LIVRE TROISIEME
Ardeur et activité do Bossuet dans cette eoiilroveise. — Dispositloïi de Fénelon.
Le géiiio icuiiuqualjlc de Iktssiiel , lunir l;i cim- Iroverse, l'oililié luir une li-'ij^iie lialtitude, le imrtoil à niuUiplier les écrUs polémiques tlinil celle cause conuiient^oit à se surcharger '. Home eu ëtoit déjà un peu importunée ; ses amis mêmes a\ oient cru devoir le lui représenter, et les deux prélats associés à sa cause n'étoifinl pas aussi eiitlannnés (pie lui de l'ardeur d'éci'ire et de combattre. Bossuet prétendoit - « «lu'on n'a voit à lui » reprocher (jue d'être trop ri|;oureu\ pour M. de » Camhrai; mais que s'il mollissoit dans une quo- I) relie où il y va de toute la religion , ou s'il .) aPlectoit des" délicatesses , on ne l'cnteudroit )) jias , «t <iu'il trahiroit la cause (ju'il devoit dé- .) feiidie. .)
Ce lut sans doute par cette considération (pio Bôssuet engagea le cardinal de Noailles à retianchcr de son instruction pastorale du 27 octobre 1G97 , quel(iues formules d'égards et de politesses
Su'il y avoit placées pour Fénelon ^ Le car<liiial e iNokilles eut la foiblesse de -<;éder à Bossuet ; mais il lui arriva en cette occasion ce ([ui arrive souvent aux caractères doux et modérés , ((ui ci'aignent de s'expliquei' trop fortement entre des adversaires vivement aigris. Us parviemuMit rarement à satisfaire ceux mêmes à qui ils montrent le plus de condescendance , et ils blessent ceux qu'ils auroient voulu ménager , même en leur portant des coups.
Le cardinal de Noailles avoit eu à se vaincre , en entrant dans cette guerre d'éci'its, par complaisance pour Bossuet, et Bossue! lui reproclioit trop de douceur et de mollesse. Il auroit voulu maniuer à Fénelon un reste d'égard , en ne i>rononçant pas son nom dans cette Imlruclion paslofale . et en se bornant à condanuier sa doctrine ; mais Fénelon attachoit bien plus de prix à sa réputation sur la foi , qu'à de vains égards pour sa personne.
Aussi fut-il très-blessé du piocédé du cardinal de Noailles. « M. de Paris, écrit Fénelon à l'abbé » deChanterac \ a fait une Lettre pciisturalc amWc » moi, qui a quelque modération apparente , mais » dans le fond plus de venin et d'aigreur que les '• écrits de .M. de Meaux. »
Fénelon avoit donc à répondre en même temps aux li'ois prélats (jui écrivoient contre lui ; car
' Il avoit ih-'y.i lait iniiniiiUT : \' Sun itii. tiliihis : Expliiatiuii des M;i\ii!ics de Dcqiic ronseqiieiililiiis ai: drfcnsloit'ihus ï' ia Lettre sous le nom d'un docteur ; :
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■i Saillis, ck- , elr.
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" Ihxioralio illia:- Irissimonnu et revei'eiidissi inoruni ecclcsiic prhiripiim, Liidcti'i .liitffuii de Noailles , .^rcliicpi.ico])': Parisieiisis ; JacoLi lleiiiijni liosxiiet , episcojii Meldetisis; et Pauli de (indcl-dcs- Marais, epixcopi Cafiioteiisis , circù librtim rui titiiliis : Rxpllcaiion dos Maxinu-s des Saints, elc. die 0 nirnsia Jiii/iisti, (III. 1697, data; cl A" la Prrfaee sur VliistnirHini pastorale de farchevi'qiie de Cambrai. — - Lcllrc do BossucI, (lu 19 novembre 1697. — * Loltie de lîossiiel au cardinal «le Noailles. — '* i décembre 1697. Currexp, de Fénelon, I. IX, p. 2;i6.
l'évoque de Chartres ne tarda pas à se montrer sur la scène; ces trois adversaires , mdependammeut de tous leurs moyens de crédit , avoient toutes sortes de facilités à Paris pour l'uripressiou et la publication de leurs ouvrages. Il n'en etoit pas de même pour Fénelon ; il lui étott bien plus ficilc de composer que de faire impruner; ([uoi- «pie placé dans le voisinage de Pans , il '".■ P*^"voil se servir des imprimeurs de celte ville. Il éloit assez fondé à craindi'e <pie Hossuet ne fit servir l'autorité du gouvernement à y apporter des obstacles, ou du moins à y mettre des entraves. 11 crovoit peu décent et peu convenable à un evcque de faiie imprimer des écrits de religion en Hollande, pavs si fameux par la licence de ses presses, et qui fournissoil alors l'Euiope de tous les libelles que la haine de la religion et de l'autorité pouvoit inspirer à des esprits séditieux. Les bons flamands qui exciToieut l'art de l'imprimerie, ne savoient pas assez' de latin, comme l'observe Fénelon dans ses letties , pour i\\\o\\ pût s(; conlier à eux pour des ouvrages où la plus légère méi>rise pouvoit tirer à consétiueuce , et dénaturer entièrement ks idées et les sentimens d'un auteur. On peut dire, en un mot , (|ue la partie mécanique de sa défense lui donnoit plus de peine , et lui coùtoit plus de temps, que la composition même de cette multitude d'ouvrages qu'il opposa à ses ad\ersaires. 11 éloil obligé de les faire imprimer à Lyon avec le plus grand mystère , loin de ses regards et de sa surveillance ' , « sans avoir même la hberle de re- )) voir ses épreuves, dans un genre de controverse » où un simple déplacement de points ou de mi- » gules pouvoit être traduit en hérésie. »
Fénelon se voyoil encore pressé par l'activité (lue Bossuet meftoil à poursuivre sa condamnation ; ce iirélat s'éloit persuadé (jue la lettre si pressante de Louis XIV détermineroit la cour de Rome à s'écarter en celte occasion de la marche si grave et si mesurée qu'elle s'est toujours prescrite dans le jugement des (pieslions de doctrine. Il écrivoit à son neveu » : « 11 faut fane entendre )) que le livre de M. de Cambrai est court , la » matière bien examinée , déjà jugée en la per- » sonne de Molinos, du Père Lacombe , de ma- » dame Guvon , et qu'ainsi l'on doit être prêt ^ )) Les politiques iéi)andent ici (en France) qu on » aura (à Rome) de grands ménagcmens pour ne » point tlétrir un archevêtpie ; je ne les puis croire ; « ce seioit tout perch-e : i>liis une erreur si per- » nicieuse vient de haut , idus il en faut détruire » l'autorité. «
Bossuet engagea le Roi à témoigner au nonce une espèce d'impatience de ce que le Pape dineroit autant de prononcer. Mais Innocent Xll répondit : « Oue puisque les trois prélats s'étoient rendus les » (îénonciateurs d(; l'archevêque de Cambrai , et » avoient donné la plus grande publicité à leurs » accusations, il étoit nécessaire en toute justice » et en tout tribunal d'écouter les réponses de 1 ac- » cusé ''. )) Louis XIV, toujours juste et modère, lorsqu'il ne suivoit que son propre mouvement ,
1 Lcltn: de l-éneloii a l'abbé de Chanlevac , du 1.Ï janvier 1698. Corrcsp. de Fénelon, l. ix , ]•. 299. — « 21 octobre 1697. — 3 27 Octobre 1697. — ^Lettre de l'abbé de Chanterac, h janvier 1698. Corrcsp. de Fcnclun , t. ix , 1'. 289.
HISTOIRE DE FÉNELON
sentit la justice et la comenance de cette léponse. 11 dit au nonce , dans une seconde conversation : <■' Ou'il ne soUicitoit un jugement que pour la ^ù- » J'eté des consciences , et qu'il recevroit avec sou- )) mission la décision de Sa Sainteté , telle qu'elle » croiroit devoir le prononcer. »
L'abbé Bossuet , craignant les repioches de son oncle sur les lenteurs qu'il éprouvoit , lui écri- Ait ' que les agens de l'aichevèquc de Cambrai mettoient enjeu tous les ressorts imaginables pour retarder la décision et suspendre le jugement du saint Siège. Bossuet crut trop facilement son neveu , et se hâta de repi-ésenter au Roi combien il étoit essentiel à sa gloire et à la tranquillité de l'Eglise^ d'accélérer la conclusion de cette grande afiaire. 11 rédigea un mémoire qu'il fit adopter à Louis XIV , et que ce prince remit au nonce. Ce mémoire » , où il seroit facile de reconnoitre le cachet de Bossuet , quand même nous n'en trou- >erions pas l'aveu dans ses lettres , étoit fait pour convaincre le Pape et ses ministres , que le Roi attachoit la plus haute importance au livre de l'archevêque de Cambrai. Louis XIV s'y exprimoit connue s'il eût pu avoir une connoissance théologique de tous les points de cette controveiso, et un avis personnel sur ces questions si obscures et si abstraites.
Nous ne voyons pas sur quel fondement l'abbé Bossuet avoit supposé que l'archevêque de Cambrai cherchoit à suspendre ou à éluder le jugement de son livre. Toutes les lettres de Fénelon portent au contraire les témoignages les moins équivoques de son empressement et même de son impatience pour la décision de cette controverse. 11 écrivoit à l'abbé de Chanteiac ^ : « Après que >' vous aurez produit toutes mes défenses ; ne •» perdez pas un moment pour presser la conclu- ■» sion, c'est sur le le.vte qu'il faut juger , et non ■» sur des accusations sans fin. ... ; le Pape , foj-t >' âgé, peut mourir; de nouvelles intrigues peu- •» vent nous traverser.... Sion veut à Rome tem- » poriser, en nous laissant toujours écrire, l'af- » faire s'envenimera de plus en plus , et le scan- » dale croitia toujours. M. de Meaux , à force )' d'écrire, ne fera point qu'il y ait dans le texte » de mon livre autre chose que ce qu'il y a déjà » attaqué. »
Fénelon ne s'étoit pas dissimulé un moment qu'il achevoit de se peidi-e à la cour , et de se faire une ennemie puissante de madame de Maintenon, en s'engageant dans un combat direct avec le cardinal de Noailles. l'ii nouveau lien alloit unir encore plus étroitement madame de Maintenon avec toute la maison de Noailles. Elle venoit de déclarer * le mariage de mademoiselle d'Au-
' U Février 1(598. — 2 q,, i^. tnuivi' au l. \i des OJ'.iirrcs flr Bossw.t. — :' Le '27 janvier 1098. Cnrrcsp. de Fnicltut , 1. IX, p. 300. — '' Li! 17 mars 1698. — Dos niaiiuscrils dont nous avons eu connoissance depuis la pri'iniére édition de cet ouvrage, nous ont appris que (■'('■tait Vnialnn hn-méme qui droit jiropiisr rt imi/dt/f- le iiuiriiii/c du cuiiilr d' tijcn <trrc ivadrnioixcllr d'Juhiijiir, a la ijraiidcsalisjurlinii dr lu niiiisnii dt: Miiiiillfs ; /jhc In riiiisidrralioii d'un ai i/iaiid scnicr jKirloil la iiKimlialr de iSiiuilU'x a entretenir le cardinal di? Noailles son heau-trere, dans le dOsir de concilier et de 1er- Diinor l'alfaire du livre des Maximes par les voies les plus douces, el en recevant les explications de M. de Canilnai ; mais que M. de M, aux, daus uui- enulenuec i/ui eul lieu eu
bigné , sa nièce, avec le jeune comte d'Ayen , fils aine du maréchal, et neveu du cardinal de Noailles. Cette alliance, si enviée par tout ce qui aspiroit aux honneurs , au crédit et à la foi'tune , avertissoit également la cour de Rome el celle de France que les intérêts de tout ce qui portoit le nom de Noailles étoient devenus ceux de madame de Maintenon.
Mais de foibles coitsidérations politiques ne pouvoient pas arrêter Fénelon , lorsque la conscience et l'honneur lui ordonnoient de parler ou de se défendre.
« On ne manquera * pas de faire entendre à M Rome que l'unique ressource pour apaiser le » Roi , pour me rapprocher de la cour , et pour » lever le scandale , c'est que je fasse certains pas « pour efl'acer les mauvaises impressions , et pour » reconnoitre humblement que j'ai quelque tort. » Mais je déclare que je ne pense ni de près , ni " de loin à retourner à la cour; que je ne veux » que me détromper de bonne foi , si je suis dans » l'erreur , et poursuivre sans relâche avec pa- » tience et humilité ma justification , si je ne nie )) trompe pas , et si on me calomnie touchant ma )) foi-,... En un mot, je ne veux jamais retourner » à la cour aux dépens de la vérité , et par un ac- )) commodément qui ne mette in la saine doc- » trine ni ma réputation sur la foi en aucun )i doute.... Pour mon retour à la Cour, je le mets )> fort au-dessous d'une syllabe de mon livre. » Dieu m'est témoin que je n'aime point la Cour ; » de plus , mon retour, avec une réputation dou- )) teuse sur le quiétisme , est honteux et nuisible « à mon ministère. Tout au contraire , si ma doc- » trhie est justifiée, je n'ai aucun besoin pour )) mon ministère de retourner à la cour , pendant )) que mes parties y dominent. Ce qui est de cer- » tain , c'est que si j'étois justifié , et que je re- » tournasse à Versailles , je vivr-ois avec tous les 1) égards les plus édifians pour ceux qui ont voulu )) me perdre. Voilà ce que vous pouvez assurer » fortement. «
Lettres de I<'éneloii à rurelievèque de Paris.
11 étoit donc impossible que Fénelon ne répondit pas à VInsfri'.ction pastorale du cardinal de Noailles, dans le temps où il se croyoit obligé de réfuter avec la plus grande force tous les écrits que Bossuet publioit contre lui. Onauroit attribué tme si grande dilférence dans les procédés et les inérKigemeiis à des motifs de crahite ou d'espél'ance , dont le seul soupçon auroit blessé sa délicatesse. [/,[ feinte modération avec laquelle le ccudinal de ^oailles avoit alVecté de ne pas pro-
jirésnuee de uiadaïue de Mainlown, entre M. de Paris, M. du Chavires et lui, anal ai J'orlenicnt représenté la neevsailr de se deelarey, jiisqu'a (lin: à M. de Paris même qu'il jierdail riu/liae, el qu'il.n'ij avait que ee seul moijeu de la sauver, quen/in )J. de Paria y avait donné les mains, aj»rs que madame 'de Maiuleunu eu enl été eauvaiueue elle-mnue. (.Maiiuscnls.)
• l.ellre dcF.'oelnna l'alibc de C.liaiilcrac, 9 décembre 11597. ('(irri'Sji. de l'énehm , t. \\ , p. "itiO. — - Lcdre dn mi''nie au mcmc, :; a\iil IG9S. <'<irres]>. de l'énelim , I. i\ , i'. 308.