassante de Fénelon; sa coiTespondance avec l'abbé de Chanterac.
Le désavantage de la position de Fénelon , même en se renfermant dans les bornes de la plus légitime défense, se faisoit sentir dans les phis petits détails; ses adversaires , appuyés de tout le crédit et de tous les moyens du i:ouvernemenl, faisoient surveiller sa correspondance, et le privoient de la liberté de transmettre à l'abbé de Chanterac , avec une entière liberté, la connoissance de pinsieurs faits intéressans pour diriger sa conduite. 11 étoit obligé de donner à ses lettres diflérentes directions, qui en retardoient nécessairement l'expédition. L'abbé de Chautei-ac, son défenseur à Rome, ne pouvoit faire un seul pas dont l'abbé Bossuet ne se fit rendre compte par des moyens peu délicats. C'est ce <juc l'abbé Bossuet nous apl)rend lui-même dans une lettre à son onde ' : ylussitnt que le grand-vicaire sera arrivé, il aura VII espion, et nous serons instruits.
Quoique les adversaires de rarchevê(iue de Cambrai eussent déjà fait iniiirinier la plus grande partie de leurs écrits coniie son livre , F(''iirl(in se refusoit toujours à donner la même pnblicilé à ses défenses. U espéroit toujours éviter l'éclat d'un débat scandaleux entre des évèques. Tontes ses lettres à l'abbé de Cliaulerac expriment cessenlimens de cduvcnance. et de nnidéralidii - : « Il ne » faut ni l'aire de l'éclat , ni agir (V\i\u' inanièri' » qui puisse ou mal édifier, ou aigrir la cour, .le » veux, sans politique, par pure religion , les- » pecter jusqu'au bout mes confrères, et à cause » de leur niinislère, et à cause de la confiance du » Roi pour eux ; je la veux respecter dans leurs )) pers(juues : pour les clioses à i-endre enlièrement » publiques, on ne sauioil être lro|) ictenii.... Le » principal est de couser\er notre caiaclère de pa-
)) tience , de simplicité et de candeur , pour nous » expliquer précisément et sans l'éserve sur chaque )) article. »
Peu de jours après i^, Fénelon écrivoit encore à l'abbé de Chanterac : « Je n'ai point voulu faire )) impiimer ma réponse à la déclaration (des )) trois prélats), à cause du scandale et du déshon- » neur qui pourroit l'etomber sur mes confrères, » et c'est de quoi je m'afflige. Je voudrois les épai- )) guer; ce n'est point par ménagement politique » pour la cour ; car j'aimerois cent fois mieux » achever de lui déplaire, que de demeurer sans » justification. Ce qui me retient donc est la ré- » pulatit)n (le l'Eglise , et le désir de ménager » mes confrères, quoiqu'ils aient aflecté de me )) couvrir d'opprobre. C'est au Pape, mon supé- }) riem-, à me décider là-dessus ; je dois ma répu- » talion à l'Eglise. »
F('nelon fut enfin obligé de céder au vœu des cardinaux et des examinateurs ; ils lui firent obser\er par l'abbé de Chanterac que cette cause produisoit tous les jours des écrits contradictoires très-volumineux et très-subtils, dont il leur étoit souvent difficile de saisir l'esprit et même les expressions dans des copies à la main , ordinairement mal transcrites , et quelquefois peu exactes. Mais ce que Fénelon avoit prévu arriva. La publicilé des écrits respectifs donna une nouvelle activité à la chaleui- de cette controverse ; et il est très-vrai de dire qu'elle auroit été portée jusqu'au scandale, si la haute \erln de Bossuet et de Fénelon n'eût pas commandé le respect à l'opinion publique.
Ce fut aloi's que Fénelon fit imprimei- sa ti-aduclion laline du livre des j\[<ixiiiirs, dont l'élégance et la pureté fiiirnl généralement admirées -, la traduction de son lustruclion juistorale du 15 septembre 10!»', et de sa réponse à la Déclaration, de^^ Irois prélals.
Non-seulemenl il vouloit observer les plus grands méniigenieiis pour ses achersaires, mais il exigeoit de ses amis mêmes et de ions ceux qui lui montroient de l'inlérêl (ju'ils évitassent de se comprometlie pai' une bienveillance trop marquée. Personne ne pouvoil lin être ydus utile à Rome que le cardinal de lîouillon. Malgré cette considération, Fénelon \oulut s'abstenii', par égard pour le caiaclère de minisire du Roi , dont il étoit revêtu, «l'entretenir aucune corres|)(»n«lance avec lui. « Je » vous prie de dire à M. le cardinal de Bouillon )> que je suis si touché de ses bontés, que je ne » \eu\, de peur de le connnettre, ni lui écrire, in » rece\oir de ses lellres. Il n'ignore pas tout ce » ([ue M. de Meaux a làil poui- rejeter sur lui tous » les mauvais sucei's ipi'il pourroil avoir à P\onie. » Je lui dois de ne lui donner aucun signe de vie, » <'t de n'en recevoir aucun de lui, afin (pie ce que » nous dii'ons de i)arl el d'aulre, à sa de-charge, )) soit vrai ■'. »
l'J \ii\ ombre 1097. ((iirrs)). tic Fihu'loii , (. ix, i>. i-i/». ' V.iyc/. hi IcUri' ili- l'ai)!)!' lMicliii|iiMli\ il llnssuel, 18 m>ihir |G»)7. fOlùlVlv» (le Hi.ssilcl, 1. \i, i). r.9-i.) — ^ l.cUlC l'ciicliiii ;i rnblii- .If i:ii;illlriar , du H lliivi'llllirc 1697. ,cs,,. ,1c l-a„lon , I. IX, p. iSr..
' Du 3 seplcnil)!-!' ir.97. — '■* M nnvpmluc 1097. Coriesjj. deFnwiun, I. n, p. -'42.